SUITES DE L'AFFAIRE DE LA CIRCONCISION À ANTIOGHE
La querelle de la circoncision eut une suite à Antioche même (1). Pierre se rendit dans cette ville. Il ne fit d’abord aucune difficulté de manger avec les Gentils, ce qui prouve que S. Luc, dans le récit de l’assemblée de Jérusalem, n’avait pas forcé les couleurs, en le montrant d'accord avec Paul sur la question des observances légales. Mais des chrétiens de
l'entourage de Jacques et partisans de la circoncision
(1) Gal., 11.
étant venus, il cessa de participer à ces repas (où 1l n’est point dit du tout qu’on usât des aliments interdits) (1), entraînant par son exemple les autres Juifs et jusqu’à Barnabé à se séparer de leurs frères. Paul lui fit publiquement reproche de cette conduite, et bien qu’il ne le dise pas précisément, on doit conclure de l’ensemble de son récit que Pierre vint aussitôt à résipiscence. |
Ce fut donc un incident sans grande importance : on s’est du moins jusqu’à ce jour accordé à le considérer ainsi; et c’est ce qui explique que S. Luc ne s’y soit pas arrêté. Quant à S. Paul, s’il s’est étendu assez longuement sur ce détail, ce n’est pas tant pour le fait en lui-même que parce qu'il y trouve un argument en faveur de la thèse qu’il défend dans l’épître aux Galates. Il s’agit pour lui, comme on le verra plus loin, d'établir qu’il est l’égal des autres apôtres. Il ne pouvait mieux le prouver qu’ en montrant qu’il avait eu assez d'autorité pour faire la leçon à Pierre lui-même.
Qu'’étaient ces chrétiens venus de Jérusalem ? D’après M. Renan, Jacques, apprenant ce qui se passait à Antioche, avait aussitôt envoyé des délégués pour rappeler Pierre à son devoir et le soustraire à l'influence de Paul. Le texte de l’épître aux Galates est Join d’être aussi explicite. Il dit simplement que ces Juifs étaient de l'entourage de Jacques; l’idée de mission ne ressort pas expressément des termes qu'il emploie (2). Mais admettons qu'ils aient été envoyés.
(1) On sait que les Juifs contractaient une souillure en mangeant avec des incirconcis.
(2) Hgd red Jap EAdety rivas à7 “lakméeu. Il A a pas: riv25 202v ar) 'IxcwBsy, mais EAeïy rivus dTd ’luxwBov. C'est à ivas qu'est lié &ro Iuxw{Bov et non à £A0e.
Pourquoi? c’est ce qu’il faudrait savoir, et rien ne dit que ce füt pour combattre S. Paul.. Ils pouvaient venir pour recueillir ces aumônes que les frères de la ville sainte réclamaient à l’apôtre des Gentils, ou pour tout autre motif. |
L’assemblée de Jérusalem avait, à la vérité, décidé que les païens convertis ne seraient pas contraints de vivre judaïquement, mais elle n’avait exempté les Juifs devenus chrétiens d'aucune des prescriptions mosaïiques. Si les envoyés de Jacques étaient d'anciens pharisiens, ils durent se scandaliser de trouver Pierre à la table des Gentils. Pierre lui-même, on l’a vu, hésita un moment sur la conduite à tenir. :
La question était en effet fort délicate et d’importance singulière. Se figure-t-on une religion où les’ fidèles vivraient en deux cultes absolument séparés, et où l’apôtre lui-même, s’il était juif au milieu d’une église de Gentils, aurait dû, dans la vie sociale, s’isoler des néophytes qu’il avait prêchés et convertis? Si donc lon pouvait admettre que dans une église composée entièrement d'éléments juifs les fidèles n’abandonnassent rien du rigorisme légal, il est clair que, dans .une église mixte, la barrière entre les Israélites et les Gentils devait tomber. C’est ce que Pierre et Paul, à Antioche, avaient compris.