‹ Autour d'un petit livreChapitre 45 sur 111 · T'COR · texte numérisé non relu

T'COR

gile déconcerte des esprits revenus, sans s'en douter, aux dispositions des « Juifs », qui « réclamaient des signes », et à celles des « Grecs », qui « voulaient de la philosophie ! » ?

Jésus a prêché l'avènement du règne de Dieu.

Il s'est dit le Messie, c'est-à-dire l'agent divin et l'ordonnateur de ce règne qui devait bientôt avoir son accomplissement. C'est sous cette détermination, s1l est permis de s'exprimer ainsi, que le fondateur du christianisme a paru dans le monde, et l'historien n'a pas le droit d'y rien ajouter, d'en rien retrancher. Si l'idée du royaume avait une réalité objective ; si la relation de Jésus à Dieu est celle que figure la notion de Messie, et si ces deux idées, celle du royaume et celle du Messie recèlent encore quelque chose de plus grand que ce qu'elles semblent signifier, l'historien n'a pas à le prouver, attendu qu'une telle démonstration ne se fonde pas uniquement sur les données de Fhistoire. Puisqu'il raconte, ne lui demandons pas d'exposer autre chose que les faits dont il parle. La vérité de sa description phénoménale ne peut être incompa-

4/L Cor: 1, 22.

tible avec la vérité intime et profonde de la foi. Est-ce que le croyant n'a pas {oujours, pour fondement et appui de cette foi, l'étonnante puissance, à travers les siècles, de l’idée du règne de Dieu, et l'efficacité actuelle, l'expérience personnelle de cette idée, toujours vivante, nonobstant les limitations de son origine et les modifications qu'elle n’a pas cessé de subir. Et la foi à la divinité du Christ ne tient-elle pas également à l'influence divine qu'il n'a pas cessé d'exercer sur les âmes, nonobstant le sens proprement juif qui ne laisse pas de s’attacher à sa qualité de Messie, et quoique la définition formelle de sa divinité ne se soit dégagée que progressivement dans la tradition chrétienne ?

IT

Jésus lui-même a vécu sur la terre dans la conscience de son humanité, et il a parlé selon cette conscience ; il a vécu dans la conscience de sa vocation messianique, et il a enseigné selon la conscience qu'il avait de cette vocation. Ses discours, sa conduite, l'attitude de ses disciples

et celle de ses ennemis, tout montre que Île Christ était homme parmi les hommes, « en tout semblable à eux, sauf le péché ! », sauf encore, doit-on ajouter, le mystère intime et indéfinissable de son rapport avec Dieu. Ce rapport se traduisait dans l’idée de Messie, et cette idée, dans l'Évangile, était comme un secret qui devait être manifesté par l'avènement du royaume céleste. Les disciples avaient cru à ce mystère; par sa résurrection, Jésus devint pour eux « le Seigneur ». Les adversaires de Jésus rejetèrent la proposition de cette foi, et la masse des Juifs suivit ses chefs dans leur incrédulité. Ainsi la question sur laquelle se divisèrent la majorité d'Israël et la minorité qui se rallia à la foi de Jésus ne fut pas : « Jésus de Nazareth est-il Dieu ? » mais : « Jésus de Nazareth est-il le Messie ? » La divinité du Christ est un dogme qui a grandi dans la conscience chrétienne, mais qui n’avait pas été expressément formulé dans l'Évangile ; il existait seulement en germe dans la notion du Messie fils de Dieu.

Aucun principe de théologie, aucune défini-

PMAÉBRAUNT, 11: 1v, 49.

tion de l'Église n obligent à admettre que Jésus en ait fait la déclaration formelle à ses disciples avant sa mort. Il est, au contraire, très conforme à l'esprit de la tradition catholique de supposer que la révélation s'en est affirmée graduellement. Quand Jésus, au bord du lac de Tibériade, dit à Simon et à André, à Jacques et à Jean:

« Suivez-moi », il n’ajouta pas : « Je suis Jésus- Christ, Fils éternel de Dieu, Verbe fait chair. » Il ne leur dit même rien de sa personne, et ce ne fut qu'après l'avoir entendu longtemps et avoir assisté à ses miracles, qu'ils soupçonnèrent en lui le Sauveur promis. Jésus ratifia la confession de Pierre : « Tu es le Christ ! » ; mais on ne voit pas qu'il ait voulu la contrôler en élargissant, complétant ou corrigeant l'idée que les apôtres pouvaient avoir du Christ en tant quefils de Dieu. La révélation du secret messianique se fait réellement par l'Esprit quiagit dans la communauté des premiers croyants. Pour la foi, les témoins de cet Esprit sont l'apôtre Paul, l’auteur de l'Épître aux Hébreux, celui du quatrième Évangile. Avec ce dernier la révélation s'achève. Et en effet, le qua-

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