‹ Autour d'un petit livreChapitre 21 sur 111 · T'ES · texte numérisé non relu

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ment de l'Évangile par un long travail de l’histoire et de la pensée chrétiennes. L'esprit du Christ a dominé cette grande œuvre ; mais l'Évangile n'en contenait que le germe initial.

N'est-il pas vrai que tout est mouvement dans une religion vivante : croyance, discipline morale et culte? La tradition tend à la stabi- lité, mais la vie pousse au progrès. Puisque la religion d'Israël, depuis ses origines jusqu’à l'apparition du christianisme, et le christianisme, depuis sa fondation, ont été plus vivants qu'aucune autre religion, on ne devra pas s'étonner . qu'ils aient changé davantage, non par la simple combinaison d'éléments nouveaux, et même étrangers, avec leurs éléments primitifs, comme les historiens qui se bornent à faire un relevé des idées et coutumes religieuses, pour les comparer entre elles, sont trop enclins à l’admettre, mais par l'intensité même d'une puissance vitale, d’un dynamisme qui a trouvé dans les rencontres de l’histoire les occasions, les excitants, les adjuvants, la matière de son propre développement.

La critique entreprend donc ce que la théologie traditionnelle n'avait pas songé à faire, et

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ce qui n'importe pas directement à la définition de la croyance : le discernement des progrès accomplis par l’idée religieuse, la moralité religieuse, le culte religieux en Israël, depuis les temps les plus reculés jusqu’au couronnement de cette évolution par le christianisme; l'analyse de l'Évangile dans sa forme initiale, et la description de ses premiers efforts pour s'organiser en religion universelle. Travail délicat, sans doute, mais légitime et nécessaire. Ni la foi, ni la Bible, nl l'Église ne peuvent nous interdire d'apprendre l'histoire de notre religion. Les Écritures ne laisseront pas d'être « toujours saintes, toujours : sacrées, toujours inviolables », quand on saura dans quelles conditions elles ont été rédigées et conservées, quand on comprendra mieux la pensée de ceux qui les ont composées. La culture générale de notre époque ne permet pas que l'esprit du croyant catholique puisse être en repos sur une conception non réelle de l'histoire sainte. Ce n'est pas seulement un intérêt de curiosité scientifique, nullement répréhensible. d’ailleurs, qui impose au théologien de nos jours l'examen critique des Livres saints; c’est l'inté-

rêt même d’une foi trop auguste et qui se res-

pecte trop elle-même pour s'endormir dans l'ignorance ou dans une fausse simplicité d’esprit.

La foi n'a point ici-bas de demeures permanentes, mais elle à constamment besoin d’abris. En vain essaierait-on de la retenir dans ce qui fut un palais, l'architecte eût-1l nom Bossuet, si ce palais n'est plus logeable, et si, aménagé pour d'autres occupants, il n’est plus qu'un monument du passé, respectable encore et toujours admirable, mais comme témoin d'un temps à jamais disparu.

Puisque jai commencé d'importuner Votre Éminence, j'ajouterai à cette lettre déjà trop longue quelques considérations sur un sujet devant lequel nos exégètes prennent un air circonspect, et que le grand Bossuet n'a point traité, jé veux dire l'autonomie nécessaire de la critique biblique.

L'étude historique de la Bible, Monseigneur, ne peut être conduite par une autre méthode

que la méthode critique. Elle peut fournir des A. Loisx. — Autour d'un petit livre. 4

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matériaux à la théologie et à l’apologétique ; mais, par elle-même, elle n’est ni une partie de la théologie, n1 une démonstration de la vérité chrétienne. Autre est le travail du théologien et autre celui du critique. Le premier se fonde et se règle sur la foi. Le second, même quand il s’agit de la Bible, se fonde sur une expérience scientifique et se règle comme une recherche de science. C’est au commentaire théologique de la Bible que se rapportent les prescriptions oflicelles de l'Église touchant l'interprétation des Écritures, et l’on y chercherait en vain des indications pour l'analyse historique des Livres saints.

L'Église défend et nul ne peut l'en blâmer, qu'un catholique se serve de la Bible pour établir des dogmes autres que les dogmes catholiques. On ne conçoit pas qu'elle dispense le théologien, le prédicateur ou le catéchiste, d'expliquer l'Écriture conformément à la tradition. Mais quantité de gens étudient maintenant la Bible et la com-. mentent sans intention de prouver quoi que ce soit, et à seule fin de déterminer la signification primitive et la portée originelle des textes. Il est possible, en effet, de regarder la

Bible, non “plus comme la règle ou plutôt la source permanente de la foi, mais comme un document historique où l’on peut découvrir les origines et le développement ancien de la religion, un témoignage qui permet de saisir l’état de la croyance à telle époque, qui la présente dans des écrits de telle date et de tel caractère. L'histoire des textes bibliques, de la littérature biblique, du peuple et de la religion d'Israël, de la théologie biblique, tous ces travaux qui ne disent rien aux métaphysiciens du dogme sont précisément les seuls qui intéressent le critique. Toutes ces recherches historiques ne tendent qu'à constater et à représenter des faits, qui ne peuvent être en contradiction avec aucun dogme, précisément parce qu'ils sont des faits, et que les dogmes sont des idées représentatives de la foi, laquelle n'a pas pour objet le connais- . sable humain, mais l’incompréhensible divin. L'exégèse théologique et pastorale, et l’exégèse scientifique et historique sont donc deux choses très différentes, qui ne peuvent être réglées par une loi unique. Bien que la matière en paraisse identique, l'objet n’en est pas réellement le même. La loi de l’exégèse ecclésias-

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tique, quiest d'enseigner, au moyeñ de la Bible, la foi et la morale catholiques, ne saurait être la loi de l’exégèse simplement historique ; et réciproquement la loi de l'exégèse historique, qui est la détermination des faits et du sens primitif des textes, ne saurait être la loi de l'exégèse ecclésiastique. Celle-ci, en imposant ses conclusions à celle-là, comme si c’étaient des faits ou des opinions du passé, l'étoufferait; et l’exégèse historique, en imposant les siennes à l’exégèse ecclésiastique, comme des dogmes à croire maintenant, la ruinerait. Le travail eritique peut être coordonné par le croyant à l’interprétation dogmatique, et il doit l'être par celui qui enseigne au nom de l'Église ; mais, en tant qu'historique et critique, il a en lui-même sa raison d'être, sa méthode, et il ne peut tenir que de lui-même les conclusions qui conviennent à sa nature propre.

Il me semble, Monseigneur, que l’on n'a pas suffisamment distingué jusqu'à présent les rôles et les droits respectifs du théologien et du eritique. Que celui-ci reste sur son terrain ; qu'il n'empiète pas sur le domaine de la foi et de son interprétation dogmatique. Ce n'est pas à l’his-

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torien, sil est seulement historien, qu'il appartent de se prononcer sur le fond de la religion et sur l’objet de la révélation. Il n'a pas à décider, par exemple, si Jésus est ou non le Messie promis à Israël, la révélation humaine de Dieu, la manifestation personnelle de la Sagesse incréée. Cette question ne se posera pas seulement devant l'intelligence du critique; mais devant la conscience de l’homme, et ce n'est pas uniquement par le témoignage de l'histoire qu'elle pourra être résolue. L'historien n'a pas à y répondre au nom de la critique, parce quil ne saurait le faire par le seul moyen de l’exégèse scientifique ; et l'homme qui voudra l'aborder avec prudence, la trancher avec sécurité, Jugera que le témoignage de la conscience chrétienne dans l'Église est à écouter avec celui de l'Évangile, qu'il continue et interprète sans se confondre avec lui.

Que le théologien, de son côté, cesse d'’identifier l’histoire avec la théologie et de considérer ses spéculations comme la forme unique, adéquate et immuable, de la connaissance religieuse et de la science de la religion. Qu'il comprenne

enfin que l’histoire des origines chrétiennes est

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