‹ Autonomie et fédérationChapitre 4 sur 32 · FORME COLONIALE DU « HOME RULE · texte numérisé non relu

FORME COLONIALE DU « HOME RULE

D'après ce projet les membres irlandais seraient exclus de la Chambre des communes, ou y prendraient tout au plus part aux débats sur des questions impériales, et l'Irlande aurait sa propre législature pour la direction des affaires irlandaises, avec un pouvoir exécutif ou administratif responsable devant elle. Cette proposition présente évidemment un caractère bien différent et bien plus séparatiste, puisqu'elle rejette l'union des parlements anglais et irlandais, et je crois qu'elle a relativement bien peu de partisans parmi les libéraux et les radicaux anglais. Ceux-ci ne veulent pas que les membres irlandais soient exclus ou qu'ils prennent seulement part à certains débats, même si cette dernière conception pouvait être réalisée. M. Bradlaugh, par exemple, dit à propos de ce projet : « Là-dessus nous sommes complètement en désaccord. Nous soutenons que tous les membres de la Chambre des communes doivent avoir des droits égaux ; les questions purement locales seules doivent être soumises à des assemblées locales. » On a vivement discuté à la Chambre des communes la question de savoir si la suprématie impériale serait maintenue, ' ou si les deux contrées seraient séparées, dans le cas ; où les membres irlandais seraient exclus, et le débat roule évidemment sur ce point : le Parlement irlan- ' dais serait-il indépendant ou non ? S'il dépendait du ' gouvernement de la Grande-Bretagne, la suprématie f^de ce dernier serait maintenue et les deux contrées resteraient unies, mais l'Irlande serait placée dans la même position intolérable d'infériorité où elle se

trouvait avant 1782. D'autre part, si le parlement irlandais était indépendant, l'Irlande serait, comme nous l'avons dit, un pays étranger. Dans le cours de la discussion, sir Henry James a défini ainsi la suprématie : « le pouvoir de faire des lois pour tous les pays soumis à la Couronne ». Il a aussi défini la souveraineté (qui, a-t-il ajouté, est la suprématie envisagée à un autre point de vue) et il a dit qu' « elle consiste en deux choses, à savoir : en ce qu'un Parlement souverain ne peut être soumis au contrôle ou aux décisions d'aucun homme ou d'aucun corps, et en ce qu'il doit pouvoir changer et reviser sa propre constitution » ; et il a soutenu que si le parlement impérial , après le départ des membres irlandais, n'avait plus le pouvoir de légiférer pour l'Irlande, c'en serait fait de sa suprématie, et les deux contrées seraient entièrement séparées l'une de l'autre. « Je soutiens fermement, a-t-il dit, que si vous renoncez au droit abstrait de législation — et je ne fais aucune distinction entre le droit abstrait et le droit, — la contrée pour laquelle vous y renoncez devient un État indépendant et étranger. » 11 est vrai que le lien entre les deux contrées subsisterait encore pour les relations extérieures, qui seraient placées entièrement sous le contrôle de la Grande-Bretagne, mais alors l'Irlande se trouverait réduite sur ce point à la condition d'un inférieur n'ayant point voix délibérative. Ce qui tend à obscurcir cette question, c'est la posi- , tion particulière des colonies anglaises qui sor nominalement des dépendances, mais en réalité de'

Page 1