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simple dépendance d'un autre État. Je parle ici surtout des grandes nations de l'Asie, dont quelquesunes sont, à quelques égards, très civilisées, et qui, sous l'influence des idées occidentales, deviennent tous les jours de plus en plus éclairées. Toutes les nations devraient, je crois, être fédérées entre elles, c'est-à-dire elles devraient toutes avoir à la fois une part dans le gouvernement commun suprême et dans le gouvernement national de leur propre contrée ; mais avec les communautés arriérées la fédération ne pourrait se faire au commencement que sur un pied d'inégalité; l'égalité serait établie graduellement à mesure que les habitants deviendraient plus civilisés. La grande difficulté que l'on éprouve actuellement à accorder aux grandes dépendances une part dans le gouvernement provient de la faiblesse et de l'isolement des États dominants qui craignent de perdre leur ascendant; mais si ces derniers étaient euxmêmes fédérés, la difficulté s'évanouirait, et toutes les nations ])ourraient être représentées à la fois dans la législature centrale et dans les législatures locales, dans la mesure réclamée par la justice et par les intérêts réels de chaque peuple.
Le parlement suprême commun, tout en comprenant des représentants de toutes les nations, ne serait pas nécessairement plus nombreux que d'autres parlements, même s'il n'y en avait qu'un seul, car le nombre de ses membres dépendrait de la proportion entre les élus et les électeurs. Cependant il y aurait sans doute plusieurs assemblées dans ditïé-
rentes parties du monde qui agiraient collectivement et légiféreraient par une majorité de leur nombre total, comme le font les législatures particulières dans les États-Unis quand elles exercent leurs pouvoirs souverains; un pareil arrangement écarterait la difficulté que présente la fédéi'ation de contrées très distantes l'une de l'autre, et permettrait d'accorder à chaque peuple une représentation plus complète. Grâce à ce moyen, l'autre grande difficulté, provenant de la différence du langage, serait également résolue; et partout où la même législature comprendrait des nationalités différentes, il serait permis à chaque membre de s'adresser à l'assemblée dans sa propre langue, selon la règle suivie à présent dans plusieurs corps législatifs. Dans le Canada, par exemple, où un million et demi d'habitants français sont fédérés avec trois millions d'anglais, l'une ou l'autre langue peut être employée dans le parlement du Dominion ; dans le parlement du Cap, comme il est dit dans l'Annuaire du Gouvernement pour 1888, on peut s'exprimer en hollandais aussi bien qu'en anglais; dans la Diète hongroise, les députés delà Croatie peuvent se servir de leur langue maternelle; et en Suisse, où près d'un quart du peuple parle le français, et environ deux tiers l'allemand, on peut se servir de l'une ou de l'autre langue en s'adressant au Conseil fédéral. En Autriche qui, la Hongrie mise à part, semble réellement être un État fédératif avec un Empereur investi d'une grande part dans la souveraineté, les nationalités sont plus mélangées que
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dans aucune autre contrée de l'Europe. On trouve dans ce pays dix-sept parlements locaux, dont un grand nombre discutent les affaires dans des langues distinctes, outre le parlement central commun, le Reichsrath, dans lequel l'allemand est, je crois, la seule langue employée. Pour cette raison et pour d'autres encore, le gouvernement offrirait sans doute de nombreuses difficultés, mais l'expérience faite dans des États fédératifs montre qu'elles peuvent être vaincues par un esprit de justice et de concessions mutuelles, uni à un respect constant de la loi. Fussent-elles même très grandes, elles ne me semblent pas comparables aux difficultés inhérentes à >t l'état de nature » ou d'anarchie qui existe maintenant entre les nations indépendantes et au risque perpétuel de la guerre. A présent, les questions internationales ne sont nullement traitées par les méthodes légales et gouvernementales, mais par la diplomatie secrète et par d'autres méthodes caractéristiques de l'état d'anarchie. Au contraire, si le genre humain était fédéré, c'en serait fait de la diplomatie secrète, et les affaires internationales, comme toutes les autres, seraient discutées publiquement par le parlement et par la presse, et réglées d'une manière légale et constitutionnelle par le vote d'une majorité.
Un changement d'une portée aussi vaste que l'union fédérale de toutes les nations ne pourrait évidemment être effectué que progressivement et par la fédération graduelle de nations indépendantes
les unes avec les autres, et des États souverains avec leurs dépendances dans le monde entier ; mais je ne puis pas croire que la réalisation finale de cette union soit aussi éloignée et offre des difficultés aussi extraordinaires et insurmontables qu'on le suppose souvent. Si la terrible calamité d'une nouvelle guerre européenne peut-être détournée, il me semble y avoir des raisons d'espérer qu'avant longtemps de grands progrès seront accomplis en ce sens. L'unification de nombreux États particuliers en Italie et en Allemagne, dans un cas par une union complète et dans l'autre par une fédération (deux procédés identiques au fond, puisqu'ils consistent l'un et l'autre dans la fusion de deux ou plusieurs gouvernement souverains en un seul, et dans la formation d'un État indépendant et souverain unique) a montré do la manière la plus frappante les bienfaits énormes de l'union politique; et M. Freeman, cet historien si distingué, parle du changement ainsi accompli comme « du plus grand événement de notre époque ». Si les États de l'Italie et de l'Allemagne se sont unis entre eux et ont ainsi beaucoup augmenté leur puissance et leur importance nationale, leur sécurité contre toute attaque, et les sentiments de sympathie et de fraternité parmi les peuples à titre de concitoyens, pourquoi d'autres Etats européens ne pourraient-ils pas s'unir et obtenir les mêmes résultats ? Un grand nombre de nos hommes potitiques les plus distingués, libéraux et conservateurs, se sont déclarés en faveur d'une fédération entre la Turquie,
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la Grèce, la Bulgarie et les autres contrées de la Péninsule des Balkans ; ce qui montre qu'ils regardent comme parfaitement réalisable l'union entre des nations qui sont séparées par de grandes différences sous le rapport de la religion et du langage, et par des souvenirs d'une lutte et d'une oppression séculaires. M. de Laveleye soutient chaleureusement qu'une Confédération Balkanique est la vraie solution de la question orientale, et dit qu'elle est désirée par les pays eux-mêmes, aussi bien que par l'Autriche- Hongrie et les libéraux anglais. « Cette solution si juste et si naturelle, dit-il, a été réclamée pendant de nombreuses années par les libéraux anglais. C'est la seule conforme au droit des populations de se gouverner elles-mêmes, et qui évite de donner une prépondérance dangereuse à l'un des deux grands empires voisins. » Ce qui empêche la réalisation de ce projet, cen'estpas l'impossibilité de l'exécuter, c'est l'opposition de la Russie, dont la politique, depuis plusieurs générations, consiste à maintenir la Turquie et les États voisins faibles et divisés, de façon, à ce qu'elle puisse mettre la main sur la magnifique ville de Constantinople.
Les autres pays, dont la fédération semble particulièrement désirable à présent, et où elle est relativement facile à effectuer'^ à cause de leur proche voisinage et de l'identité ou de l'affinité de leurs langues, ce sont les trois royaumes Scandinaves, la Norvège, la Suède et lè Danemark ; les royaumes occupant la troisième grande péninsule de l'Europe méridionale, l'Espagne et le Portugal ; et les nom-
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breuses républiques espagnoles indépendantes dans l'Amérique du Sud et du Nord, dont la séparation et l'état de nature ou d'anarchie, qui en est la' conséquence, ont amené les maux les plus épouvantables sous la forme de révolutions et de guerres constantes. L'union politique est évidemment la plus nécessaire et la plus aisée à accomplir entre des nations contiguës et entre celles qui parlent la même langue, à cause des relations fréquentes qui existent entre elles ; c'est pourquoi chaque peuple devrait surtout s'eftbrcer de s'unir avec ses plus proches voisins et les nations des autres parties du monde qui lui sont apparentées par la race et le langage. La fédération est aussi plus facile à établir entre un État souverain et ses dépendances qu'entre des pays indépendants l'un de l'autre, car les premiers sont déjà unis sous un même gouvernement, et la fédération est un gain évident pour les dépendances, tout en favorisant également les intérêts de l'État dominant, car de nos jours, où les grandes idées de l'égalité et des droits égaux des nations se propagent jusque dans les contrées les plus éloignées, aucun empire ne peut longtemps être maintenu sur le pied d'un État souverain et d'États dépendants, et, s'il n'est pas fédéré, il tombera certainement en pièces. Cette tendance générale à favoriser la fédération montre quels avantages olfrent à l'humanité entière , et pas seulement aux États dominants eux-mêmes, de vastes empires tels que ceux de la Russie et de l'Angleterre. La poUtique, que les