SYSTÈME FÉDÉRAL ET GOUVERNEMENT UNIFIÉ
me semble préférable. L'unification me paraît meilleure que la fédération, excepté dans les cas où les contrées à unir se trouvent à de grandes distances l'une de l'autre, ou quand leurs habitants parlent des langues différentes. Si le système fédéral est un bienfait incalculable pour le genre humain, c'est principalement, je crois, parce qu'il écarte ces deux grands obstacles à l'union politique. Il rend aussi un service immense comme premier pas en unissant entre elles des nations indépendantes qui, quoique proches voisines et parlant la même langue, ne voudraient pas, pour différentes causes, consentir à renoncer à leurs législatures nationales et à former de suite un gouvernement unifié, mais qui, dans le cours des temps, pourraient avoir des raisons pour s'unir et s'incorporer entièrement l'une dans l'autre. Un parlement unique marque une union plus complète qu'une pluralité de parlements, et, dans les cas où il peut être établi, il me semble présenter plusieurs avantages importants.
M. Dicey remarque qu'à son avis deux des principaux désavantages ou dangers du fédéralisme sont la double allégeance des citoyens, qui doivent obéissance à la fois au gouvernement central et au gouvernement de leur propre État, et l'absence d'un pouvoir suffisant dans la législature centrale pour protéger les minorités impopulaires dans les différents Etats, » Le système fédéral, dit-il, a dans son essence et tel qu'il existe même en Amérique deux défauts principaux. Il divise l'allégeance des citoyens
9t) AUTONOMIE ET FÉDÉRATION
et, ce qui est ici un point plus important, il ne pourvoit pas suflisamment à la protection des droits légaux des minorités impopulaires. » Il attribue en grande partie à ces causes les terribles guerres civiles dans les États-Unis et en Suisse. L'histoire de ces pays nous apprend que « l'union des deux confédérations les plus prospères dans le monde a été maintenue seulement grâce au triomphe décisif, par la force des armes, du pouvoir central sur les droits des Etats particuliers, réels ou prétendus. » Un exemple frappant de la protection insuffisante des minorités et des classes opprimées est que le Congrès n'a pas eu le pouvoir d'abolir l'esclavage dans les États du Sud et que son abohtion totale n'a pu être effectuée à la fin de la guerre civile que par un amendement spécial introduit dans la Constitution. 11 me semble, en effet, que le principal défaut du système fédératif, comparé à un gouvernement unifié, consiste en ce que les règles fondamentales de la justice, les lois pour la sécurité de la personne et de la propriété, qui intéressent tout le monde et qui devraient être l'œuvre de tout le monde, sont discutées et établies non par les représentants de la nation entière, mais uniquement par les représentants de chaque État particulier. De cette façon, la vohmté commune de tous n'est pas imposée à tous, et les lois rendues par des États particuliers peuvent être absolument contraires aux sentiments de justice et de moralité de la grande majorité du peuple. A ce défaut on pourrait cependant remédier en grande partie si on accordait la