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L'enquête des Trente trace un tableau pathétique du développement de l’individualité outre-mer (1). Très libre dans l'enceinte de la famille indifférente à ses actes, peu gourmandé à l’école, l'Américain n’en subit pas moins de bonne heure la pression morale du milieu. Il vit dans un monde de conventions d’ailleurs librement et joyeusement acceptées. Dès l’école les réglementations et les contraintes le guettent. [1 faut être d’un club, d’une association sportive, religieuse ou civique, arborer des insignes et des couleurs. Le jeune Américain n’a pas le temps de s’appartenir. Il ignore la solitude et ces en-
() Zbid., Articles cités et The Small Town (La Petite Ville), the Family,
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fances parfois douloureuses, mais fécondes, dont Chateaubriand, Loti ou Anatole France nous ont laissé le récit, et comme en ont connu jadis en Amérique Jonathan Edwards, Franklin, Emerson. La force qui s'impose à lui est une sorte de contagion collective et anonyme. Elle détend les efforts que l’individu serait enclin à faire pour éviter l’aliénation de soi. Elle lui ôte sa liberté sans violence. Le régime américain de l’association est comme l'État de Rousseau. L’individu y fait abandon et cession de son libre arbitre dans la mesure même où ses semblables le suivent dans le renoncement. Dans les limites de leur esclavage volontaire tous gardent l'illusion de la liberté. Le mot d'ordre est la conformité collective. Il faut ressembler à tout le monde, penser, sentir et agir en commun. C’est ce que l'Américain apprend au cours d’innombrables rites, cérémonies et parades où bénévolement sa personnalité se plie au rythme collectif, Plus que personne l’Américain vit de la vie unanime. Les sports tant vantés suivent le même système (1). C’est une façon de s’enthousiasmer et de se surexciter en commun. Ni à l’Université ni dans la vie, l'Américain ne joue guère, mais il va voir jouer. Il applique aux sports le système représentatif. Soixante mille personnes assistent à un match de foot-ball ou de base-ball où figurent cinquante acteurs. (Ils ne sont que deux dans un match de boxe.) Sur dix mille étudiants d’une grande université une centaine tout au plus sont mobilisés pour le sport. Les autres regardent. Ceux qui constituent les équipes universitaires sacrifient leurs études au bon renom sportif de l'institution. L'esprit des sports tend à s’éclipser devant celui des affaires. Les amateurs se comportent comme des professionnels. On exploite les champions comme des
(:) Zbid., Sport and Play,