‹ Autour d'un petit livreChapitre 19 sur 111 · PR · texte numérisé non relu

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discuter librement, selon les règles que l’on applique à l'examen de tous les textes anciens, la quantité incalculable des menus problèmes

qu'ils rencontrent sur leur chemin.

La question d'authenticité pour les livres semble plus inquiétante que la question d'intégrité pour les textes. En réalité, les deux se touchent, et l’on passe presque insensiblement de la critique du texte à la critique du livre, à ce qu'on appelle la haute critique. Bossuet se figurait l'activité littéraire de Moïse, d'Isaïe, des évangélistes, d’après la sienne propre, chaque écrivain étant censé avoir produit, sous l'inspiration divine, une œuvre personnelle et définitive, que « la pieuse postérité » conservait ensuite « comme un héritage précieux », sans « y altérer une seule lettre ». Richard Simon avait fort bien vu qu'il n'en était rien et que les livres de l'Ancien Testament, notamment le Pentateuque, n'étaient pas l’œuvre d'individus, mais de générations successives qui enrichissaient et retouchaient les anciennes Écritures en les

copiant. Ces libres procédés n'étaient pas encore

tombés en désuétude aux approches de l'ère

chrélienne, et l’on peut dire même que les Évangiles synoptiques ont été composés à peu près de la même façon que les livres historiques de l'Ancien Testament. L'époque où le texte de tels hivres à été relativement fixé est aussi celle où l'on peut dire que les ouvrages ont été définitivement composés.

Nos manuels bibliques, fidèles à la tradition de Bossuet, continuent de traiter ces problèmes d'origine avec une hardie simplicité. Mais, ici encore, l'on est en présence de faits qui sont évidents pour les hommes sans parti pris. Si l’on veut savoir comment écrivaient les historiographes hébreux, l’on n'a qu'à comparer la Chronique, ou livre des Paralipomènes, avec les livres des Rois : on verra comment l’auteur plus récent prend, laisse, corrige, explique les données de ses devanciers. On n'a qu'à regarder aussi la façon dont les rédacteurs du premier Évangile et du troisième ont exploité le second. Je ne voudrais pas sembler faire à Votre Éminence un cours d'exégèse dont Elle n'a pas besoin, et qu Elle ne me demande pas. Un

HONTE CODE. 7e DA, OR 7

exemple sera néanmoins utile pour justifier mon assertion.

Lisez, Monseigneur, le récit de Marc! touchant la prédication infructueuse de Jésus à Nazareth : vous constaterez que le fait se place après la résurrection de la fille de Jaïr; que les compatriotes du Sauveur se montrent incrédules ; que, pour ce motif, Jésus ne peut faire de mivacles chez eux, et qu'il en est étonné. Consultez Matthieu * : le même fait vient après le discours des paraboles, et il sémble en dépendre chronologiquement, parce que l’évangéliste a déplacé toutes les anecdotes qui se trouvent, dans Marc, entre le discours des parabolés et la prédication à Nazareth ; le rédacteur se contente de dire que Jésus « ne fit pas beaucoup de miracles », à cause de l’incrédulité de ses auditeurs : il corrige ainsi l'expression malsonnante : «il ne put pas faire de miracles », et l'indication : « 1l était surpris de leur incrédulité ». Prenez Luc ? : l'incident est transposé tout au début de

1, Marc, vi, 1-6.

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