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Ne tentez pas notre faiblesse, notre cupidité ! — Car, à moins de laisser la liberté aux insulaires, — ces spectres insultés et sans Couronne — nous maudiront, sur ces bords lamentables où errent les morts trompés... — Sur votre tête coupable — le mépris intolérable de nous-même — déversera soudain sa colère et sa douleur... Ô vous qui nous gouvernez, prenez garde ! — Nous pardonnerons l’aveuglement, mais nous écraserons la bassesse.
L'impérialisme américain passa outre, mais la belle ode courageuse de Moody demeure.
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Sur des pensers nouveaux, Moody faisait des vers antiques. Nourri des traditions classiques du lyrisme anglo-saxon, de Milton et de Shelley, comme il l'était d'Eschyle et d'Euripide, ses poèmes conservent aujourd’hui encore tout leur sens. Par son pessimisme poétique, la conscience qu’il eut des antinomies entre la raison et le sentiment, la science et la poésie, la façon tragique dont il souffrit en sa propre personne du conflit qui dresse le matérialisme moderne contre les aspirations de la pensée (1), le courage surtout avec lequel il revendiqua les droits de la vie et de la passion « comme moyen caché de salut » en face des rigueurs puritaines, tout cela fait de lui un précurseur. On voudrait son œuvre plus riche en développement et moins guindée dans son style. L’attitude anxieuse que le poète américain prend devant la vie, ses inclinations introspectives ne permettent pas de le mettre au rang de ceux qui ont été prodigues de
(*) Professeur de littérature anglaise à l'Université de Chicago, Moody faisait en vacances son séjour de prédilection de Florence etdeslacsanglais. On le trouvera portraituré au vif dans sa Correspondance publiée par M. D. G. Mason (Some letters of W. V. Moody,Boston, Houghton Mifflin). Les mêmes éditeurs ont donné à la veille de la guerre ses poésies complètes.
créations, parce qu'ils produisaient dans la joie, et tels que l’Amérique en a connu à diverses époques. La muse de W. Moody est inquiète et méditative. Il y a quelque chose de tendu, un excès de muscles, dirait-on, dans ces poèmes par ailleurs si désabusés. Moody se meut trop exclusivement dans la sphère intellectuelle et mystique. L'élément émotif et féminin est trop absent de son œuvre. De là son originalité sans doute, mais aussi une certaine monotonie qui pèse lourd parfois sur ces beaux poèmes. Ajoutez les excès d’un poète lettré qui
n’arien d’un primitif et pour qui la composition poétique
dut être une longue patience... Ces réserves faites, Vœuvre poétique de Moody valait la peine d’être révélée au lecteur français. L'Amérique mystique — que l'Amérique pratique fait trop oublier — s’y reflète (1).
(*) Moody a donné, en outre, au théâtre américain, deux drames d’idées en prose dont l’un du moins, La Grande Barrière (The Great Divide), adapté à la scène de l’Odéon par M. L. Cazamian, a été un brillant succès, Un tel drame nous paraît un peu prétentieux à force d’être symbolique, et il contient plus d'idées que d'émotion. Le Great Divide, c’est la réconciliation de l'Ouest et de l'Est aux États-Unis, des pionniers et des puritains, du passé et de l’avenir... dans la personne d’un corsaire de la prairie à la Fenimore Cooper et d’une jeune fille du Massachusetts... L'œuvre compte parmi les plus honorables du répertoire amérigain, L'autre drame de Moody est tombé après quelquesreprésentations. T1 renchérissait encore surle symbolisme du Great Divide et mettaiten scène un « guérisseur par la foi» tel que les a achalandés outre-mer la fameuse « Science Chrétienne ». Le Faith Healer de Moody a disparu après une brève apparition sur les planches. Il dépassait de trop haut son public.
NN
Une forme religieuse de l'Optimisme aux États-Unis!
’AME américaine est une improvisatrice remar-
quable. À côté des agitations éphémères d’un
peuple actif et prodigue de créations, il est des mouvements durables qui, par leur persistance même, semblent mettre en jeu les ressorts les plus essentiels de la race. Il n’est pas, à ce point de vue, de phénomène plus intéressant à étudier, et où se trahisse mieux l'idéalisme américain que le mouvement religieux appelé « la Science chrétienne » (Christian Science). Il se présente à nous sous des aspects dignes qui empêchent de le confondre avec ces revivals tapageurs et souvent grotesques, dont le Sionisme du prophète Dowie fut jadis un fâcheux exemple.
Religion intimement pénétrée de métaphysique, Christian Science a su retenir l’attention des psychologues. William James, entre autres, l’a étudiée avec une visible sympathie dans les pages de l’Expérience reli-
{:) Nombreuses sont les études consacrées, aux États-Unis, à Christian Science, Nous mettons spécialement à contribution — outre notre connaissance directe de la secte — les ouvrages de Mrs. Eppy, le livre de Science et Sanlé, ses écrits divers et le Christian Science Jo urnal,
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