‹ Autour d'un petit livreChapitre 46 sur 111 · Marc, vin · texte numérisé non relu

Marc, vin

trième Évangile contient les éléments essentiels de la christologie ecclésiastique, la notion du Verbe incarné, du Chnist Fils de Dieu et Dieu parce que Verbe fait chair en Jésus. Mais tant s'en faut que le dogme fût entièrement élaboré dans le Nouveau Testament, Ce n'est pas sans cause qu'il se produisit tant d'hérésies sur le sujet. Si la croyance avait été très claire dès ledébut, elle n'aurait pas eu tant de peine à faire son chemin. La théologie la plus sèvère.ne peut pas s'empécher d’avouer que le travail de la pensée chrétienne, dans les premiers siècles chrétiens, que les écrits des docteurs et les définitions des conciles ont précisé, coordonné, harmonisé les données de la révélation. Il ne faut donc pas trop s'étonner que la consubstantialité du Père et du Fils, définie par le concile de Nicée, ne se discerne pas dans la prédication évangélique du royaume des cieux.

Pour l'historien, le travail de la tradition chrétienne fait suite à celui des écrivains du Nouveau Testament. Le tout représente comme un effort continu de la foi pour saisir plus parfaitement un objet qui la dépasse. Cet effort ne va pas sans tâtonnements; il n’atteint pas du pre-

mier coup son terme définitif ; on peut mêmedire, en un sens, qu'il ne l’a pas encore atteint aujourd'hui; mais il suit toujours la même ligne, mettant toujours Jésus plus haut, et donnant de sa mission une idée plus compréhensive, à mesure que s'ouvre devant la foi intelligente une vue plus large sur le monde et sur l'humanité. Chaque étape de la foi est comme une épreuve et un obstacle qu'elle surmonte par la force divine de son principe intérieur.

La première de ces épreuves, on peut bien le dire, fut la mort ignominieuse de Jésus. Elle fut surmontée par la foi à la résurrection, qui, dès l'abord, fut la foi à la vie immortelle du Crucifié bien plus qu’au fait initial qui est suggéré à notre esprit par le mot de résurrection. La prédication apostolique n’insistait pas sur les circonstances de cette résurrection, mais sur l’existence du Ressuscité. Jésus était vivant, et non seulement vivant, mais exalté en gloire et en puissance, Seigneur et Christ auprès de Dieu, en attendant qu'il parût dans l'avènement final du royaume des cieux. Cette détermination de la croyance, même appuyée sur les apparitions du Sauveur et sur les Écritures, fut un grand acte de foi, sans

lequel le mouvement évangélique tombait, en naissant, devant l'incrédulité juive. Elle sauvait l’idée messianique dans son application à Jésus et permettait au christianisme de s'affirmer en face du judaïsme. Elle ne se constitua pas subitement, par un seul trait de lumière qui l'aurait tout à coup révélée aux douze apôtres. La tradition a gardé le souvenir des doutes qui se produisirent parallèlement aux premières apparitions du Christ, et du travail réfléchi par lequel la foi acquise chercha sa justification dans les Écritures. Mais cette christologie, qui était vraiment une christologie, puisqu'elle représentait une simple évolution de l’idée messianique et tenait encore tout entière dans la notion du Messie, n'était que provisoirement suffisante. La seconde épreuve fut l'entrée de la foi nouvelle dans le monde païen. Celui qu'elle rencontra d'abord n'était point le monde de la haute culture intellectuelle. C’est pourquoi le problème qui se posa aussitôt ne concernait point le rapport transcendant qui, dans une conception philosophique de l'univers, devait unir le Christ à Dieu. On avait dit aux Juifs : Jésus est

le Messie prédit par les prophètes; il faut écou-

ter le message de pénitence qu'il apportait et que ses disciples répètent maintenant, si l'on veut être admis en son nom et par luimême dans le royaume de Dieu. Que dirait-on aux paiïens ? Si Jésus n’est venu que pour les Juifs, sa mission ne signifie rien pour les Gentils, et il est bien inutile de leur prêcher la foi au libérateur d'Israël. S'inspirant de l'esprit bien plus que de la lettre, Paul trouve à l'Évangile, au rôle et à la personne de Jésus, une signification universelle. Comme l'Évangile n'établissait que des conditions morales pour l’admission au règne de Dieu, le grand Apôtre déclare que les Gentils peuvent y avoir accès et qu'ils y sont appelés comme les Juifs; quoiqu'il n'ait parlé qu'à ceux-ci, Jésus est venu tout aussi bien pour ceux-là ; il est le Sauveur des hommes; ce n'est pas seulement aux Juifs qu'il apporte le salut par la rémission des péchés ; sa mort est l’expiation qui réconcilie avec Dieu l'humanité entière. Jésus est l’homme de l'humanité, comme le premier père de celle-ci, Adam, mais avec cette différence, que le premier homme a livré par son péché l'humanité à la mort, tandis que Jésus, mort et ressuscité, sauve du péché et de la mort

l'humanité croyante. Jésus est « l'homme céleste! » qui était prédestiné par Dieu et qui préexistait auprès de lui, pour venir, au temps marqué par la Providence, réparer la faute de « l’homme terrestre », détruire le péché et ses suites, sauver le monde par la foi.

Telles sont les idées que Paul exprime quand il est entré dans la pleine conscience de sa vocation; mais, bien qu'il soit impossible de suivre le travail de sa pensée depuis le temps de sa conversion jusqu'à celui où il écrivit ses Épiîtres, il est à croire que sa doctrine s’est élaborée au fur et à mesure que l'ont réclamé les circonstances, le développement de son activité, l'opposition qu'il a rencontrée du côté des Juifs, et l'hésitation quil a trouvée chez les anciens apôtres, dont il s'était constitué l’auxiliaire. Les Juifs, en refusant de l'entendre, l'avaient poussé vers les païens ; la conversion des païens posait le problème du salut pour les Gentils et de ses conditions. Paul a vu la vraie solution et 1l a cherché à la justifier par les prophéties et les figures de l'Ancien Testament. Nul ne peut contester

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