HOBBES ET LOCKE SUR LE GOUVERNEMENT
la jouissance de leur propriété, ils s'unissent en société afin de disposer des forces réunies de toute la société pour assurer et détendre leur propriété et afin d'avoir des règles fixes pour la circonscrire. » Dans l'état de nature personne ne sait clairement ce qui est à lui et ce qui est à un autre, ce qui est mien et tien, car il n'y a pas de gouvernement pour définir les droits de chaque individu ou pour les protéger.
Nous avons vu que, d'après Bentham et Austin, l'état de nature non seulement existe ou a existé dans un temps parmi les tribus sauvages, mais qu'il règne à présent dans le monde entier entre les sociétés politiques indépendantes dans leurs rapports mutuels. Les nations indépendantes n'ont ni gouvernement commun, ni loi internationale proprement dite, ni juges ou tribunaux pour régler de force les différends internationaux et pour redresser les torts ; mais chaque nation est elle-même juge dans sa propre cause de ce qui est juste à l'égard des autres, et a la liberté absolue de leur faire la guerre ou tout autre mal qu'elle pourra, sans être retenue par la crainte d'une punition légale. Parmi les nations l'anarchie existe entre gouvernement et gouvernement, de même que parmi les sauvages elle existe entre individu et individu ou entre les familles. Hobbes et Locke font ressortir ce fait et montrent que les edets d'un tel état de choses sont exactement semblables à ceux décrits plus haut ; car il conduit nécessairement à l'absence d'une justice
réelle et d'une paix réelle, aussi bien que d'une confiance et d'une alTection réciproques entre les nations, et à ce qui peut être appelé l'état de « guerre », si nous entendons par ce mot non seulement les actes d'hostilité, mais encore la crainte et le danger de la guerre, et les préparations habituelles à son approche. Ainsi Hobbes, après avoir parlé de l'anarchie parmi les sauvages, dit : t iMais quoiqu'à aucune époque les individus n'eussent été à l'état de guerre les uns contre les autres, cependant dans tous les temps les rois et les personnes revêtues de l'autorité souveraine, à cause de leur indépendance, étaient en méfiance continuelle l'un vis-à-vis de l'autre, dans la situation et l'attitude de gladiateurs ayant les armes et les yeux tournés l'un vers l'autre, c'est-à-dire leurs forteresses, leurs garnisons, leurs canons aux frontières de leurs royaumes, et des espions chargés d'épier leurs voisins ; ce qui est une attitude de guerre. » Et dans un autre endroit, le même auteur dit : « Comme le faisaient alors les petites familles dans les communautés barbares, aujourd'hui les cités et les royaumes, qui sont seulement de plus grandes familles, agrandissent leurs territoires sous un prétexte quelconque de danger ou de crainte d'une invasion, ou de secours qui peut être fourni à des envahisseurs, et font tous leurs elïorts pour subjuguer leurs voisins à force ouverte ou par artifice. » Et ailleurs, en parlant de la liberté des Etats indépendants dans leurs rapports mutuels, il dit que cette liberté « n'est pas celle des