‹ Autour d'un petit livreChapitre 47 sur 111 · I Con. xv · texte numérisé non relu

I Con. xv

aujourd'hui que sa thèse n'ait valu imfiniment mieux que ses arguments.

Sa foi lui a suggéré la thèse ; mais la définition de cette thèse ne laisse pas d’être conditionnée par l'ensemble des idées que l'apôtre tenait de son éducation rabbinique, et l’on peut en dire autant de ses preuves. La théorie de Paul est conçue en vue des Juifs et des judaïsants, pour justifier l'introduction des Gentils dans l'Église et l'autonomie du christianisme. Elle ne pouvait longtemps suffire aux besoins des païens instruits qui ne se contentaient pas, comme les simples gens, d'un judaïsme dégagé des observances légales et du particularismereligieux. C’est pourquoi l’on découvre déjà dans Paul lui-même, au moins dans ses dernières Épîtres, le rudiment de spéculations où un rôle cosmologique est attribué au Christ, qui n’est plus seulement l’agent médiateur du salut des hommes, mais l'agent intermédiaire de la création.

Une nouvelle épreuve de la foi se présentait : quel était le rapport du Christ Sauveur avec le Dieu éternel et l'économie de l’univers ? La spéculation judéo-alexandrine avait identifié le Dieu des Juifs au Dieu des philosophes grecs. Philon

identifia le Logos, suprême raison et idées élernelles, à la Sagesse de l'Ancien Testament, qui assistait le Créateur dans toutes ses œuvres. L’abîme que la philosophie hellénique percevait entre Dieu et le monde se trouvait comblé par cette personnification demi-abstraite, demiréelle, qui reliait le monde à Dieu. Paul assigne hardiment cette place au Christ éternel, image du Dieu invisible, premier né de toute créature, par qui et pour qui tout a été fait, en qui tout subsiste, premier en tout, dans le monde physique, pour l’amener à l'existence, et dans le monde moral, pour rétablir, par sa mort et sa résurrection, la paix au ciel et sur la terre !. Dans cette conception, la carrière terrestre de Jésus ne semble avoir de signification que par sa mort. L'auteur de l'Épître aux Hébreux complète l’idée de Paul. Pour lui aussi, le Fils est la splendeur de la gloire divine et l’image de la substance incréée ?; mais, dans sa mission terrestre, il est le grand prêtre qui s’est fait semblable aux hommes ses frères, qui a connu

4, Cor. 1, 15-20.

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