HE
Le Voiturin 249
et dames dans une sorte d’auge qui servait de barque aux pêcheurs, et de se diriger vers l'ile Martana, que l’on voyait, sortant de l’eau comme une gigantesque scorie.
La promenade fut acceptée.
Champney saisit les rames, Vincenza prit ie gouvernail et vogue la galère! On débarqua dans Pile.
Pietro, qui paraissait connaitre à fond cette contrée, cueillit pour ces dames un bouquet de mille pertuis et d’autres fleurs, parmi lesquelles une petite fleur rouge « qui croit dans le sang des paiens » et servait autrefois à faire lOrviétan. On y ajoutait du gingembre, du romarin, de la cannelle, de la graisse de crapaud, quelques gouttes de bitume, du sang de vipère dessèché avec un peu de citronnelle, du crotin d’ânesse en gésine, de la cendre de saule, brûlée le vendredi, du soufre et autres ingrédients. C’était excellent pour la fièvre, les morsures, les piqûres et pour rendre amoureux.
Pietro connaissait tant de choses que le docteur s’en étonnait, et il hochait la tête, comme un homme qui réfléchit.
Champney circulait sur la plage, il apprenait à Vincenza À faire des ricochets dans l’eau. On eut dit que le baronnet commençait à apprécier les
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charmes d’une existence partagée, et Me Pichler souriait à l’aurore de ce sentiment.
— J'étais peu faite pour le rôle de tutrice, lui dit-elle, je vivais pour mon art, mais une tâche s'imposait à moi. Une orpheline me tendait les mains, j'ai dû sacrifier mes goûts, accepter la pénible charge et les devoirs d’une mère N'ai-je pas préjuge de mes forces? C’est à vous d’en juger, cher Monsieur.
Mn: Pichler leva les yeux avec timidité.
— La signorina est fort bien, répondit Champney, un peu surpris de la question.
— J'ai besoin de vous croire, vous êtes sincère dans votre amitie et. loyal dans votre conduite, j'en suis sûre... :
— Dans ma conduite? répéta sir William, tirant son étui à cigares et regardant la surface du lac avec un vague étonnement.
— C’est une consolation pour moi, reprit la Jucunda, de voir combien Vincenza est raisonnable... Le coin du feu de l'amitié, c’est tout ce qu’elle demande. ET
— Absolument comme moi, répondit Champney, mais j’ajouterais le cigare.
Et il tirait une allumette en demandant la permission de fumer.
Mr: Pichler allait son train :
— Je ne suis plus tout à fait jeune... Aussi me tarde-t-il de voir ma nièce passer de mes bras sous la protection d’un guide. dévoué et dont les qualités solides abritent ma responsabilité... Connaissez-vous l’âge de Vincenza?
— L'âge de Ka floraison, fit Champney, galamment. |
Ma nièce a mûri de bonne heure, comme il arrive aux caractères sérieux, reprit la tante, aussi les regards de Vincenza ne pouvaient s'arrêter que sur une personne... digne d’elle… Ici le regard de la Jucunda prit une telle intensité, qu’elle crut devoir appliquer lPétoufloir et passer en mineur : — Hélas! que j'en ai vu de ces jeunes inconsidérées, ployer la tête sous la couronne nuptiale dont elles n'avaient pas senti les épines!
— C'est terrible! dit Champney, qui croqua le bout d’un cigare. |
Puis, comme Vincenza s’approchait :
— Signorina, dit-il, nous sommes en train de faire votre eéloge.
— De votre part, cela ne m'étonne pas, répondit la jeune fille, en soulignant avec malice le premier membre de la phrase, je sais que vous m'aimez beaucoup, mais je vous le rends bien.
Elle lui tendit la main avec une amitié qui eut enflammé tout autre que le baronnet.
252 Autour d’un Chevalet
Mr: Pichler était enchantée. Mais son allégresse atteignit au lyrisme lorsque, au retour de Bolsena, nos touristes visitérent le dôme d’Orvieto à la lueur du crépuscule. Car le voiturin « pour ménager leffet » avait encore couru quelques bordées en attendant le couchant du soleil et, sur le sol de l’église pavée de marbre, il montrait les vitraux se réfléchissant « comme une mosaïque lumuneuse. » |
Pour le coup, le docteur trouva son cocher anormal. Entre Pietro et Randolo, il y avait une simili-
tude d’accent, de voix telle, qu’on ne pouvait, au
son les distinguer. Ils étaient de la même contrée,
apparemment, l'artiste s’entendait avec Pietro pour
voyager à peu de frais. Le philologue se promit d'ouvrir l'œil.
Randolo était couché. Il ne se montra que le
lendemain au moment du départ. Son visage exprimait plus que de la fatigue. Il remercia M. Pich-
ler de son hospitalité, voulut prendre congé, ne
pouvant, disait-il, abuser plus longtemps de la complaisance. Mais il ne put résister aux prières
ingénues de Vincenza, qui l’engageait à profiter
de la voiture.
— Jusqu'à Viterbe alors, s’écria-t-il, comme à STOSTÉL Et 1] monta dans la voiture.
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Le Voiturin Ps
Aujourd’hui la locomotive à démantibulé les” crètes volcaniques de Bolsena qui, de ce temps, près d’Orvieto, découpaient la contrée en frais vallons, couronnés de forêts. Un splendide soleil animait le feuillage mordoré des grands arbres. De jolies filles qui passaient, leur amphore sur la tête, à la manière antique, rappelaient à Champney des vers d'Horace ou de Tibulle, auxquels le docteur répondait par des distiques ou des cônes de sapin. Car on avait mis pied à terre, dès la première montée, pour s’engager dans un bois récemment éclairci pour motif de brigandage. Les causeries se nouèrent plus confidentiellement entre les deux jeunes gens qui, déjà Pavant-veille, avaient dù se comprendre dans leur promenade solitaire. Comme ils se trouvaient seuls à disance de la famille, Vicosi avisa un tertre, pria Vincenza de s’asseoir et lui dit avec un soupir : |
— Près de vous, signorina, je sens le vide de mon existence. Nous autres, gens de l’art, nous ne vivons que d'imagination, sans connaître la réalité.
— C'est encore ce qu'il y a de mieux, répondit la compagne, en prenant place à ses côtés, c'est par
254 Autour d’un Chevalet
l'imagination qu’on se rappelle les plaisirs passés et qu’on se représente ceux qui viendront.
— Je n’ai jamais eu de plaisirs et je n’en attends. pas, laissez-moi jouir du présent.
Disant ces mots, il tendit la main à Vincenza avec une expression des veux qui la fit hésiter.
— Vous ne serez pas plus cruelle que le bourreau. On donne aux condamnés ce qu’ils demandent, la veille de leur supplice. Mon supplicecommence demain. |
— Ne pouvons-nous rien faire pour vous? demanda Vincenza, baissant les-veux.
— Je vous demande votre main, vous me
refusez... Si vous me demandiez ma vie, je vous. la donnerais.
Vincenza lui tendit la main et ils se türent jusqu’au moment où Mr: Pichler se montra.
Arrivés à Viterbe, la nièce était rêveuse, à peine
mangea-t-elle au souper. Me Pichler l’envoya se
coucher tandis que le docteur et Champney s’atta--
quaient aux échecs.
Tout-à-coup le docteur attira l'attention de
Champney sur l'italien, qui marchait dans la cham-
bre, bras croisés, le regard en dedans. Il avait dans: les traits quelque chose d’anguleux qui frappait M. Pichler. Il marchait vite, avec une effrayante:
fixité de regard.
Le Voiturin 255
— Par le corps de Bacchus! On me dirait que ce garçon est fou, je n’en serais pas étonné, dit le docteur.
— Le gaillard est suspect, mais je n’ai pas de: bonnes raisons pour lui montrer ma défiance, répondit sir William et, frappant sur la table : — A quoi pensez-vous, mister John? — Et comme il ne recevait pas de réponse : — Je demande à quoi vous pensez, mister John? répéta Champney.
Vicosi tressaillit, ses traits reprirent leur caractère habituel de sauvagerie mitigée.
— Ah! vraiment, j'oubliais mon nom... A quoi je pense? À quoi pense l'oiseau dans sa cage?
— Nous avons de bonnes relations, reprit ledocteur, on fera sauter la consigne. En attendant, trinquons, l'existence est une grande route échelonnée d’auberges bonnes et mauvaises, où le vrai philosophe boit son vin tel qu’il est.
Le docteur lui versa du vin, mais il se plaignit d’être indisposé et, comme il avait été convenu qu’on descendrait à pied, le lendemain, le mont Ciminus, Vicosi alla se coucher.
En prévision d’une longue course, le jour suivant, Pietro partit avant l’aurore. Entre huit et neuf heures, on atteignit l’imposta et l’on mit pied à terre.
Un brouillard dense couvrait la plaine et lui
donnait l’apparence d’une mer sans vagues. À peine distinguait-on les arbres à quelques pas. De temps en temps, perçant la brume, apparaissait un piquet de gendarmes, ils escortaient les voyageurs pendant quelques instants, saluaient d’un air protecteur, et leurs mousquets brillaient encore longtemps dans le brouillard. ÇCà et là, derrière un buisson, un liège rabougri, jaillissait un pâtre velu, pareil à un satyre dans son costume en peau de chèvre. La route était peu sûre. On se rapprochait par instinct, pour suppléer au manque de vie qui se faisait aux alentours.
Vincenza, mue par une piiié qu'augementait encore la défiance de son oncle et de Champney, peut-être excitée par l'attrait d’un danger inconnu qu'il lui convenait de braver, marchait dans la bruyère avec son compagnon.
Pietro suivait la route, à côté du carrosse, les autres marchaient en avant.
Tout-à-coup le docteur s’arrète :
— Où est Vincenza ?
Sir William Champney pousse un cri :
— La signorina!
On ne voyait personne à dix milles à la ronde, bien que le voile de brume se fut entièrement dissipé. :
Cette contrée est une plaine formée de selles et
Le Voiturin 257
de saillies dont les sinuosités, aplanies à distance, peuvent néanmmoins cacher un être vivant. Ce fut la prennère pensée du cocher, qui tremblait, se figurant ou feignant de sé figurer que des brigands allaient venir réclamer une rançon. Champney le saisit à la gorge, le secoua comme un rat pris dans les crocs d’un terrier.
— Scélérat! tu es le complice de ce Randolo..
Les Pichler poussaient des clameurs :
— Vincenza! Vincenza!
Piétro hurlait :
— Tuez-moi, tuez-moi si jy suis pour rien.
L’angoisse dura quelques instants. Enfin dans un ravin parallèle à la route, le couple égaré se mon-
tra. Vincenza courait haletante, elle se jeta sur le
bras de M. Champney sans pouvoir dire un mot. — Le brouillard nous a séparés, je ne sais trop comment, dit Vicosi, d’une voix sourde, la signorina a eu peur. ; L’escapade re fut pas autrement expliquée. Vin-
cenza n'osant pas ou ne voulant rien dire en pré-
sence de son compagnon. Elle remonta dans la voiture, feignit de rire au bout d’un instant, puis elle ferma les yeux comme une personne anéantie. L'italien s'était mis au dehors dans un coin, recroquevillé. Piétro fouettait à tours de bras son attelage. |
258 Autour d’un Chevalet
On ne s'arrêta plus qu’au lieu dit : Sette-vene, pour y passer la nuit. On y sentait déjà les approches d’une grande ville : des véhicules, des cavahers stationnaient devant la porte de la locanda.
Vicosi ne crût pas prudent de s’y aventurer.
I prit à part Champney et le docteur, les remercia et demanda l’adresse du baronnet, car il craïgnait de ne pouvoir plus le revoir avant d’arriver à Rome. Ses traits étaient bouleversés, sa parole trahissait de lincohérence.
— Signore, vous avez la fièvre, s’écria le docteur en lui prenant la main.
Le jeune homme ne répondit pas et s’éloigna. On s’étonna de ce qu’il n’eût point fait ses adieux aux dames, mais Piétro qui, malgré l’étreinte de Champney, avait repris toute sa galanterie cligna de l’œil et dit en souriant :
— Vous savez, les artistes, c’est comme les chats, ils reviennent où il y a de bonnes choses.
Vincenza demeura silencieuse pendant le reste du voyage. Elle écoutait passivement son oncle qui montrait à M. Champney, dans la campagne, le vaste amphithéâtre bordé de pâles silhouettes, dont les gradins étaient le Lucretilis des anciens, le mont Gennaro, le poétique Tibur :
« Tibur argeo positum colono. »
Le Voiturin 259
Il indiquait Subiaco, où la foudre tomba dans la coupe de Néron, et les croupes noires qui couronnaient Praeneste — aujourd’hui Palestrina.
« Dum tu declamas Romae Praeneste relegr... »
disait à son tour sir William, luttant de souvenirs classiques avec le philologue.
Le mont Soracte s’élevait lentement, les 1dèue. ducs se découpaient sur la ligne argentée du Tibre € flavus Tiburinus » que Champney trouvait bien embourbé depuis l’antiquité. Puis c’étaient des tableaux du Poussin qu’il s’étonnait de retrouver. C’étaient des splendeurs du passé qui sortaient de la terre. Le docteur se leva soudain :
— Voilà la coupole de Saint-Pierre!
Piétro mit son attelage au galop pour entrer avec dignité par la porte du Peuple.
+ PCIe
De la voiture de Piétro Squarci, après un espace de deux mois, la scène est transportée à Rome, n° 7, via del Babuino, dans un boudoir attenant au salon du premier étage.
Devant la glace, entre deux candélabres, une dame en robe de satin vert, rehaussée de biais et boufhe de volants, s’ingénie à équilibrer par dessus ses cheveux un système de rubans, qui doit
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couronner la coiffure. Pareils aux anses d’une riche
amphore, les bras nus s’arrondissent, étincelants de pierreries, et les mains, qui se croisent au-dessus de la tête, jettent des feux multicolores.
L'édifice parait achevé, car les deux bras retombent et la dame, passant au salon, s’assied devant un piano qu’elle interroge et qui répond par une fanfare,
— La princesse Oguretza m'a promis qu’elle.
viendrait ce soir. Avez-vous repassé votre duo?
— Cette femme chante faux, répond Vincenza, se levant d’un fauteuil, l’air ennuyé.
Vous ne l’eussiez pas reconnue, sous sa robe montante qui lui serrait le col et se terminait par une fraise. Ses yeux avaient encore grandi, ses cheveux noirs, ruisselants sur le cou sans aucun ornement, lui donnaient un air de Minerve.
— Mais il faut avoir des égards. Voyons un peu votre toilette. Comptez-vous recevoir ainsi, emboitée jusqu’au cou, sans coiffure?
— Pourquoi non! dit Vincenza, examinant sa tante : — Oh! vous êtes belle, ma tante Jucunda, vous êtes superbe!
— Je connais les usages, vous n’en avez souci... Croyez-vous qu’il soit agréable à mon âge de me dépenser en chiffons? Le moins serait de ne pas abuser des peines que je me donne.
Le Voiturin 261
— On ne vous en demande pas autant, ma tante.
— Oh! Vincenza!
Ces deux phrases partirent coup sur coup, inattendues comme deux fers qui se croisent. Rouge de colère, Vincenza regardait sa tante d’un œil de défi.
Heureusement des invités interrompirent l’escarmouche, et le buste de la Jucunda se déraidit devant un petit monsieur jovial, porteur d’un rouleau de musique. Peu à peu, le salon se remplit de cette foule hétérogène, qui remplissait alors les salons de la Rome-musée, si différente de la Rome capitale d'aujourd'hui. On n’y rencontrait point encore le touriste badaud, pourvu d’un billet circulaire, ni le reporter d’occasion, ni le conférencier jaloux de révéler à ses concitoyens les impressions d’un cicerone ou d’un garçon d’hôtel. Les gens qui venaient là étaient, pour la plupart, des amis du silence, de l’art, du pape ou de l’antiquité. Ils se regardaient en confrères et vivaient en dehors des attaches sociales, des prérogatives du rang, de la naissance ou de la renommée, dans une atmosphère composée aux trois quarts de chimères et de traditions. À côté de ces pèlerins venus on ne sait d’où, on ne sait pourquot faire, s’agitait l’essaim des artistes, prix de Rome, éphèbes qui vivaient d’illusions, d’amour ou d’espérance. Les beaux yeux de
Vincenza en attiraient quelques-uns chez sa tante Parmi les femmes, il y avait beaucoup de martyres, veuves inconsolées, cœurs navrés, qui se régénéraient au soleil du Midi, pauvres colombes bannies de leur nid conjugal par la brutalité d’un mari, âmes en deuil pleurant quelqu'amour envolé, ou des jeunes filles étiolées qu’un médecin folâtre avait arrachées de leur sol natal pour les exposer à la fièvre. Mr: Pichler craignait les jeunes filles mais admettait les âmes en deuil, pour peu qu’elles tournassent au bas bleu, car elle tenait à proscrire loin de Vincenza tout danger matrimonial et ne craignait pas pour elle-même une impossible concurrence.
Tandis que le docteur présentait les nouveaux venus, la Jucunda s’insinuait parmi les groupes et recevait les compliments avec condescendance : — C’est trop de générosité, messieurs, vous dérobez à l’art... — madame... quand nous venons chercher l'inspiration... — Et patati et patata.
Vincenza saluait froidement, son abord était dédaigneux. Elle tressaillit pourtant à la voix du gentilhomme d'honneur, qui annonçait un nom accompagné de frôlements de robes et de sourires de mères. C'était Champney, qui s’avançait en serrant des mains empressées.
Champney s'était guéri de son indiflérence.
Le Voiturin 263
Ayant trouvé à Rome la vie folle d'université, l’art, les savants, les ruines, toutes les nations réunies en un coin, — le mouvement — sans l’inconvénient du voyage, il se rattachait à la vie. Champney collectionnait, chassait à courre et parlait romanesque.
Tandis que la pauvre Vincenza, retranchée avec une amie dans l’embrasure d’une fenêtre, essuyait, elle aussi, le feu des cravates blanches et faisait des signes de détresse à Sir William que l’on voyait à l’autre extrémité, éclairé par la Jucunda et barricade de toutes parts, il se fit une brèche dans le coin privilégié et toutes les coiffures s’agitèrent à l'aspect d’un petit monsignor qui s’avançait, son mouchoir à la main, ganté, frise, parfumé d’ambre, avec cet air facilement aimable d’une coquette 27 bartibus fidelium. ;
Le monsignor est une sorte d’amphibie qui tient une jambe dans l’église et l’autre dans le monde, sauf à prendre pied quelque jour dans une sinécure temporelle ou spirituelle.
Monsignor Don Satutto était au Vatican ce que sont les belles-mères au sérail, artisan et le bouteen-train des petites intrigues. Il fréquentait le salon de la Jucunda comme un lieu favorable à ses poumons d’abbé et de célibataire. Il venait prendre langue, apportait les nouvelles et saluait en
264 Autour d’un Chevalet
Mr: Pichler une émule devant laquelle il s’inclinait.
— J'ai pris quelques renseignements, dit-il, en faufilant son bras sous celui de Champney et s’éloignant des groupes. Il n’y a pas de délit politique soumis au precetto en ce moment, pas d’architecte, personne du nom de Randolo Vicosi. Je vous dis cela... à vous, don Guglielmo. — I] cligna légèrement les yeux, baissa la voix et tout en boutonnant son gant : — Voyez donc un peu Pulcinello… Vous savez, Pulcinello.. un marchand de tableaux qui demeure près de la place Navone. Il fait un peu de tout, il connait les artistes et sait beaucoup de choses...
Il souligna ces mots par une courte suspension et, serrant la main de Champney : — Vous allez bien, don Guglielmo?
L'abbé était napolitain, c’est pourquoi il donnait le don et traduisait le prénom du baronnet.
— On est sûr de vous rencontrer sur le chemin de la beauté et du génie. ajouta-t-il en s'adressant à Mre Pichler, qu’il salua dévotement.
Enfin Champney fut enlevé par Lx nièce du docteur, accompagnée de lune de ses amies, une jolie femme, veuve d’un comte campagnard. On. la nommait la doftoressa; elle savait un peu d’ortographe et, déclassée parmi les romaines, elle s’était éprise de Vincenza.
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Le Voiturin | 265
— Eh bien, j'ai perdu notre piste, dit Champney, personne n’est soumis au precello, pas de Vicosi; c’est à croire que nous avons fait un rêve et j'en suis enchanté.
— Oh! Vincenza n'a pas rêvé, dit la jeune femme en jetant sur la Signorina un regard indiscret. |
Vincenza se défendit contre son émotion.
— L’explication est simple, dit-elle : M. Vicosi a voulu par prudence nous donner le change, il avait ses raisons pour dissimuler. S'il n’est pas venu nous voir, c'est qu'il court encore des dangers, il serait.imprudent de faire d’autres re-
cherches.
— C’est extraordinaire, reprit l’ami commun, je ne puis oublier, au moment du départ, cette poignée de main frémissante, ni cet air égaré. Ainsi, nous en tenons toujours pour le proscrit? C’est une belle donnée, seulement, je ne m'explique pas qu’un homme forcé, pour se cacher, de tromper d’honnêtes gens, de fausser son adresse, de changer de nom et d’habits, ose s’improviser orchestre et jouer de la mandoline en pleine salle d'hôtel, comme il le fit à Orvieto. Il v a dans tout cela quelque chose d’incompréhensible et de parfaitement extraordinaire.
— À moins qu’on ne désire plaire à Vincenza,
répartit la comtesse, pauvre garçon! Il vous aura suivie. Je n’ai jamais osé le dire. Ne m’avez-vous pas avoué que le Wetturino vous espionnait à Sienne, qu'il ne quittait pas votre tante, pendant qu'elle esquissait le dôme? Il sut entrainer Mme Pichler par insinuation. Vous avez remarqué que les deux hommes avaient le même accent, la même voix et le mème sourire, votre voiturin d'occasion, ma chère, était petit cousin, frère ou complice de votre exilé d'opéra.
Vincenza devint cramoisie et sa rougeur se reflèta sur les traits de Champney. Notre cerveau est ainsi fait, qu’une impression à demi ébauchée se complète et mürit sous l'influence d’incitations nouvelles. Cette idée simple, trop simple pour qu’on s’y fut sérieusement arrêté, tombait comme une étincelle au milieu des ténèbres. N’osant manifester son impression et en même temps troublé par l’émotion visible de Vincenza, sir William répliqua d’un ton badin :
— Ce serait à la signorina de décider de ce point délicat. Mais nous avons tout Pair de comploter. Demain, si vous voulez, nous discuterons la question.
Les trois amis se mêlerent à la société. Vincenza était si distraite qu’elle perdit quelque peu de vue sa querelle avec Me Pichler. Elle supporta sans
Le Voiturin 267
murmurer le roucoulement de ses admirateurs et la tendresse et les soins affectés dont il plut à sa tante de la gratifier devant ses invités, comme elle en avait l’habitude.
Quant à Champnevy, préoccupé de l'aventure qui se représentait à son esprit sous un aspect nouveau, il se retira de bonne heure et avec lu âme du salon.
Sir William Champney dormit peu. Pendant une
partie de la nuit les insinuations de la comtesse lui revinrent avec une persistance désagréable et lorsqu'il se leva, le matin, il éprouvait une sensation inconnue et pleine d’amertume, qui le harcelait à la seule pensée de Vincenza. Jamais il ne se fut douté qu’elle tenait dans sa vie une si grande place. ;
Il prit son thé comme d’habitude. Mais un quart d'heure après, lorsqu'il croyait s’être réconforté ce n’était plus de l’amertume qu’il ressentait, c'était une secousse, une impatience qui lui tendait les nerfs et le faisait saisir violemment ce à quoi il touchait.
Il prit son portefeuille qui contenait le fragment de dessin ramassé sur le sol à l’Osteria de Siena-
268 Autour d’un Chevalet
lunga et sur lequel, à l’autre face, lartiste avait écrit son nom. La signature était régulière et
suffisamment expressive pour être reconnue. Il
retourna le papier, lexamina longuement, certain maintenant de reconnaître une partie d’un motif peint à Sienne, par la Jucunda. Vicosi, donc, avait été à Sienne, comme le présumait la comtesse, car ce dessin était identique et comme calque
sur l’œuvre de la dame. Il se remémora le person-.
nage et ne put se defendre de constater des traits de caractères communs entre lui et le voiturin. Mais, n'osant se fier à sa mémoire, il empocha le fragment de dessin et se rendit à la place Navone, d’après le conseil et les indications du Mowsignor.
À lPangle d’une ruelle obscure, on voyait alors cette enseigne : |
« Carlo Amici, marchand d’antiquités. »
À létalage se trouvaient des amphores, une cuirasse, des tableaux, quelques chapelets. Rien de Pulcinello; mais comme le baronnet entrait dans la boutique, un fantoche lui jaillit aux yeux non moins inattendu que ces diablotins à ressort qui vous sautent d’une tabatière. |
Il connaissait cet homme. C'était un person-
nage qu'il se rappelait avoir vu à la Spezzia, à la
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Le Voiturin 269
fin d'octobre, un brocanteur avec lequel Mn: Pichler avait refusé d’entrer en affaires pour une commande d’aquarelles.
Brèchedent, chenu, orné d’un formidable nez, il s’avançait, bredouillant des « s/lustrissimo », justifiant d’ailleurs parfaitement son sobriquet.
Champney, sans trahir son étonnement, s’était
mis en arrêt devant un cinéraire de pacotille; pour
inspirer la confiance, il l’acheta sans marchander. — Votre excellence est depuis peu à Rome?
demanda le marchand.
— Malheureusement. je m’exprime très mal,
dit Champney, estropiant de son mieux la langue
de Pétrarque.
Il n’en fallut pas d'avantage pour que le brocanteur lintroduisit dans une autre pièce, encombrée de tableaux et de cadres. Un réchaud brülait dans un coin, par dessus se trouvait un pot à colle; il y avait un établi couvert de débris de poteries, bref, Pattirail complet du restaurateur.
Pulcinello ouvrait des tiroirs, exhibait des objets précieux, provenant de fouilles prohibées ou entreprises par le gouvernement, objets « dont il voulait se défaire. » C’est la chanson habituelle, mais Champney la savait par cœur. |
— Vous ne connaissez pas un Randolo Vicosi?
demanda-t-il d’un air distrait.
270 Autour d’un Chevalet
Le marchand haussa les épaules, continuant l’exhibition :
— Eh! des tableaux anciens? Un Carpaccio authentique, milord?
Il montrait des toiles imformes, des copies; il déballait des cartons, déroulait des dessins, des gravures et des aquarelles. |
— Connaissez-vous Jucunda Pichler, aquarelliste de mérite à ce qu’on dit?
— Si je connais Jucunda Pichler? Je puis vous. faire une surprise. La signora ne vend pas aux marchands, comme vous savez.
Il ouvrit un carton.
Champney fit un brusque mouvement, saisit une feuille qu’on lui présentait.
Cette feuille qu’il tenait à la main, était l’une: des études peintes à Sienne, en sa présence, au commencement du mois d'octobre, étude quil avait vue la veille encore, dans les cartons de la Jucunda. Ses yeux, en fixant l’aquarelle, s’écarquillaient avec anxiété.
— Cette peinture est-elle authentique? demanda Champney. |
— Je ne pense pas qu’elle soit signée, bredouilla Pulcinello, et il cherchait du doigt la signature absente.
Les deux hommes s’entre-regardèrent.
Le l’oiturin 27I
— C’est plus beau que l'original. Je vois que vous êtes connaïsseur, Milord.. C’est plus chatoyant de couleur. plus solide. Jai acheté cela d’un brave homme, qui certainement le tenait de l'auteur. |
— Vous avouez donc que c’est une copie?
— Ai-je jamais dit le contraire?
— Et quel est le nom du copiste? reprit Champney d’une voix qui vibrait malgré lui.
— Son nom? Ah! voila... C’est un morceau de prince, ni plus ni moins, l’auteur était le descendant d’une famille éteinte.
— Comme Champney haussait les épaules et considérait le dessin, Pulcinello continua :
— Prince Vagarolo, Milord, mais il prenait un autre nom dans les affaires, il prenait le nom de sa mère et signait Paolo Poli... C’est un fameux morceau, Milord, le dernier de la main de l'artiste.
Il fut trouvé, sanglant, dans le fond d’un ravin, pendant le mois d'octobre dernier, aux environs de Sette- Vene. I s'était tué par amour, poveretto !
L’aquarelle tomba des mains de Champney.
Eclairé tout à coup, dans un moment de clairvoyance subite, il fouilla dans son portefeuille, prit le dessin de Randolo, et lappliquant sur une partie de la peinture, il reconnut un calque.
— Misérable faussaire! vous étiez à la Spezzia,
Tes NON RE TES ROSE c' En #* LE 4
272 Autour d’un Chevalet
pour comploter ce vol. J'ai pris votre complice
en flagrant délit de copie, à l’Osteria de Siena Lunga, s’écria Champney.
Et il empoigna le marchand, comme il avait empoigné Piétro, le fit plier sur Pétabli et, lui serrant la gorge à l’étrangler, il s’écriait :
— Je veux le nom de ce faussaire!
— Miséricorde! J'ai dit la vérité... Vous vous repentirez, Milord..
Le marchand se débarrassa, saisit la feuille qu’il soutenait avoir achetée par hasard, la mit en pièces et jeta les morceaux au feu en s’exclamant :
— Plutôt perdre l’argent que ma réputation, Milord, vous vous repentirez.
Mais Champney n’écoutait plus rien. Il s'était lance dehors. Tous ses ennuis, tous ses soupcons, depuis deux mois qu'il cherchait ce Vicosi, toutes ses inquiétudes au sujet de Vincenza, tous ses regrets, joints à l’effrayante déception, s’étaient accumulés au bout de ses poignets, quand il avaït terrassé le marchand. Mais il ne regrettait pas sa violence. Songeait-il seulement à Pulcinello. Les moindres détails du voyage surgissaient à ses veux comme une vision et il marchait, épouvanté de son aveuglement.
Evidemment, ce Vicosi avait été surpris par lui, à l’Osteria, au moment où il travaillait à une
LUE en DER Ve NOE arte
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aquarelle, de là cette éclipse de la lampe. A peine
avait-il eu le temps de jeter son carton sous le
banc. C’est à la Spezzia, probablement, qu'il avait conclu le marché avec ce Pulcinello. Pietro devait embaucher Me Pichler, il ne la quittait pas à Sienne, se faisait son valet et il s’extasiait, rabattant de son prix pour avoir le plaisir de voir pein-
dre sa seigneurie.
Insinuant, flatteur, il avait déposé les cartons, les châssis dans le coffre de la voiture, à portée de la main. Le reste était facile. On dépassait l’étape stipulée, on couchait dans une osteria, connue de lui, et là Vicosi ébauchait le dessin, calquant
certains détails d'architecture, afin d’abrécer la
besogne. Les fragments de papier ramassés sur le sol ne le prouvaient-ils pas? Pris sur le fait, il s'était tiré d’embarras en se faisant passer pour un architecte.
Quant au rôle d’exilé, il était préparé pour le cas d’une surprise, rien de plus clair. Vicosi travaillait le soir et le matin. À Citta della Pieve où,
par crainte de la douane, il se cachait — avec tant de délicatesse — Pietro lui réservait une demi-
journée, car on avait quitté tard ce relai, avec l’in-
tention d’entrer à Orvieto, au clair de la lune. Là,
Vicosi feignait une indisposition, il peignait à plaisir, utilisant une halte stipulée au contrat du
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voiturin, tandis que Pietro menait la famille à Bolsena, se proposant d’y passer la journée, et ne revenait à l'hôtel que pour admirer l’œuvre terminée. |
Et tout cela était conduit sans préjudice d’une amourette avec une désinvolture, une audace inouies.
Champney s'arrêta tout à coup, ses réflexions l'avaient conduit dans la rue qu’habitait le #0nsionor. Il en devait savoir long. sur le compte de ce brocanteur.
Il résolut de l’interroger et monta chez lui.
L'abbé recut son noble ami avec une tendre cordialité. Il aimait les nouveaux venus et les gens à la mode, étant l’homme du lendemain. En attendant son tour, il s’adorait lui-même dans une tiède atmosphère de doux contentement. Cette tranquillité molle, jointe à la lumière vague du salon, calmèrent le visiteur. .
Il se plongea dans une bergère et narra tout ce qui venait de se passer, paisiblement, sans exaltation, tandis que monsignor, jambes croiïsées, battait un roulement sur son bas de soie rouge,
Malheureusement il ne connaissait Pulcinello
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que comme un marchand répandu dans les ateliers. |
— Je crois que vous ferez sagement de taire cette aventure, qui pourrait effrayer cette excellente Me Pichler et nuire considérablement à la réputation de la signora, dit-il, quand Champney eut achevé son récit. Votre Randolo était donc ce que nous nommons un faussaire. Le fait n’est pas sans précédent, je regrette de le dire, la profession existe. C'est ficheux que vous ayez fait cette rencontre, en compagnie... Vraiment, c’est un roman, un petit drame. Ah! le oredin est mort! Un fils de prince !.. prince Vagarolo.. Ce nom ne m'est pas inconnu : il y avait un prélat de cette famille... Mort de mort violente... Rien n’y manque, nous avons la jeune fille, le traitre, le valet, la duèone, le héros. Le héros, c’est vous, don Guglielmo.… Il ne vous reste plus qu'à épouser Vincenza pour finir. Vous avez trente-cinq ans, don Guglielmo?
Et il regardait Champney de ses petits yeux noirs, à demi-clos.
— Quarante-trois, répondit Champney, regardant l'abbé à son tour.
Mais l’abbé ne riait ni plus ni moins qu’il ne fallait pour montrer ses dents blanches et il tambourinait toujours sur le gras de sa jambe.
— Vous faites une heureuse, tout le monde ap-
plaudit et vous sortez du salu quo, reprit-il, soufflant une poussière à sa manche.
Il se leva, fit le tour de la chambre et s’arrêtant devant le baronnet:
— Les sympathies, dit-il, sont des tyrans; plus je mesure vos excellentes qualités, don Guglielmo, plus je vous apprécie, plus je voudrais vous voir perpétuer dans la postérité les dons de votre généreuse nature. Prenez garde de mourir dans le célibat, ce serait un péché mortel.
L'abbé s’informa des nouvelles de la guerre d'Orient et s’écarta si bien par diverses circonlocutions du point initial de la conversation, qu’il lui fut impossible d’y revenir. Le
Sir William Champney sortit de là plus troublé et continua ses réflexions. Ce Vicosi avait-il été pris au piège, ou bien ce prétendu suicide n’était-il qu'un moyen pour disparaître? Un fait certain, c’est qu’il avait changé d’allure à Orvieto, au moment du départ, et que son émotion avait revêtu en chemin le caractère de l’égarement ou de la terreur. S'était-il épris de Vincenza? Un moment dévoyé, — car il avait donné des preuves d’ure éducation soignée, sa copie d’ailleurs dépassait l’original par une remarquable vigueur, — accidentellement dévoyé, avait-il eu des remords au contact de l’innocence? Ou s’était-il donné la mort par
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Le Voiturin au
crainte de la publicité du délit, trahi peut-être... lié ou entraîné par des complices et ne pouvant plus reculer, ni prendre pied dans la vie régulière? Toutes ces suppositions se heurtaient, s’agençaient, et toutes les conséquences retombaient sur sa tête, la honte de cette pauvre Vincenza, ses chagrins, l'horreur d’un contact infamant, car il avait accepté ce jeune homme et l'avait toléré dans Pintimité du docteur, malgré toutes ses défiances. Pour la première fois de sa vie une responsabilité grande pesait sur sa conscience. Rentré chez lui, Champney se sentit pris dans un étau, il ny pouvait tenir. Il sortit à cheval, fit une longue course et revint éreinté, se débattant dans l’insoluble. Un de ses amis, ce soir-là, le trouva couché sur un divan, tranquille en apparence, mais fumant We un cipare éteint. | Le visiteur était un ancier condisciple, un vieil ami d'enfance; il s’inquiéta de l’air soucieux de Champney et crut devoir l’interroger.
— Je vais peut-être vous surprendre, répondit don Guglielmo; depuis une heure je songe à me marier.
— Vous marier!
— Pourquoi pas? Vous êtes marié vous-même...
Il n’y avait rien à répondre à cela.
\ Les deux amis sortirent pour aller diner. Champ-
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ney n'avait pas l’air de vouloir s’expliquer, mais comme ils traversaient la place d’Espagne, la Jucunda et sa nièce vinrent à les croiser et Champney salua d’une façon particulière.
— Ce n’est pas votre fiancée, William? fit Pancien condisciple.
— Nous en reparlerons, répondit l’autre.