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que Moody composa son ode, « devant le bronze solennel que Saint-Gaudens sculpta ».Lesnuéesprintanières roulent sur l'Amérique, du Cap Anne aux Montagnes Rocheuses. Des bords du Pacifique arrivent des bruits de bataille, dont un cœur bien né n’a pas le droit de s’enorgueillir. L’aigle américain est à la curée. L’Amérique massacre les barbares qu’elle prétendait affranchir. Le poète surgit :
Whitman à la grande âme est-il las? Whittier a-t-il renoncé
à son émouvante colère ? — Je ne veux ni je n’ose le croire ! — Bien que furtivement le soleil en paraisseattristé, —etquelabrise printanière — qui arrive du joyeux Ouest soit sinistre, chargée d'innombrables rumeurs de bataille par delà les mers. Je n’ose encore le croire ! Je me bouche les oreilles, — pour ne pas entendre les amères et railleuses louanges, — le rire contenu dé nos ennemis, —- nous suppliant de ne point remettre au fourreau notre vaillante épée, — avant d’avoir troqué notre droit d’aînesse pour une plante sauvage, voléeàla hutte des barbares !
Est-ce pour cela que nos pères gardèrent la loi? — Est-ce cette couronne qui doit couronner leurs combats et leur piété? — Sommes-nous la nation de l’aigle que vit Milton — renouvelant sa puissante jeunesse, — pour bien posséder sur la montagne les brises de la vérité — et devenir le rapide familier du soleil ?.…
Non !nous ne sommes point ainsi déchus. — Nous sommes les fils de nos pères. Que ceux qui nous gouvernent le sachent |! — C’est d'hier à peine que le cri de Cuba malade nous arriva avec le vent des tropiques : « Au secours ! Nous mourons ! ». — L’Alabama entendit, — et debout, pâle, au Maine et à l’Idaho
— jeta un mot ardent.—Le fier État avec l'État confère, — et, au lever de la main surgissent — l'Est, l'Ouest, le Sud, le Nord. Armées splendides ! Oh ! par ledouxsang juvénile —répandusur les pentes affreuses de San Juan, — par les noms oubliés des bouillants jeunes hommes — qui auraient pu goûter l’amour des jeunes filles et ressentir — les antiques et mystiques joies, — les célestes douleurs, maintenant que vient le printemps, —n’était la générosité des cœurs jeunes... nous vous l’ordonnons; vous qui nous gouvernez,— ne souillez pas leur noblesse d’une flétrissure !