LEONE
cations variées et plus ou moins profondes que les textes n'ont pas cessé de subir depuis le commencement.
Juger de toutes ces divergences par leur rapport avec notre Vulgate et condamner ce qui n’est pas conforme à nos éditions de la Bible latine serait un procédé fort commode au point de vue théologique, mais non moins absurde au point de vue scientifique, attendu que notre texte officiel n’est pas même exactement celui qu'avait établi saint Jérôme, et que notre version, par le seul fait qu'elle est une version, nest pas une règle absolue pour le contrôle des textes originaux d’où elle procède et qu'elle peut ne pas représenter avec une entière fidélité. Le verset des Trois témoins célestes est dans notre
Bible : cela ne prouve pas que saint Jérôme
l'ait connu, et il est moralement certain qu'il ne
le connaissait pas; cela ne prouve pas davan-
tage que le verset ait été écrit en gree par l’au-
teur de la première Epitre johannique, et 1l est.
moralement certain que cet auteur n'a jamais
pensé à l'écrire, puisque la tradition grecque
n'en a gardé aucune trace, que l'examen du [e] 1
contexte suggère l’idée d’une interpolation, et
ire
no Et
que l’on peut marquer approximativement la date où cette interpolation a été pratiquée dans la Vulgate latine.
En ce qui regarde la conservation des textes bibliques, les décisions et l'enseignement de l'Église ne garantissent que deux faits généraux, également reconnus par une critique impartiale ou qui échappent à son contrôle, à savoir : que les Livres saints n’ont pas été altérés dans leur substance, et que Îles altérations accidentelles qui peuvent se rencontrer dans les textes ecclésiastiques n'ont jamais eu pour effet d'y intro-
duire une erreur doctrinale, une croyance étran-
gère à la révélation contenue dans les Ecritures
authentiques. Opposer à l'exercice de la eritique textuelle les décrets du concile de Trente
- touchant la canonicité des Ecritures et l’authen-
ticité de la Vulgate serait exagérer la portée de
ces définitions, les vouer à la risée des savants
non catholiques et condamner les exégètes catholiques à une besogne impossible. La Vulgate est authentique en tant que texte officiel de l'Église, et c'est ce genre d'authenticité que le concile avait en vue. L’authenticité réelle, le rapport de notre version latine avec les textes
originaux, est autre chose que l'authenticité entendue au sens que je viens de dire, et l’on a grand tort de confondre l’une avec l'autre, de vouloir prouver l’une par l’autre.
La Vulgate n’est pas seulement pour nous un document biblique, c’est aussi un document ecclésiastique. En tant qu'elle représente les Écritures primitives, elle a pour le théologien l'autorité d'un texte inspiré ; en tant que version composée sous le regard de l'Église, par des hommes pénétrés de son enseignement, adoptée et approuvée par les conciles et les Papes, consacrée par l'usage liturgique, elle a de plus l'autorité d’une source traditionnelle. L'Église, pour s'en servir en toute sécurité, n’a pas besoin de démèêler en détail dans la traduction ce qui est conforme aux textes originaux et ce qui s'en écarte, par omission, addition ou modification, ce qui a été la pensée de l'hagiographe, et ce que les interprètes ont pu y ajouter sous l'influence de sa propre tradition. Mais ce n'est pas une raison, Monseigneur, pour que les critiques n'aient pas le droit de suivre dans son évolution très compliquée l'histoire des textes bibliques et celle de la Vulgate elle-même, de