HAITI N
e et que nous sommes Es d'en do. les urs. Il peut se faire que les « verres-sujets » (« subt lenses ») que nous sommes aient le pouvoir de créer ur objet, ou qu'il n’y ait pas d'objet. Tout est subj ectif, «le mal et le bien sont une ombre que nous proie jetons (2)».« Inévitablement, l'univers porte nos couleurs, et tout objet tombe à son tour dans le sujet même.» Nous ne voyons que ce que nous sommes. Nous n’exprimons que nous-même (?). L'idéalisme ramène tout à a conscience et nul n'échappe à l’idéalisme, pas même le sensualiste. Tel Condillac, d’après lequel «ce que nous à percevons n’est au demeurant que notre pensée ». Le capitaliste le plus obtus, et si solides que soient les blocs de pierre de sa banque, bâti avec des matériaux « rougis … à blanc intérieurement, d’une sphéricité parfaite, qui E flottent en l'air mol, et tourbillonnent avec banque et banquier, à une vitesse de milliers de milles à l'heure, sans savoir vers où () ». e L'esprit est l'unique réalité. Tout ce qui existe en est le reflet. « Mon moi, cette pensée que j'appelle moi, est le moule dans lequel le monde est versé, comme de la cire fondue. Le moule est invisible, mais le monde en ‘trahit la forme (4). » Le monde n’est quele reflet de notre substance. Pour l’idéaliste, la pensée, voilà l’univers. Il voit la série des faits s’écouler d’un centre commun, SA le sien et le leur. Force lui est bien de conclure à l’exis- tence subjective ou relative de toutes choses, découlant de ce centre inconnu en lui (5).
pour être pensé. «La Nature est l’incarnation d’une pensée, et elle retourne à la pensée, comme la glace à l’eau
et au gaz. Le monde est de l’esprit précipité, etson essence
volatile retourne sans cesse à l’état de pensée libre (1). » Emerson livre le monde aux jeux de l'imagination
poétique. Se voir reproduit par les yeux et les sens du. | poète est peut-être sa fin suprême. Mais là encore règne:
l'illusion. La beauté qui séduit le poète en est une. Elle
déçoit les dieux eux-mêmes. Séduisante et toujours
fuyante, comme l'éclair, la beauté parcourt les formes insaisissables :
Ni pieds si agiles qui la trouvent, Ni forme si parfaite qui la fixe.
Éternellement fugitive, la beauté allume le désir, emplit de son parfum l’espace stellaire et le lys, mais se refuse aux lèvres, pour désespérer le poète :
Éternelle fugitive
Qui plane sur toute vie; |
À susciter prompte et habile
Le doux, l’extravagant désir.
Toi qui combles d’odeur de rose
L'espace étoilé et le lys,
Alors qu'aux lèvres tu refuses
Le goût de ton nectar…
Puissance redoutable et chère, es-tu un dieu ? Si oui, perds-moi, pourvu que tu te donnes (?).
En définitive l’ésotérisme et la magie détiennent peut-
être la clef de l'énigme. Le monde est le jouet d’un dieu
ou d’un démon qui arrive à ses fins et aux nôtres, sans
(*) Ode to Beauty, IX.
(1). Ce dieu leon et nietzschéen écrase les bles aux dépens des forts :
Le serviteur du serviteur, Du brave l’ami sans conteste, Il tue le boiteux et l’infirme . Et sur-le-champ reprend sa course.
Les dieux aiment les dieux Par Et repoussent les faibles. : 006 À qui n’a que dédain pour leurs charités ‘FAQ -Is tendent leurs bras grands ouverts.
Pan est un dieu joyeux :
Il interdit le désespoir ER US.
Et déguise ses joues sous un màäsque de joie. RL C'est un dieu jeune et beau comme l'aurore sur les glaciers: NES | Sous l'hiver des glaciers, Je vois l'été briller, Et sous la banquise morose S’épanouir les chauds boutons de rose (2).
Ainsi Zarathoustra célèbre la gloire du plein midi. Las III 1 ORNE | 4 Sous l’angle de cette philosophie del’illusion, certains aspects trop peu remarqués de la philosophie emerso- nienne sont mis en lumière. Le problème des rapports __ del’action et de la pensée, en particulier. L'univers est-il action ou pensée? L’un et l’autre, action et pensée se | dépassant et se compensant continuellement. Mais, au RC: sens d'Emerson, déclaré cependant par la majorité de 1 ses critiques, si « pragmatiste », si action est synonyme Bic d’utilitarisme, l’univers est moins action que pensée, Emerson une fois de plus repousse tout finalisme. Rien 6
(:) Demonic Love, IX, et cf. l’essai sur la Démonologie X, 3-28, (2) The World Soul IX.
ET Le
qu'à très longue et Die échéance. Yankee avisé au il tant que poète, sans doute déclare-t-il que «sa métaphy-
sique a un but pratique », « my melaphysics are lo the end of use (1)», maisiln’en affirme pas moinsnettement la priorité de la pensée sur l’acte. «C’est la pensée la plus
abstraite qui est la plus pra », «the most. abstract truth is he most practical ». : Pensez- -vous qu'il nous. faille être pratique? Moi, ce qui m'afflige, c’est que nous
n’ayons pas même commencé à être poétiques {225408
Entre le contemplatif et l’homme d’action, Emerson
n'hésite pas dans son choix. « Assez multiplier les faits, cherchez plutôt le sens de ceux que vous possédez. - C'est la supériorité éternelle de l’homme contemplatif
sur son voisin plus imposant et plus honoré, le prétendu homme pratique, que le premier se meut dans le monde
du réel, l’autre dans celui du phénomène, » Et il cees
l’adage d’'Euler qui oppose la vérité. à l'expérience. L'expérience a beau contredire un fait. Ce n’est pas une raison suffisante pour douter de sa vérité (5).
Non, l'univers n’est pas action, du moins pas action immédiate. « Ge qu'il nous faut en réalité, ce n’est pas
la hâte d’agir, mais certaine piété envers la source de :
l'acte et de la connaissance (4), » [déaliste pratique, il espère qu'un jour l'action et la pensée iront
de pair. Mais ce jour peut être lointain, Rien ne presse.