‹ Autour d'EmersonChapitre 29 sur 53 · ES · texte numérisé non relu

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faits naturels particuliers sont les symboles des faits spirituels du même genre; 3° la nature est le symbole de l'esprit. »

La façon dont Emerson développe ces trois points rappelle Œgger. «L’utilité del’histoirenaturelle, écrit Emerson, est de nous aider dans l’histoire surnaturelle (1) .» « L'utilité de la création extérieure, c’est de nous prêter son langage pour les êtres et les changements de la création intérieure. » « Tout mot employé pour exprimer un fait moral ou intellectuel, si l’on remonte à sa racine, se trouve emprunté à quelque apparence matérielle.» Nous disons le cœur pour exprimer l’émotion, la tête pour la pensée; pensée et émotion sont des termes empruntés aux choses sensibles et maintenant appropriés à la nature spirituelle (?).

D'ailleurs, « ce ne sont pas les mots seuls qui sont emblématiques; les choses le sont aussi. Tout fait naturel estle symbole d’un faitspirituel. Tout aspect de la nature correspond à quelque état de l'esprit, et cet état de l'esprit ne peut être décrit qu’en présentant l’aspect naturel comme son image ».

Synonyme pour lui de la doctrine de la représentation et de la compensation si importante dans sa philosophie, Emerson, à la suite d'Œgger, soutient la théorie du microcosme. Pour lui comme pour Œgger, le langage est représentatif de l’univers tout entier. « L'homme est né analogiste et il étudie les relations en tous objets, placé qu’il est au centre des choses, avec un rayon de relation allant de tous les autres êtres à lui. Nil’hommene

f:) Telle est la leçon des conférences sur l’Histoirenaturelle données par Emerson en 1833-1835, première esquisse de Naïure, Cf. CAPOT, A Memoir of R. W. Emerson, p. 710.

() Emersôn a repris les vues d’'Œgger sur le symbolisme du corps hu- Main dans ses conférences de 1837 sur la Culture humaine. Elles sont intitulées : Doctrine des mains; la tête, l’œil et l'oreille, le cœur. Cf. CABOT, op. cit., p. 733 et suiv.

. peut se comprendre sans ces objets, ni ces objets ne peuvent se comprendre sans l’homme. » C’est par lui également que les animaux s'expliquent. Du moment où un rapport paraît entre la fourmi et l’homme, « l’humble semanifeste esclave comme un maître, petit corps animé d’un grandcœur et dontles mœurs deviennent sublimes ».

Sur cette doctrine du langage de la nature, Emerson greffe une théorie du style. Il aime comme Montaigne, et en Montaigne même qui lui est familier, le parler «tel sur le papier qu’à la bouche ». Œgger le confirme dans ce goût. « Cette dépendance immédiate du langage envers la nature, cette transformation ou conversion d’un phénomène extérieur pour typifier quelque chose dans la vie humaine, ne perd jamais son pouvoir sur nous, C'estcelaqui donne à laconversation d’un fermier ou d’un vigoureux coureur des bois ce piquant que tout le monde goûte (1) ».

Enfin et surtout, pour Emerson comme pour Œgger, le monde entier est un emblème.«Les parties du discours sont des métaphores parce que l’ensemble de la nature est une métaphore de l'esprit humain. Le monde visible, avec les relations de ses parties, est le cadran de linvisible.» Les axiomesdes sciences, les proverbes des nations, les fables, les paraboles, les allégories, ne sont qu’un aspect de ce grand fait. Et « cette relation entre l'esprit et la matière n’est pas la fantaisie d’un poète, mais elle à son siège dans le vouloir de Dieu et s’offre ainsi librement

(:) Deux passages du Journal (t. III, p. 527, 529) nous permettent de rattacher ces vues d'Emerson aux théories d’'Œgger. Nulle pensée ne se présente à Emerson sans son image physique et son symbole. Cela vérifie Œgger que lit Emerson. Celui-ci croit au langage de la nature. Il le retrouve sur les lèvres de ses voisins, paysans ou artisans de Concord. A ce sujet, voirnos Mystiques el Réalistes anglo-saxons, p. 44 etsuiv.sur la dette d'Émerson envers Montaigne Emerson emprunte également à Œgger, sur les A de la corruption du langage et de la chuteoriginelle, une curieuse théone qui rappelle Rousseau (Nature, p. 29etsuiv.).

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