FÉDÉRATION DU GENRE HUMAIN
nécessairement, comme à présent, dans un état d'anarchie. Entre des pays qui ne sont pas sous le même gouvernement, il ne peut pas y avoir d'union légale, il ne peut y avoir qu'une union morale ; et avec cette dernière, il me semble impossible que des nations vivant sous des gouvernements suprêmes différents s'aiment réellement et aient confiance l'une dans l'autre ; car elles n'ont pas de chef commun pour établir et imposer les règles de la justice, pour arranger leurs différends et réparer les torts réciproques ; aussi, toutes les fois qu'elles ne peuvent pas s'accorder parce qu'elles ne veulent pas céder l'une à l'autre et qu'il est nécessaire de régler une question de force, leur unique ressource est le terrible expédient de la guerre. Comment une affection et une confiance réelles peuvent-elles subsister entre des nations qui ont, comme on dit, « le droit de se faire la guerre », quand il n'y a pas eu une déclaration solennelle que la guerre serait un crime légal, défendu, avec menace de châtiment par un gouvernement ayant la force et la volonté d'exécuter la menace contre les contrevenants ? Les immenses armées permanentes de terre et de mer, les guerres et la crainte de la guerre, l'oppression des Etats faibles par les Etats forts, la haine, la jalousie et la méfiance entre les nations sont réellement dues à l'absence d'un gouvernement commun et à l'anarchie internationale qui en résulte et qui règne dans le monde entier.
Ces considérations sont si extrêmement impor-
tantes que, pour éclairer davantage le sujet, j'ose me permettre d'examiner ici de plus près l'essence de la loi et du gouvernement, ainsi que la nature et les conséquences de l'anarchie et de citer, à l'appui des énoncés précédents, quelques passages des écrits des grands juristes Jeremy Bentham et John Austin, et aussi des traités célèbres, le Léviathanet l'Essai sur le gouvernement, de Hobbes et de Locke.
Quelle est donc l'essence de la loi et du gouvernement? On peut dire que la loi consiste dans une série de commandements prescrits par les gouvernements à leurs sujets, conférant à ces derniers des droits et leur imposant des devoirs, l'obéissance à ces commandements étant rendue obligatoire par des sanctions ou des peines qui sont appliquées de force par le pouvoir de l'Etat. Ainsi, sir Henry Maine, dans son ouvrage sur la « loi ancienne » observe que : « Bentham, dans son Fragment sur le gouvernement, et Austin dans son Domaine de la jurisprudence réduisent toutes les lois à des commandements du législateur, à des obligations imposées au citoyen, et à des menaces de sanctions en cas de désobéissance. En outre, le caractère du commandement, qui est l'élément principal dans une loi, est de prescrire non pas un seul acte, mais une série ou un nombre d'actes de la même catégorie ou espèce. Les résultats de cette séparation des éléments concordent exactement avec les faits de la jurisprudence expérimentée. » De même, M. Hunter dit : « La matière de la loi, ce sont des commandements, des règles