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Sans ces emblèmes, le monde spirituel et moral « serait resté entièrement enseveli dans l’abîme éternel ». Œgger va maintenant appliquer son symbolisme à la philosophie du langage, et c’est ici que les rapprochements entre le Vrai Messie et le chapitre IV de Nalure deviennent significatifs. Il y a, d’après Œgger, un langage de la nature dont le langage articulé n’est que l’ombre et l'emblème. Ce langage naturel, la philosophie devrait en admettre l'existence, si même le langage articulén’existait pas. «Ce langage n’est, après tout, que la perception des emblèmes de la vie et de l'intelligence que la nature contient dans son sein, et la faculté d’en transmettre la perception aux autres êtres. » Ce langage naturel, c’est la Bible qui nous l’a conservé et sa signification est infinie. Œgger expose la théorie, si chère à Emerson, du microcosme, suivant laquelle, « à toutes les époques, des esprits profonds ont remarqué que l’homme était le plus parfait des emblèmes et, par conséquent, l’emblème véritable et naturel de tout ce qui peut se nommer intelligence et vie ». Œgger insiste de nouveau sur les analogies entre l’homme et les animaux, eux aussi symboles « des différentes variétés de vie ou d'intelligence inférieures ». « Tout l’arcde cercle, écrit Œgger, dans un passage qu’E- : merson transcrit dans son Journal et qu'il insère dans son essai sur Swedenborg (1), tout l’arc de cercle qui va du zénith à l’horizon ou de la perpendiculaire à l’horizontale est ainsi rempli. L'homme et le serpent forment l’an-
(:) Composant son essai sur Swedenborg dans les Representative Men (Gentenary Edition, t. [V, p. 107), Emerson renvoie à Œgger: « Un ana- Lomiste poétique de nos jours. »; suit le passage sur l’homme et le serpent, etc. Les rapports entre Œgger et Swedenborg sont fort étroits. Il emprunteson symbolisme du règne animal à l'ouvrage de Swedenborg, « l’Economie du mondeanimal considéréanatomiquement, physiquement et philosophiquement », Œgger adapte en français «la Nouvelle Jérusalem » et «la Doctrine céleste » de Swedenborg dans un autre de ses ouvrages « Rapportentre la Nouvelle Jérusalem céleste et la Nouvelle Jérusalem terrestre où le Seigneur est avec nous», livre I. Tubingue, 1840,
. gle droit; d’autresanimauxremplissentl’arctout entier et toute autre espèce d'êtres est ainsi rendue impossible. »
… Suit un essai d'esthétique du langage. Ainsi s’expli-
. que, d’après Œgger, le goût des comparaisons si naturel
. à l’homme. De là, les figures de rhétorique, l'usage des
fables, des paraboles. Le passage du langage de la na-
. ture au langage de la conversation est insensible.
N Le langage est une sorte de réminiscence, le vrai lan-
- gagese passedesignes. Les signescommencent quand ces-
Ë se la faculté de percevoir l’objet immédiat de la pensée.
Il ya trois sortes de langages : le langage emblématique,
- le langage articulé et le langage prophétique, symbolique
. ou naturel que nous a conservé la Bible, et dans lequel le nom des choses désigne leur essence même (1).
Tel est le résumé de l’ouvrage d'Œgger, qui tombait sous la main d'Emerson un an avant la publication de Nature. Emerson y trouvait les articles principaux du symbolisme qu’il expose dans son essai sur Swedenborg, et en particulier les éléments du cha-
pitre IV de Nature sur le caractère symbolique et idéalisateur du langage. Le langage est, selon Emerson, le troisième besoin de l’homme que sert la nature. « La natureest le véhicule de la pensée » et cela de trois façons: «19 les mots sont les signes des faits naturels; 2° des
} &) On trouvera de fort curieux aperçus sur le symbolisme du langage et sur la poésie dans le petit livre de Sampson Reed (p. 41 et suiv.). Reed annonce l'esthétique de Walt Whitman et celle de Mallarmé et de Rimbaud, tandis que sa doctrine de la mémoire et de la durée a un air de bergsonisme avant la lettre. Symbolisme religieux et symbolisme artistique et poétique se tiennent également en étroite union dans Œgger, qui esquisse, à la fin du Vrai Messie, une interprétation mystique des couleurs : « Tous les phénomènes de la lumière réfléchie, toutes les couleurs conservent un rapport lointain avec le monde moral; depuis le blanc qui représente les vérités complexes jusqu'au noir qui rappelle l'obscurité de | J’absolue ignorance; du rouge qui projette l'éclat du feu et de la flamme, au violet le plus pâle qui peut à peine indiquer les formes des objets »
à (trad. Peabody, p. 22)