IIOBBES ET LOCKE SUR LE GOUVERNEMENT
individus, mais de la République, identique à la liberté dont jouirait chaque homme, s'il n'y avait ni lois civiles ni gouvernement. Et ses effets sont également identiques. Car, de même que parmi les hommes qui ne sont soumis à aucun chef, il y a guerre perpétuelle entre chaque homme et son voisin, nul héritage à transmettre au fils ou à attendre du père, nulle propriété mobilière ou immobilière, nulle sécurité, mais liberté individuelle complète et absolue, de même dans les républiques et les Etats qui ne dépendent pas les uns des autres, chaque république, et non chaque individu, a liberté absolue de faire ce qu'elle jugera à propos, c'est-à-dire ce que la personne ou l'assemblée qui la représente jugera le plus conforme à ses intérêts. Mais avec cela ces républiques vivent dans l'état de guerre perpétuel, toujours à la veille d'un combat, avec leurs frontières armées et leurs canons braqués contre tous leurs voisins. » La terrible vérité de ces assertions apparaît dans l'histoire de l'Europe, qui n'a jamais cessé de soullrir soit de la guerre ellemême, soit de la crainte ou du danger d'une guerre, et où les immenses armées permanentes, bien plus nombreuses et pourvues d'armes bien plus meurtrières de nos jours qu'à aucune épocpjc antérieure, comptent d'après les calculs faits environ dix millions d'hommes.
Locke montre de la même manière que l'état de nature existe entre les souverains indépendants, et il fippelle l'attention sur }e seul remède efficace pour
faire cesser la guerre et assurer la paîx parmi les hommes, à savoir : un gouvernement commun.
« Puisque tous les princes et les chefs des gouvernements indépendants, dit-il, sont dans l'état de nature, il est évident que le monde n'a jamais été et ne sera jamais sans une multitude d'hommes vivant dans cet état. » Quant à la guerre et aux moyens de l'empêcher, il dit que « l'emploi de la force, ou un dessein déclaré d'employer la force contre une autre personne, là où il n'y a pas de supérieur commun dont on puisse invoquer le secours, est l'état de guerre. Éviter cet état (où l'on ne peut invoquer que le secours du ciel, et auquel peut aboutir le moindre différend, là où il ne subsiste aucune autorité pour décider entre les adversaires) est l'une des grandes raisons pour lesquelles les hommes se sont mis en société et ont quitté l'état de nature ; car là où il y a un pouvoir capable de nous secourir, si nous l'invoquons , la continuation de la guerre est rendue impossible, et le dilTérend est arrangé par ce pouvoir ». Quant à la paix, Lbcke remarque que « la société civile est un état de paix pour ceux qui en font partie, supprimant l'état de guerre par l'arbitrage auquel ils ont pourvu par la voie législative dans le but de régler tous les différends qui peuvent surgir au milieu d'eux » . Dans la société civile, la paix est en outre assurée, parce qu'il y est défendu sous une sanction pénale d'employer la force ou la violence, excepté en cas de légitime défense, dans le moment même où nous sommes attaqués, et