HOBBES ET LOCKE SUR LE GOUVERISEMENT
OU indirectement à leur famille, à leurs amis, à leur nation, à leur profession ou à leur nom. 11 est évident par là que pendant l'époque où les hommes vivent sans un gouvernement commun pour les tenir tous en respect, ils sont dans cet état appelé guerre, et guerre de tous contre tous. La guerre ne consiste pas seulement dans les batailles. Ce qui constitue le mauvais temps, ce ne sont pas seulement une ou deux ondées, mais les jours pendant lesquels nous en sommes menacés ; de même la guerre ne consiste pas dans les moments mêmes où se livrent les batailles, mais dans la disposition connue à se battre ; elle embrasse toute la période où l'on n'est pas sur d'une disposition contraire. Tout le temps où l'on a cette assurance, c'est la paix. Tous les inconvénients attachés à une époque de guerre, où tout homme est l'ennemi de tout homme, sont aussi attachés à l'époque où les hommes vivent sans sécurité autre que celle qui leur est donnée par leurs propres forces ou par les moyens de leur invention propre. » On voit par ce passage que Hobbes comprend sous le terme « guerre » non seulement les batailles mêmes, mais aussi la crainte de la guerre, et le danger constant de la voir éclater, qui sont d'après lui les traits caractéristiques de l'état de nature ou d'anarchie.
Locke présente le même tableau des maux qui résultent de l'absence d'un gouvernement. « Les hommes, dit-il, sont poussés à quitter l'état de nature et à s'unir pour la conservation mutuelle de leur vie, de leur liberté, et de leurs biens, que je désigne par
oO AUTONOMIK ET FÉDÉRATION
le nom général, propriété. Le grand et principal but qu'ils se proposent donc en formant des républiques, et en se soumettant à un gouvernement, c'est la conservation de leur propriété. Pour cette conservation, il manque beaucoup de choses dans l'état de nature. D'abord, il y manque une loi établie, fixe, connue, admise et reconnue par le consentement commun pour être la règle du bien et du mal. En second lieu, dans l'état dénature il n'y a pas déjuge équitable et impartial, revêtu de l'autorité nécessaire pour régler tous les différends conformément à la loi établie. » Un tel juge impartial est évidemment nécessaire pour empêcher les hommes d'être juges dans leur propre cause, quand ils sont si sujets à être aveuglés par la passion ou l'intérêt persohnel. « Le principe d'après lequel aucun homme ne doit être juge dans sa propre cause (c'est-à-dire, dans aucune question où il est intéressé), dit M. Samuel Warren dans son Introduction à VEtude des lois, est un grand principe fondamental dans l'administration de la justice. » Locke continue : « En troisième lieu, dans l'état de nature, il y a souvent absence d'un pouvoir pour appuyer la sentence quand elle est juste, et pour la faire exécuter. . Ceux qui commettent une injustice quelconque manqueront rare-^ ment, quand ils en auront la force, de défendre leurs actes injustes; une telle résistance rend souvent la punition dangereuse et funeste à ceux qui tentent de l'infliger. Pour éviter ces inconvénients, qui dans l'état de nature troublent les hommes dans