JEAN
est signifié par les récits : vie et lumière, le Christ apporte aux hommes la lumière et la vie. Ceux qui sont de Dieu reçoivent cette lumière du salut et la vie éternelle. Ceux qui ne sont pas de Dieu, ceux qui sont enfants du diable, les repoussent. Explication perpétuelle de la réprobation d'Israël ; déclaration perpétuelle touchant l'origine céleste du Christ, Verbe fait chair ; description perpétuelle de la vie du Christ dans l Église. C'est l'E Évangile avec une expérience de trois quarts de siècle, l'Évangile de l'Église organisée en royaume de Dieu sur la terre et présidée par le Sauveur invisible et glorieux, qui l’anime de son esprit.
Je ne crois pas, Monseigneur, qu'il y ait un livre dont le caractère soit mieux défini que celui du quatrième Évangile. L'ouvrage est clair pour quiconque réussit à se mettre dans les dispositions d'esprit et d'âme où se trouvait l'écrivain lui-même. Ce qui fait depuis longtemps obstacle à l'intelligence de ce chef-d'œuvre de théologie mystique, c'est qu'on l'interprète à la fois comme une histoire et comme un traité de théologie scolastique ; le prenant ainsi, on ne peut s'empêcher de le trouver bizarre dans ses
indications, obscur dans son langage, et défectueux dans sa logique. Son symbolisme étonne, dans la mesure où on l'entend ; il déconcerte et déroute, dans la mesure où on ne l'entend pas. Le temps n’est pas encore venu où l'on se résoudra à voir dans l’auteur du quatrième Évangile le premier et le plus grand des mystiques chrétiens, non le dernier des historiens de Jésus. Mais tant qu'on n'aura pas pris ce parti, les sept sceaux de l’Apocalypse resteront posés sur « l'Évangile spirituel ».
Le quatrième Évangile est surtout un livre de foi. La foi de l'Église, qui l'avait inspiré, s'y est reconnue, Je ne le considère nullement comme une altération, mais comme une interprétation de l’histoire. C’est la perle du Nouveau Testament. L'auteur ne nous a pas trompés en nous le donnant comme une œuvre de l'Esprit. Il est bien dans l'esprit de Jésus. J'oserai dire seulement qu'il représente l'esprit en transfigurant le corps. Il complète admirablement les Synoptiques, et il contribue peut-être autant qu'eux, mais autrement, à faire connaître le Christ. Je prends dans les Synoptiques l'histoire de Jésus, et chez Jean l'idée de sa mission universelle,
de son action permanente, de sa vie dans l” Église immortelle, J’emploie les trois premiers Évangiles pour raconter le Sauveur, et le quatrième pour l'expliquer.
Je ne me flatte pas, Monseigneur, d’avoir dit tout ce qu'il faudrait pour vous gagner à mes opinions. Du moins pensé-je avoir suffisamment exposé les motifs sérieux que j'ai de ne me point rallier aux vôtres. Je ne dis rien de ce progrès des études bibliques dont Votre Grandeur parle si volontiers. Soyez persuadé que mes témérités n'y seront point trop nuisibles. Le passé, à cet égard, peut répondre de l'avenir, Ce mouvement, d’ailleurs, est encore si faible et si incertain que nous n'avons pas lieu d’en être fiers ; il résulte si nécessairement de la situation présente de l’Église en France que nul ne peut se vanter d’en avoir eu l'initiative ; il touche à tant de questions qu'aucun homme de sens et de science ne doit avoir la présomption de s’en constituer l'arbitre souverain.
Veuillez agréer, Monseigneur, l'expression de mes sentiments profondément respectueux.
LETTRE A UN ARCHEVÉQUE