J. III
laisse différents de ce qu’il nous a trouvés. La nature a une âme et des qualités intrinsèques. Sa pureté, son recueillement, sa joie, ne sont pas des métaphores mais des réalités. La nature invite au repos, à la rêverie des sages de l'Orient. Riche en ressources éternelles elle prêche la patience, le fatalisme conscient, la foi en la justice immanente qu'Emerson nomme « les compensations ». Si, renonçant aux hommes et à nous-même, nous consentions à vivre avec les feuillages et les eaux, nous de- . viendrions semblables en majesté et en force aux pyramides et aux montagnes.
Le paysage requiert, pour être compris, notre pensée la plus haute. Il nous attend pour se livrer à nous à un point éminent de perfection et d’ascèse, on pourrait dire de sainteté. L’abandon et l'humilité sont indispensables de notre part pour atteindre à ce qu’il y a de plus profond et de quasi religieux dans la Nature. Prenons conscience de notre communauté d’origine avec l’univers dont nous sommes les rois. La communion avec le paysage présuppose une initiation, une gymnastique spéciale des sens et de la sensibilité. La condition nécessaire entre toutes c’est une parfaite réceptibilité, une ouverture d'âme sans obstacle. Toute la culture se ramène à cela : « chérir une vaste sensibilité», et nous préparer des yeux grand ouverts. L’œil ne perçoit que ce qui lui ressemble. Le don de voir est une sorte de grâce qu’il faut mériter. Les impressions que fait la nature sur nos sens sont légères et fugitives. N’allons pas les effacer par la paresse ou le sommeil. Pour découvrir le sens des choses et les symboles de l'univers il faut une âme pure et prête. Ne mentons donc point, ne nous mettons pas en colère, et nous parlerons le langage qui convient à l’homme (!).