‹ Authenticité et date des livres du Nouveau TestamentChapitre 77 sur 85 · XIV, XV, XVI, XVII · texte numérisé non relu

XIV, XV, XVI, XVII

point toutes les paroles et toutes les act'ons du Sau-

veur, le lecteur le pressent et, du reste, leurs auteurs

le déclarent. Ils contiennent notamment des allusions très claires à des relations de Jésus avec la Judée antérieures à son dernier voyage à Jérusalem et n’expliquent pas comment lesrelations dont il s’agit s'étaient établies. Mais ces lacunes, soixante ans après les événements, le dernier témoin oculaire survivant, l’apôtre Jean, avait seul l'autorité suffisante pour les combler.

Du reste, nous n’en sommes pas réduits à des inductions tirées du texte pour fixer plus ou moins approximativement la date du quatrième évangile et découvrir le nom de son auteur. Ces deux renseignements nous sont fournis par un témoignage irrécusable et entièrement digne de foi, celui de S. rénée. Ce père de l’Église nous apprend que le dernier évangile est de S. Jean, qui l’a écrit pour combattre lhérésie de Cérinthe (1).0On s'étonne après cela que les nouveaux exégètes aient pu élever des doutes sur l’authenticité de cet ouvrage. Car comment réfuter une affirmation si précise d’un homme si bien informé et qui n'avait sur ce point aucun intérêt à nous tromper? Ne croyez pas cependant que nos critiques en soient gênés, ils écartent tout simplement le témoignage de S. Irénée et passent outre. L'évêque de Lyon, disent-ils, a donné, afin d’expliquer le nombre des évangiles, des motifs singuliers, pour ne pas dire extravagants. D’après lui, on en compte quatre, ni plus ni moins, parce qu’il existe dans le monde quatre parties, quatre peuples principaux, parce que les ché-

(1) Irénée, Adv. hœæreses, lib. HT, c. x1.

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rubins étaient de quatre conformations différentes,etc. ; par conséquent, il n’y a pas à tenir compte de ce qu’il dit. Mettons que cette théorie de S. Irénée n'ait aucune base; mettons qu’il soit dénué d’esprit critique, qu’il se paie des plus mauvaises raisons. S'il fallait, dans Pantiquité, rejeter tous les témoignages dans lesquels nous relevons des erreurs, ou cosmogoniques, ou philosophiques, des superstitions, etc., il n’est pas un historien que nous ne dussions déclarer menteur et indigne de toute créance. Ce n'est pas ainsi pourtant que procède la science : elle sépare le bon grain de Pivraie, garde le premier et laisse l’autre. Nous ne suivrons pas S. Irénée dans ce que M. Nicolas appelle ses divagations symboliques (1), mais nous retiendrons soigneusement ce fait précis, où le symb clisme n’a rien à voir, qu'il a appris de S. Polycarpe, disciple et compagnon de S. Jean, ce fait : que S.Jean a écrit le quatrième évangile.

Mais pourquoi les nouveaux exégètes qui attachent tant d'importance aux moindres paroles qu’'Eusèbe nous a conservées de Papias, auteur bien autrement superstitieux, que l’on pourrait à meilleur droit taxer d’extravagance et qui était déjà assez décrié dans l'antiquité pour qu’on n’ait pas pris la peine de nous conserver ses ouvrages, connus seulement parouï-dire, pourquoi se montrent-ils si sévères pour le respectable S. Irénée? C’est que, comme nous le verrons plus loin, ils ont cru trouver dans Papias des matériaux pour édifier leurs aventureuses hypothèses tandis que S. Irénée a ruiné celles-ci d'avance.

Il n’est pas, dans toute la litérature apostolique,

(1) Nicolas, Études critiques. Nouveau Testament, pp. 23 et 149.

d'ouvrage dont lesprit soit plus antipharisaïque que le quatrième évangile. Nous avions relevé, dans le livre de Luc sur la vie de Jésus, les paroles sévères que le Maître prononÿait contre les pharisiens. Ici, ses discours roulent presque exclusivement sur deux sujets : la démonstration de sa divinité et la condamnation du rigorisme hypocrite des Juifs. Il suit de là que l’auteur du quatrième évangile n’a jamais appartenu au parti judéo-chrétien et que cette troisième colonne de l’Église, comme dit S. Paul, ne saurait pas plus que les deux autres servir d'appui au système de M. Renan. Comme le disait l’apôtre des Gentils, le parti judéo-chrétien n'était donc formé que de faux frères, pharisiens clandestinement faufilés dans la société chrétienne qu'ils avaient essayé de diviser sans y réussir, et c'était bien réellement les apôtres, fidèles observateurs des enseignements de Jésus, qui s'étaient mis en travers de leur entreprise, lors de la première assemblée de Jérusalem. La discorde n’avait donc pas existé parmi les fondateurs de l’Église primitive. Et voilà une preuve de plus à ajouter à l’argumentation développée plus haut pour démontrer que le tableau, tracé par M. Renan, de l’histoire des temps apostoliques est une’ pure fiction.

Avant de conclure, il nous reste à étudier quelques

questions relatives à l’ensemble des quatre évangiles :

ce sera l’objet d’un dernier chapitre.

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