‹ Authenticité et date des livres du Nouveau TestamentChapitre 79 sur 85 · EVANGILES · texte numérisé non relu

EVANGILES

Cet apôtre est nommé dans un fragment de Papias, évêque d’Hiérapolis au deuxième siècle, conservé par Eusèbe. « Il a écrit en langue hébraïque, dit Papias, les discours, Aëyi«, du Christ (2). » Un autre morceau de Papias, également reproduit par Eusèbe, nous a appris que S. Marc, compagnon de S. Pierre, recueillait, au fur et à mesure que les rapportait cet apôtre, les actions et les paroles du Christ.

Les exégètes néo-protestants ont fait de ces quelques lignes de Papias la pierre angulaire d’un nouveau système explicatif de la composition des évangiles. Pour eux, les Xéyi« ne seraient pas le texte de S. Matthieu que nous connaissons, mais un recueil de discours non accompagnés de récits. Quant aux épisodes de la vie de Jésus racontés par S. Pierre, ils

auraient d’abord, suivant ces critiques, fait l’objet

d’un volume, appelé par eux P?roto-Marc, où ils

# (1) Matth., xxvInr, 19.

(2) Murbaïos pev ody ECoaide dixéxro Ta Aoyir cuyepa bare. Eusèbe, Hist. eccles., lb. ILE, c. xxxix.

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étaient transcrits sans aucun ordre. Nos deux évang.-

les actuels résulteraient de la combinaison des X4 yta et de Proto-Marc. Il n’y a qu’une difiiculté à ce

système, c’est que personne n’a jamais vu, ni dans

l'antiquité ni depuis, soit les Ag isolés, soit Proto- Marc. Eusèbe, en citant le texte de Papias, n’y fait pas même allusion et, pour lui, ce que dit l'évêque d'Hiérapolis s’applique aux évangiles de S. Marc et de S. Matthieu tels que nous les possédons.

Mais les nouveaux exégètes ne s’embarrassent pas pour si peu. N’ayant pas de documents réels, ils en ont imaginé. Ainsi, ils supposent des éditions successives et différentes de S. Matthieu, de S. Marc et de S. Luc, influant l’une sur l’autre. Ils ont même désigné ces manuscrits imaginaires par des lettres de l'alphabet. On a discuté très sérieusement ces combinaisons compliquées et des monceaux de mémoires où d'innombrables théologiens anglais, hollandais, allemands, rivalisaient de subtilité, s’accumulèrent. Le pasteur français, Michel Nicolas, de l’école de Strasbourg, a rendu compte, en 1864, de ces élucubrations multipliées en y ajoutant sa propre théorie (r). Après lui, en 1876, Reuss a renouvelé le sujet par des suppositions inédites (2), et le débat continue toujours sur nouveaux frais (3).

(1) Nicolas, Études Critiques. Nouveau Testament, pp. 45-126.

(2) Reuss, La Bible. Histoire évangélique, synopse des trois premiers Évangiles. Paris, 1875, in 8, t. I, Introduction.

(3; J'ajouterai : et sans ménagement pour les devanciers. M. Renan S'en plaint lui-même. « Il faut dit- il, être bien décidé à ne tenir aucun compte des critiques hautaines d'hommes à système, qui vous traitent d’ignorant et d’arriéré, parce que vous n’adinettez pas d'emblée la dern'èrce nouveauté, éclose du cerveau d'un jeune docteur, et qui peut être bonne tout au plus à servir d'excitation à la recherche, duns les cercles d'érudits. » Les Évangiles. Introduction.

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Je n’ai pas l’intention d'intervenir dans ce procès. Qu'est-ce que la critique historiquepeutavoir à tirer de suppositions qui ne s’appuient sur aucun lémoignage, sur aucun manuscrit, sur aucun fait nouveau ? Quel que soit le nombre des dissertations publiées sur cette matière, quelle que soit Pautorité de ceux qui les ont écrites, quelque imposant que soit lappareil pédantesque dressé par ces auteurs toujours en travail d’hypothèses, il n’y a là que des apparences d’arguments. Cest un édifice monté sur des nuages à une hauteur prodigieuse, si l’on veut;1l ne lui manque qu’un soutien. Laissons donc là tous ces faux semblants de science et revenons aux écrits réels et aux faits positifs.

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