‹ Autonomie et fédérationChapitre 6 sur 32 · LIBERTÉ ANARCHIQUE ET INDÉPENDANCE · texte numérisé non relu

LIBERTÉ ANARCHIQUE ET INDÉPENDANCE

la liberté politique ou civile, c'est-à-dire la liberté qui existe sous le règne de la loi et du gouvernement, et dont la nature est ainsi définie par M. Austin : « La liberté politique ou civile, dit-il, consiste dans l'exemption d'obligations légales , concédée ou accordée par le gouvernement à chacun de ses ressortissants. » De plus, pour qu'une liberté puisse être appelée un bien, il faut qu'elle soit compatible avec le bonheur d'une société, ou, en d'autres termes, les actes permis par le gouvernement ne doivent pas avoir un caractère pernicieux et nuisible à d'autres personnes. « La Hberté , dit Bentham, que la loi devrait accorder et laisser toujours subsister sans aucune entrave, c'est la liberté concernant les actes qui, étant exercés, ne '.'auseraient aucun préjudice à la communauté prise lans sa totalité. » Or, la liberté des États indépendants dans leurs rapports réciproques n'est ni politique, ni civile; elle est anarchique ou arbi- 'raire, c'est à dire elle n'est limitée ni par le gouverjnement ni par la loi ; car les nations indépendantes, îommc nous l'avons déjà remarqué, n'ont point de i^ouvernement commun, et, par conséquent, point le lois internationales proprement dites ; elles vivent ntre elles à l'état de nature ou d'anarchie. C'est ourquoi chaque nation est libre de faire la guerre ux autres, de les opprimer, de violer leurs Iroits, de leur faire tort, et de commettre à leur îgard tout acte, bon ou mauvais, qui est en son pouvoir, et qu'elle regarde comme avantageux à ses

propres intérêts. Une telle liberté évidemment, loin d'être un bien, est un mal énorme pour l'humanité.

D'autre part, la véritable espèce d'indépendance et de souveraineté désirables n'est pas celle qu'une nation possède pour elle seule, mais celle qu'elle partage avec d'autres, et qui, en outre, est jointe à la dépendance ou à la sujétion, de telle façon que chaque co-parlageant de la souveraineté soit à la fois indépendant et dépendant, souverain et sujet. Les États formant l'Union américaine et les différentes parties du Royaume-Uni n'ont pas perdu leur souveraineté ou leur indépendance quand ils se sont réunis, mais ils l'ont partagée avec d'autres en formant dans chaque cas un État souverain ou indéf pendant. De plus, c'est uniquement en leur qualité de collectivité que les gouvernements suprêmes eij Angleterre et en Amérique sont souverains et indépendants, tandis que chacune de leurs parties constitutives ou chacun de leurs membres, pris à part, est dépendant de la volonté de la totalité ou lui est assujetti. Les pays qui perdent réellement leui'j indépendance par leur union avec d'autres, ce sor^ des dépendances telles que les Indes, qui nom aucune part dans le gouvernement, et c'est là u mal auquel nous devrions chercher à porter remèd sérieusement, quoique avec prudence, jusqu'au jouj où nous puissions être unis avec elles sur le pied d<i l'égalité. Mais la souveraineté ou l'indépendance qu est partagée avec d'autres, loin d'être un mal, est un

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