AUBER
« n avril 1801.»
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On est fort embarrassé de faire un choix parmi les autographes artistiques et littéraires laissés par Crémieux, — nous ne parlons que de ceux-là, mettant de côté tout ce qui se rattache à la politique. — Un grand nombre de lettres signées Duprez, Ronconi, Damoreau, Persiani, Viardot, Nantier-Didier, etc., ont trait à des difficultés avec les directeurs; d'autres à des affaires particulières ; d'autres enfin sont des refus ou des acceptations de soirées. Il y en a deux de M'"'' Giulia Grisi. La première fut écrite pendant la période brillante de la belle cantatrice.
« Cher monsieur,
« M. Mario m'a dit que vous m'aviez fait l'honneur de venir me voir l'autre jour et que vous désiriez faire un peu de musique chez vous dans la matinée de dimanche pro-
chaiîi. Je crains de xons dire un oui, purement par compliment, car je viendrai d'avoir chante le soir du samedi dans VOtello, et je devrai chanter le soir du dimanche chez M'"' d'Ag-uado, engagement que j'ai déjà pris depuis longtemps. Je crains que mes forces ne soient pas au niveau de mes désirs et que je ne pourrai me rendre au vôtre pour cette fois. \^euillez m'aider de votre sublime éloquence auprès de M""" Gré mieux et lui exprimer tous mes regrets les plus sincères, ainsi que mes salutations les plus distinguées. Je suis désolée de ce que vous n'ayez pensé à nous un peu plus tût; je vous aurais préférés à tout autre engagement.
(( Agréez, monsieur, l'assurance de ma haute considération.
« GlULIA Giusi.
« Ce •2'2 mar?. »
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Les années s'écoulent, la voix et la beauté de la cantatrice ne sont plus guère qu'un souvenir; Mario, ce type, inconnu aujourd'hui, de l'exquis ténor italien, chante encore. Sa voix a baissé; le séduisant Almaviva a épaissi; mais enfin il chante toujours et bien des femmes par reconnaissance, Taccueillent encore, salle Ventadour, par des bravos attendris et sympathiques.
M. et M'"" Crémieux se trouvent un jour dans une de ces terribles situations que connaissent seuls les gens courageux qui organisent une soirée musicale : Tamberlick, sur lequel ils ont compté comme ténor, est malade.
Que devenir?
Crémieux se rend chez Mario, qu'il n'a pas vu depuis longtemps, et lui demande de remplacer le ténor soutirant. 11 est reçu par la Grisi, qui accepte pour Mario avec le plus gracieux empressement; elle propose de faire aussi sa partie dans le concert.
Inutile de dire que Crémieux accueillit cette otire avec une parfaite galanterie; mais ren-
6o Autographes.
tré chez lui, il fut moins iriomphant : il ne cacha pas à M""* Crémieux que la Grisi lui a paru fort vieillie; elle n'a, dit-on, presque plus de voix ; le programme est chargé et se serait passé de cette adjonction.
Enfin, il fallait se résigner; c'était le seul moyen d'avoir Mario.
Après le départ de Crémieux, M'"'" Grisi avait, de son côté, réfléchi, et voici la lettre, touchante d'humilité, qu'elle écrivit le lendemain :
« Jeudi matin.
'( Cher monsieur Crémieux,
(( Je me suis aperçue hier, quand vous avez eu la bonté de venir à la maison pour demander à M. Mario d'aller chanter dans votre salon, demain au soir vendredi, que
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ma présence et mon faible talent n'étaient pas nécessaires ; j'ai eu la maladresse de me proposer et de vous offrir de tout cœur d'aller chanter quelque morceau. Cher monsieur Crémieux, ne faites pas de compliments, je vous en prie, avec moi; ainsi, si je suis de trop et pas nécessaire chez vous demain au soir, faites-moi-le savoir, je vous en prie. Vous avez déjà beaucoup de monde et le concert sera trop long; ainsi, si vous le voulez bien, j'aurai ce plaisir-là une autre fois. Disposez de moi, n'importe quel jour ; si je suis à Paris, j'irai avec plaisir toujours. Mille et mille compliments et à madame aussi.
« GiULiA Grisi. »
M. et M""' Crémieux farent attendris en lisant cette lettre; ils répondirent par les instances les plus vives, et M™^ Grisi accom-
pagna Mario le lendemain soir; mais elle ne voulut chanter que dans la prière de Moïse, où elle dit un solo de façon à récolter encore de chaleureux applaudissements.
M'""" Grisi était bonne. Elle en avait, longtemps auparavant, donné la preuve à Crémieux. Elle arrivait chez lui un soir de concert lorsqu'il lui dit :
— Madame, j'ai une grâce à vous demander.
— Tout ce que vous voudrez, vous le savez bien.
— Consentez-vous, sur ma simple recommandation, à chanter le duo des Puritains avec un jeune débutant que vous rendrez bien heureux?
— Oh ! monsieur Crémieux, que me demandez-vous là? s'écria la pauvre Grisi, navrée.
— Madame, si je vous fais une demande aussi indiscrète, c'est que, vous le pensez bien, je suis sûr de mon baryton. Ayez confiance en moi ; je vous réponds que vous serez contente de M. Géraldy.
— Cher monsieur, il faut bien que ce soit
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pour vous! Chanter avec un inconnu, sans avoir répété! Je ne l'ai jamais fait.
Elle était réellement consternée, et Géraldy était lui-même fort troublé et inquiet lorsqu'il vint se placer au piano près d'elle. Il mit tant de sentiment et d'esprit dans les trois premiers mots du récitatif : Perché mesta cosi? que la fiffure de la cantatrice s'illumina. Avec son délicieux sourire, elle murmura : <- Ah! bravo! » et rassérénée, elle clianta le duo, qui fut un double triomphe.
Voici quelques lettres de la bonne et charmante M'"' Damoreau. La première est une simple recommandation.
(i Cher et aimable, permettez-moi de vous adresser ainsi qu'à votre chère petite femme, ime amie intime à moi et qui mérite sous tous les rapports l'intérêt que vous voudrez bien lai porter, je n'en doute pas, quand vous la connaîtrez, et puis un peu
pour l'amour de votre soussignéel C'est M"^ Berthaud, ma compagne inséparable du Domino noir, actrice pleine de grâce, chanteuse pleine de goût, et qui est maintenant sous la direction de M. Lireux (de rOdéon). Elle vous dira tous ses griefs contre lui, vous lui donnerez tous vos bons conseils, n'est-ce pas? Elle sait, non pas par moi seulement, que vous êtes bon, aimable et obligeant, elle le saura bien mieux quand elle vous aura vu; je n'ai donc plus rien à dire, ni à elle ni à vous, mais cela ne m'empêche pas de vous remercier en vous renouvelant encore l'assurance de mon amitié bien dévouée.
« L. D. CiNTi.
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« Un million de bonnes petites choses à la bonne Amélie que j'irai voir bientôt. Je suis à peine arrivée que j'ai déjà été au lit quelques jours.
« 4 avril 4ô. »
Dans la seconde lettre, écrite le lendemain d'une soirée où elle avait chanté chez Crémieux, l'aimable femme fait d'elle-même un portrait moral que nous avons tout lieu de croire exact.
c( Mon cher monsieur Crémieux,
« Je suis arrivée chez vous hier au soir avec la fièvre, le mal de tête et le mal de gorge. Aujourd'hui, je suis quasi-étouffée par ce mal de gorge, et l'application de
douze sangsues a été jugée nécessaire, afin que je puisse chanter demain matin pour les crèches du X" arrondissement. Je m'étais arrangée pour avoir deux ou trois heures de liberté aujourd'hui pour m'occuper un peu de mes affaires, je ne puis sortir, je ne puis parler!.,. J'écris donc à vous, mon cher monsieur Crémieux, pour un service que je viens réclamer de votre obligeance. Vous savez que je donne un concert le 6 avril dans la salle Herz, à huit heures du soir? Il faut que ce concert soit annoncé, voulez-vous avoir la bonté de demander pour moi à M. Jules Janin quelques petites lignes qui en instruisent le public? Hier il ne m'a accordé qu'un superbe dédain, et même en m'effleurant le bras, il n'a pas semblé m'apercevoir. J'étais au même instant occupée à admirer sa jolie femme. Cependant, une femme qui a été jolie et qui en admire
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hautement et sincèrement une autre qui l'est encore, cela mérite quelque attention ! Au reste, j'ai remarqué en plusieurs circonstances le silence ou Findifférence de M. J. J, à mon égard. Pourquoi? Est-ce parce que je ne lui fais pas de visites? Eh mais, dites-lui donc, mon cher monsieur Crémieux, vous qui me connaissez si bien et depuis si longtemps, que je ne suis pas une femme comme une autre, que je ne m'impose à personne, que je ne sais rien demander ou faire pour mes intérêts, que je reste dans mon petit coin, etc., etc. ; enfin, que je n'ai pas le goût de Vai:)loinh que je serais peut-être en droit d'avoir, et dont je vois quelques artistes si abondamment pourvus! Que pensez-vous ])ar exemple de celui de M"^ D... qui vient, en ma présence, choisir précisément un de mes plus beaux airs et qui ne néglige pas, en le chantant,
de faire la presque totalité des traits dont je Tavais orné? (Toutefois, je dois l'en remercier car j'ai pu voir, aux premières notes de la ritournelle, une foule de regards s*arrcter sur moi, tous bienveillants et traduisant le souvenir d'un de mes plus beaux succès ! ) J'admire beaucoup cette assurance, mais je ne la comprends pas, moi qui n'ai jamais eu ni amour-propre ridicule, ni intrigue, ni camaraderie. \'ous pouvez en donner une preuve toute fraîche à M . Jules Janin et qui achèvera de me peindre : hier, dans un de vos salons qui était rempli d'artistes, je voyais les hommes tendre la main et rechercher avec empressement la conversation d'un autre homme, je voyais les femmes lui adresser leurs plus ou moins jolis regards, leurs plus gracieux sourires... Quel est ce monsieur, demandai-je? — C'est M. Fiorentino. — M. Fiorentino, l'auteur
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de ces feuilletons de musique si piquants, si mordants, si bien faits? Je ne le connaissais pas!... Vrai, je ne devais pas être de ce siècle-ci, c'est à me faire encadrer!
u Enfin, mon cher monsieur Crémieux, pendant que vous serez en train de faire à M. Janin Ténumération de mes vertus privées, vous pourrez ajouter que je suis une bonne femme, et que je ne me borne pas à être toujours prête quand il s'agit dune bonne œuvre, ainsi que M. Théophile Gautier l'a dit il y a quelques jours, mais que jamais artiste n'a poussé plus loin le désintéressement. Voilà pourquoi je suis forcée quelquefois de penser à moi et de faire comme tout le monde, en donnant un concert ! ^'oilà, mon cher ambassadeur, toutes les instructions que je confie à votre esprit, votre éloquence et votre cœur d'ami. Je n'ai rien oublié, je crois... x\h! si, M. J. J.
70 A utograph es.
poiUTa annoncer en toute assurance qu'après cet hiver, je ne chanterai plus en puljUc.
« Si jamais je me rencontre avec lui chez vous, présentez-moi, (puisqu'il m'a oubliée) je n'aime rien tant que les gens d'esprit... Vous savez si je vous adore! J'ai été bien bavarde, mais pardonnez-le-moi, j'ai la fièvre.
« Mille et mille souvenirs affectueux et dévoués pour vous et votre chère Amélie.
« L. D. CixTi. ;^
« Samedi matin CO mars 47.
« N'est-ce pas que l'air de mon fils est ravissant? Malgré la crise de toux contre laquelle j'ai lutté hier au soir en le chantant, vous avez pu juger du succès qu'il a toujours. «
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Il laut croire que M'"^ Damoreau s'était trompée au sujet de la froideur de Jules Janin, car voici le petit billet adressé à M'"'' Crémieux qui fait suite à la lettre précédente.
c( Je ne sais, encore, chère madame, si M. J. Janii) a annoncé mon concert, je n'ai pas vu le journal, mais ce que je sais, c'est qu'il m'a reçue ainsi que sa femme, et que tous deux ont été aussi aimables que possible. Merci à vous.
(( Voici la stalle demandée. Celles de M. et M"""" Janin sont auprès des vôtres, j'ai pensi que cela arrangerait tout le monde.
« Plaignez-moi, je suis exténuée de faligue et j'ai la tète tournée par mon concert.
« Mille et mille amitiés à tous deux.
« L. D. CiNTi. »
La dernière lettre que nous trouvions écrite par M""" Damoreau est du 11 août 1853. Elle est triste, comme le sont trop souvent, hélas ! les dernière années de la vie.
« En effet, il y a bien longtemps que je
n'ai cil le plaisir de vous voir, mon cher
M. Crémieux, mais vous avez su de quel
coup affreux j'ai été frappée ! Après 2"? mois
de la plus terrible maladie, mon cher et
pauvre fils m'a été ravi et, depuis 13 mois,
je sais qu'on ne peut mourir de chagrin!!
Je n'ai vu personne et si je n'étais obligée
de travailler, je serais déjà dans un petit
coin bien retiré. Ma fille aussi a été très
souffrante, je n'ai pas un moment calme...
Mais si je ne vois pas mes amis, je n'en
conserve pas moins leur bon souvenir et je
suis bien heureuse de l'occasion qui m'est
offerte de vous en assurer ainsi que la bonne
M"'" Crémieux! Recevez donc de nouveau
Collection Adolphe C rémieux. j3
l'expression de mes sentiments affectueux et croyez tous deux au dévouement de
« L. D. CiNTi. ))
Fiorentino, ce malin critique que ne connaissait pas M""" Damoreau, fut aussi le client de Crémieux. Citons un billet de lui.
« Le 17 janvier 1860.
« Mon cher Cicéron,
c( Ceci est entre nous — sous le sceau du secret. — La jeune personne est complètement insuffisante. Il y a des élèves du Conservatoire de SLX mois qui feraient mieux. Voix stridente dans le haut — ■ médium nul — notes graves ércintées. — De plus, elle a eu l'idée malheureuse de mettre une cage
qui, dans sa chute, a initié le spectateur à des secrets qu'il eût mieux valu lui cacher.
« Tout ce que je peux faire pour ceux qui s'intéressent à la débutante, c'est de garder le silence.
« Dès que j'aurai une minute, j'irai m'asseoir à votre chevet pour faire une de nos bonnes causeries.
« Vous savez que ce pauvre Girard qui a conduit hier [deux actes, est mort cette nuit.
« Mes compliments à madame Crémieux, ta vous, mon cher défenseur, mon entier dévouement.
« P. A. FlORENTINO. )'
Collection Adolphe Crémieux, y 5
Nous avons nommé Tamberlick. Transcrivons un petit billet au crayon que nous ne relisons pas sans émoLion :
« Mardi 10.
« ^lonsieur, j'arrive de Madrid à l'instant et je me trouve dans la nécessité d'y retourner immédiatement.
« Je n'ai que vingt-quatre heures à rester ici. Je désire vous voir, vous parler un instant pour une afifairc très urgente. Voudrezvous et pouvez-vous m'accorder quelques minutes?
a Je vous préviens que personne ne connaît mon arrivée, car j'ai un engagement à Madrid et je n'ai pas de permission.
«Veuillez agréer l'hommage de mes respects.
« Votre dévoué
« E. Tamberlick.
« 7, rue Laval. »
yô Autographes.
C'était un grand malheur qui avait fait entreprendre au loyal artiste un voyage aussi précipité : M™^ Nantier-Didiée, séparée d'un mari que la correspondance nous montre sous un triste aspect, avait un fils qu'elle adorait et pour lequel elle mettait de côté toutes les économies qu'il lui était possible de faire. Elle mourut, toute jeune, à l'apogée de son talent, pendant la durée d'un engagement à Madrid où elle chantait avec Tamberlick. Celui-ci avait entre les mains un titre de rente au porteur acheté avec l'argent que la mère amassait dans l'intérêt de son fils. Il eut peur que ce titre, qui lui avait été confié, ne parvînt pas à son véritable destinataire; il calcula, en rentrant de l'enterrement, qu'il avaitjuste le temps, jusqu'à sa prochaine représentation, d'aller à Paris, de déposer le titre entre les mains de Crémieux, avocat de M"*" Nantier, et de rentrer à Madrid. Il le fit avec la plus grande simplicité, heureux de remplir les intentions de celle qui n'était plus.
A côté de Tamberlick, plaçons l'illustre
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Rubini, dont nous trouvons une lettre datée de Romano, 29 octobre 1850.
« Mon cher monsieur Crémieux,
« L'espoir que j'avais de vous voir ainsi que l'aimable madame Crémieux, la belle saison passée, n'a pu se réaliser : ce sera probablement pour le printemps prochain, et alors je vous remercierai de vive voix de tous les ennuis que je vous cause; car me voici de nouveau à vous prier de vous intéresser en faveur du pauvre B... D'après la réponse que vous avez eu la bonté de me faire alors à son sujet, ses parents ont cru prudent d'attendre que quelque disposition en faveur des déserteurs lui permisse de rentrer en Lombardie ; mais c'est après avoir fait mille démarches infructueuses à ce sujet, (pi'ils vous supplient, mon cher monsieur Crémieux, de vouloir bien faire en sorte, comme vous me le fesiez entendre, de lui
obtenir son congé sans dépendre de V ambassadeur d'Autriche, avec la condition qu'il serait dirigé sur quelques ports du Piémont. Vous avez tant d'influence que j'espère que vous obtiendrez ce que cette pauvre et intéressante famille désire. Elle vous en conservera, ainsi que moi, une éternelle gratitude. Le nom de ce jeune homme est : Andréa B..., enrôlé dans la légion étrangère, premier bataillon, seconde compagnie. Il était à Sidi- Bellabès dans le courant du mois d'avril. Depuis lors, sa famille n'a plus eu de ses nouvelles.
« Adieu, mon cher monsieur Crémieux, présentez, je vous prie, mes hommages affectueux à IVP" Crémieux, excusez-moi, et croyez-moi pour la vie
« Votre très obligé et dévoué « Gio. Batta Rubini. 1^
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Rubini mourut peu de temps après, sans avoir réalisé son projet de voyage à Paris.
Parmi de nombreuses lettres de Duprez , nous en choisissons une de l'année 1846, qui prouve qu'à cette époque , les ministres n'étaient pas toujours gracieux envers les députés de l'opposition. Crémîeux avait organisé à Chinon (') un grand concert au profit des pauvres. Il avait demandé le concours de Duprez, qui, muni de l'autorisation de son directeur, M. Léon Pillet, avait accepté de participer à cette bonne œuvre. Crémieux l'attendait en Touraine, lorsqu'il reçut la lettre suivante :
« jMon cher avocat,
« Un coup bien imprévu vient nous frapper et m'empêche d'aller à Chinon donner le concert que nous y avions préparé.
(1) Crémieux était député d'Indrc-ct-Loiro.
8o Autographes.
« Hier 12, pendant la représentation des Huguenots, j'ai reçu la visite de MM. L. Pillet et Perrot. Le but de cette visite fut de m'intimer l'ordre de ne me point rendre à Chinon. M. Pillet s'excusa fort de devoir revenir sur une autorisation qu'il avait cru en son pouvoir de m'accorder, et M. Perrot, au nom du ministère, lui défendit, d'après des articles du cahier des charges, de me laisser aller donner ce concert... J'attends même d'un moment à l'autre la copie de la lettre ministérielle ; je vous en ferai part aussitôt que je l'aurai reçue.
« Venez donc de suite à Paris si vous le jugez à propos, ou faites-moi savoir ce que vous prétendez faire, si vous tenez à donner le concert sans ma participation personnelle.
« Instrument placé entre vous, le ministère et M. Pillet, je ne puis vous offrir, quant à présent, que mes stériles regrets de ne pou-
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voir apporter ma faible part de soulagement aux pauvres de votre département, vous dire en outre tout le déplaisir que je ressens de ne pouvoir vous être utile et de devoir ainsi, malgré moi , abandonner notre agréable voyage.
« Mes hommages à M'"^ Crémieux, et à vous l'expression de mes regrets et de mon entier dévouement.