‹ Autour d'EmersonChapitre 8 sur 53 · II · texte numérisé non relu

II

(*) Conduct of Life, p. 81.

() Poems,!p. 57.

(®) Ibid, p.187.

(s) Ibid.

ré AVE

a rl et SE

b "At SA TERRE RE ESS NE PR VS TE € SRE

os EMERSON ET NIETZSCHE 25

. tulé Jour de mai que l’idée se trouve le plus nettement MT exprimée :

En rond tourne le monde, prends-y garde,

L'une fois arrivé arrivera deux fois.

Sphère ou ciron toutes choses retournent.

De l'oiseau entendu je rentendrai le chant Et du vallon d'Auburn je rêverai le rêve (1)...

: ee RES UE 2

On ne saurait désirer rien de plus poétiquement précis, et la lecture d’un pareil passage faite par Nietzsche dans les bois de Sils Maria aurait sans doute été pour lui une

confirmation de ses plus hautes pensées.

Hâtons-nous cependant de le dire. Si précise qu’en soit l'expression, il s’en faut que le retour éternel ait paru à Emerson aussi fatidique qu’à Nietzsche. A l’aise dans son panthéisme et sans souci des contradictions, tant est vaste la sphère de ses pensées, Emerson n’en affirme pas moins avec sa belle confiance habituelle le changement éternel. Il le proclame : « La loi de la nature c’est l’éternel changement (?).»

L'idée du cercle clos et parfait où gravite le monde réjouit Emerson au lieu de l’attrister. Ce qui le frappe c’est bien moinsleretour inexorable decetteroue d’Axion, la répétition inéluctable du passé dans l’avenir, que la possibilité de remédier demain aux imperfections d’hier :

LS

CS EL de = ed

Comme si demain devait épanouir { De mes rêves du soir la rose évanouie (°)..

Selon lui, tout retour est un recommencement perpétuel (4). Sans doute, pour lui comme pour Nietzsche, le cercle est-il en principe fermé, la surâme ou âme du monde contient implicitement tout ce qui doit être,

(:) Zbid, p. 169.

CREED A197.

(°) Poems, p. 173. ; (#) Nature, p. 199.

mais ses manifestations sont successives et laissent place au mystère et à l’imprévu. Emerson est évolutionniste. IL voit l'univers se répéter sans doute quant à la subs-

tance, mais se renouveler sans cesse accidentellement,

ce qui permet au poète, dans l’état le plus haut de la pe.

connaissance, de découvrir d’incessantes analogies. «Sans doute,tous les éléments sont-ils présents (dans le monde), mais ce sont tantôt les uns, tantôt les autres À qui paraissent ; ce qui hier était au premier plan setrou ve aujourd’hui au dernier (1). » La répétition des phénomènes intéresse moins Emerson que leur diversité. Identité dans variété : telle est bien sa formule. A ussi le voyons-nous terminer sur une profession de foi mélioriste le poème où l’idée du retour éternel se présentait à 4 lui dans le cadre riant du renouveau. Il salue le retour périodique des oiseaux et des fleurs comme le symbole de la force universelle qui « élève au Mieux le Meilleur». L’enchanteur qui brise, si besoin est, le cercle magique de la Nature, c’est le poète avec sa libre imagination dontnesont pasindépendantes les destinées de l'univers:

Le cœur de l’avenir et du passé s’entr'ouvre Dans les chants de Sâdi;

Et pour revivre à une vie nouvelle,

Tels les grains échappés au semeur,

La lune et le soleil tombent dans sa cervelle (°).

fl Conducl of Life, p. 64.

*) Poems, p. 326.

Page 1