‹ Autour d'EmersonChapitre 50 sur 53 · AUX ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

AUX ÉTATS-UNIS

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chevaux de course. En fait l'Américain de la vie «intense » est un mécanicien expert qui, pour s’épargner des efforts et gagner du temps, sait inventer des machines perfectionnées : fauteuil à bascule, automobile, ascenseur, machine à écrire ou à compter, phonographe, dictaphone, téléphone... qui le dispensent de gestes fatigants. Qu'attendre d’un être surmené et essoufilé qui rentre le soir chez lui après avoir fait ou reçu cent visites, qui a parié, spéculé, consulté, débattu, marchandé, dicté, reçu des reporters, des agents électoraux, des représentants de commerce ou de sociétés charitables; et que son auto ramène dans des rues trépidantes de mouvement où les enseignes lumineuses transmettent à la nuit les agitations de la journée. L’eau froide, le phonographe ou le piano mécanique le détendent. Il repart pour aller au théâtre ou au cinéma, à moins qu'il ne préfère continuer à son club les palabres. Qu'un tel être soit peu porté par la nécessité des choses à s'occuper personnellement de ses intérêts spirituels ou de ceux de ses enfants, on Île concoit facilement. Il s’en remet pour cela aux innombrables associations politiques, philanthropiques ou religieuses qui, en lui imposant leur idéal et leur programme, lui épargnent la difficulté de la réflexion et du choix. La collectivité ne laisse jamais seul l'Américain. Il faut appartenir à un club, à une église ou à une loge. Impossible de s’isoler; car le prosélytisme envahit le « home » lui-même. L'Amérique est le pays des «campagnes », des « drives », véritables offensives où la philanthropie et la charité prennent les formes agressives, directes et expéditives des sports. L'Amérique est provinciale (?). D'É- tat à État, de ville à ville, se développe un esprit de clocher spécial, un orgueil de clan qui rend encore plus irré-

() 1bid., The Small Town [et cf. surtout le roman de Sinclair LEWIS» Babbitt). }

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Telest lerythme général etle mode de l'existence outre-

mer. Sous ces apparences se dissimule un malaise essentiel. L’Américain n’est adapté à la. vie que par un côté de,

lui-même, etiln’est adapté qu’à unseulaspect dela vie. La

tradition du pionnier et du puritain a développé les éner- “ gies pratiques aux dépens de la sensibilité. Neurologistes

et psychologues nous montrent, en particulier, danslerefoulement des émotions sexuelles l’origine des étranges perversions ouinversions de sentiments, dont les roman-

ciers et poètes américains d'aujourd'hui nous fontle ta-

bleau (1). Pris par l’action l’homme abandonne Ja culture intellectuelle et morale aux femmes qui lui imposent leurs goûts. Religion, éducation, littérature et art, voire, et de plus en plus, politique et affaires, La femme est reine etlefait sentir. Par ses associations, ses clubs, ses églises, elle assure sa domination. Soucieuse d'exploiter les activités du mâle en vue de l’avenir de la race et de ses propres avantages, la femme surveille, régente et prohibe. Elle détient en fait un pouvoir supérieur de censure contre lequel il n’y a guère d'appel. Qu’un film, qu’un livre, qu'une revue ou qu'une pièce lui déplaisent, ils sont immédiatement supprimés. Nulle littérature, nul art original ne sauraient vivre sous ce régime.

Les sexes sont mal adaptés outre-mer, ainsi que le montre la multiplicité des divorces et des crimes pass

() Zbid., Sex, The Family, Nerves, etles ADI tres Vie littéraire, Musi-

que, Art, "Poésie, Théâtre,

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