‹ Autonomie et fédérationChapitre 8 sur 32 · FÉDÉRATION DU GENRE HUMAIN · texte numérisé non relu

FÉDÉRATION DU GENRE HUMAIN

qui défendent aux hommes de se faire du mal les uns aux autres — et parmi ces règles il faut toujours comprendre celle qui défend d'entraver injustement l'exercice de la liberté d'autrui — sont plus essentielles au bonheur de l'homme que toutes les maximes, si importantes qu'elles soient, qui indiquent seulement la meilleure méthode de conduire une certaine partie des affaires humaines. Or, dans le principe, ce sont ces lois morales qui constituent les obligations de la justice. » Chaque nation, j'ose le croire, devrait concourir à établir et à imposer j les règles essentielles de la justice non seulement entre une nation et une autre, mais entre un indit vidu et un autre, entre les souverains et leurs sujets, • dans le monde entier. Les premiers droits de l'homme, j la sécurité de la personne et de la propriété, le trai- ] tement juste et égal des individus, intéressent chacun au plus haut point et devraient être sous la 1 protection commune de tous. Mais la loi et le gou- 1} vernement sont des institutions dont l'objet principal est d'établir et d'imposer les règles de la justice parmi les hommes. Comment donc une nation peutj elle équitablement avoir le droit de se séparer et de 'i vivre isolée des autres, quand en agissant de cette ^! façon elle anéantit la loi et le gouvernement qui ' l'unissaient avec eux, et sape ainsi les fondements ' mêmes de la justice ?

j Xu lieu de chercher à rendre l'Irlande « libre et ' indépendante » dans le sens faux et anarchique de ^; ces mots, nous devrions tendre plutôt à ce qu'aucun

pays, quel qu'il soit, ne soit indépendant dans ce sens et à ce que tous jouissent de la liberté et de l'indépendance véritables, qui peuvent seulement exister sous le règne du gouvernement et de la loi. 11 me semble qu'un des plus grands projets qui aient jamais été conçus, — en vérité la réforme la plus grandiose qui puisse être accomplie dans les affaires humaines, après la suppression du paupérisme et des autres maux de l'excès de population, — c'est de se débarrasser peu à peu du système actuel des Etats indépendants ou souverains, qui entraîne à sa suite la complète anarchie internationale ^ et de le remplacer par un système légal de subordination mutuelle en soumettant tout le genre humain à un gouvernement commun, de façon qu'il y ait seulement un gouvernement fédéral suprême ou souverain, dont les gouvernements nationaux dans les différents pays, et un congrès général composé des représentants de toutes les contrées, formeraient les parties ou les membres et auquel chacun de ces gouvernements, pris à part, serait soumis ou subordonné. Tous les Etats seraient ainsi légalement unis ou confédérés entre eux, tandis qu'entre les parties composantes de chaque Etat, il existerait une union complète ou fédérale; et la condition de dépendance, dans laquelle des races moins civilisées sont gouvernées par d'autres plus civilisées, disparaîtrait peu à peu à mesure que les populations en retard avanceraient en civihsation jusqu'à ce qu'enfin toutes les nations fussent placées sur un pied d'égalité poli-

Page 1