‹ Autour d'un petit livreChapitre 26 sur 111 · ANTON PEL · texte numérisé non relu

ANTON PEL

plus comme paradoxale, mais l’on se demande ce qu'elle peut bien signifier. Ne niez-vous pas, au moins partiellement, le caractère historique du quatrième Évangile, en reconnaissant que l’auteur, afin de remplir le plan qu'il s’est tracé, glane « dans la mémoire du cœur ou dans l'inspiration permanente de l'Esprit tout ce qui peut mettre en relief sa théorie du Verbe » ? Est-ce que la « théorie » du Verbe incarné appartient à la tradition historique de l'Évangile, et les suggestions de l'Esprit peuvent-elles se ranger dans la même catégorie que les souvenirs des témoins oculaires ?

De ce que le second Évangile, qui ne dépend pas des deux autres Synoptiques, est passé presque tout entier dans ceux-ci, les critiques, en très grand nombre, concluent qu'il est primitif relativement à eux. Cette opinion est infiniment vraisemblable. Matthieu et Luc ont eu sous les yeux Marc ou un Évangile très semblable à Marc, qu'ils ont exploité assezlibrement ; quand ils corrigent l’ordre de leur source, on voit généralement les raisons de la transposition, et les effets très fâcheux qui s’ensuivent quelquefois, pour l’enchaînement des faits, trahissent leurs

À PTE

combinaisons rédactionnelles. Les motifs de ces combinaisons n'ont rien à voir avec la critique. Matthieu, par exemple, se propose de montrer alternativement ce que Jésus enseignait et les miracles qu'il faisait; il place de loin en loin des collections de sentences qui ont forme de discours suivis, et, dans l'intervalle, il loge les faits de Mure ; mais comme il a voulu donner, entre le discours sur la montagne! et le discours sur la mission des apôtres ?, un choix de dix miracles, il a été amené à briser plusieurs fois la suite du second Évangile et à créer des transitions artificielles pour constituer sa série de prodiges. Luc a transposé de même la prédication de Jésus à Nazareth, et ce déplacement a entraîné celui de la vocation des quatre premiers disciples ; par sa façon de traiter la première de ces anecdotes, il la transforme en une sorte de tableau prophétique où l'on peut lire l'avenir de l'Évangile auprès des Juifs et auprès des Gentils ; c'est pourquoi il la met en tête du nunistère galiléen ;

mais il n'a pas cherché autrement à dissimuler

Page 1