‹ Autour d'un petit livreChapitre 48 sur 111 · Hésr · texte numérisé non relu

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toutes leurs misères, qui a été éprouvé par toutes leurs douleurs, afin de pouvoir leur être secourable !, et qui s’est acquitté ainsi de sa fonction sacerdotale, accomplissant finalement par une seule immolation, qui était sa propre mort, l'expiation de tous les péchés.

Mais la vie de Jésus n’a-t-elle que cette importance morale ? L'auteur du quatrième Évangile y découvre la révélation même du Logos, du Verbe divin : le Logos, incarné en Jésus, s’est manifesté aux hommes comme unesourcede vieetde lumière éternelles ; il est devenu réellement tel pour l'humanité depuis que le Christ est remonté au ciel et que son Esprit opère dans l’Église la régénération des hommes à la vie immortelle. Maintenant le chrétien peut sans crainte rendre compte de sa foi devant les sages de ce monde ; en même temps que la plus vivante des religions, la plus efficace des doctrines morales, le christianisme est la plus belle des philosophies.

Tout n'était pas dit cependant, et la foi avait encore à trouver le moyen de concilier entre elles la réalité de l’histoire évangélique, la théo-

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rie de Paul et celle de Jean, pour en faire un

système coordonné. Le Verbe et l'Esprit, qui

sont de Dieu, sont-ils des personnalités divines réellement distinctes du Père créateur ? Ce problème était assez ardu : le sens chrétien finit par le trancher dans le sens de l'affirmative. Mais aussitôt se posa la question du rapport entre le Père et les autres personnes divines, surtout celle du Verbe-Christ. Le Verbe est de Dieu, et personnellement distinct du Père : estil Dieu absolument, et s’il est le « premier né de la création », comme l’a dit saint Paul, ne seraitil que la première des créatures ? Arius dit oui. Athanase et le concile de Nicée répondirent non. Le Verbe devait être consubstäntiel au Père.

Restait à définir son rapport avec l'humanité du Christ. Pouvait-on dire que Jésus était personnellementéternel et consubstantielà Dieu ? Apollinaire erut trouver la solution de la difficulté en admettant que le Verbe avait tenu, à l'égard de l'humanité et dans l'humanité de Jésus, la place de l'âme spirituelle. L'Église le condamna :

Jésus avait été homme parfait. Donc, conclut Nestorius, il était une personne humaine indissolublement unie par un lien moral à la personne

divine du Verbe. Nestorius est condamné : il ne faut pas diviser le Christ, qui est un. S'il est un, la nature humaine est incorporée à la divinité, dit Eutychès, et l'unité de nature est impliquée dans l'unité de personne. Le Christ ne serait pas homme si la nature humaine ne subsistait en lui à côté de la nature divine, déclare le concile de Chalcédoine. Le cinquième concile æœcuménique ajoute qu'elle est unie substantiellement au Verbe et subsistant dans le Verbe. Enfin l'on se demande si l’unité de personne n'entraine pas l’unité de volonté : le sixième concile maintient deux volontés et deux opérations, pour faire droit aux deux natures.

Le dogme christologique était désormais fixé, autant du moins qu'il pouvait l’être en partant des données traditionnelles et de la philosophie antique. C’est évidemment par rapport à cette philosophie que la définition progressive du dogme avait un sens complet. Si le problème qui a passionné et absorbé durant des siècles les penseurs chrétiens se pose maintenant de nouveau, c'est beaucoup moins parce que l’histoire en est mieux connue, que par suite du renouvellement intégral qui s’est produit et qui se continue

dans la philosophie moderne. La simple connaissance de l'histoire du dogme ne soulève aucune difficulté nouvelle devant l'intelligence du croyant: elle lui apprend seulement comment les difficultés anciennes ont été résolues. Mais une meilleure et tout autre connaissance de l'univers et du globe terrestre, de l'histoire humaine, “de l’homme lui-même, a changé la face de la science, en sorte que l’on peut dire, sans exagération, que le croyant, en possession du dogme traditionnel, se trouve, à l'égard du monde contemporain, dans la même situation que les premiers apôtres lorsqu'ils apportaient la foi du Messie au monde gréco-romain.

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I1 est donc aisé de voir, et vous, Monseigneur, l'aviez vu dès l’abord, pourquoi j'ai pu écrire les deux premiers chapitres de mon petit livre sans parler de la divinité du Christ. Comme je n'avais pas à faire valoir les probabilités rationnelles de cet article de foi, mais à exposer la forme historique de l'Évangile, je ne pouvais

A. Loisx. — Autour d’un pelit livre. 9

signaler ni défendre comme élément de la prédication évangélique une doctrine qui, prise à la rigueur, apparaît seulement à l'historien dans le courant traditionnel, lorsque l'Évangile eut été porté aux Gentils. La divinité de Jésus n’est pas un fait de l’histoire évangélique dont on puisse vérifier critiquement la réalité, mais c'est la définition du rapport qui existe entre le Christ et Dieu, c'est-à-dire une croyance dont l'historien ne peut que constater l'origine et le développement. Cette croyance appartiendrait à l'enseignement de Jésus, et l'historien devrait le reconnaître, si le quatrième Évangile était un écho direct de la prédication du Sauveur, et si la parole des Synoptiques sur « le Père qui seul connaît le Fils, et le Fils qui seul connait le Père! », n'était pas un produit de la tradition. Mais le quatrième Évangile est un livre de théologie mystique, où l’on entend la voix de la conscience chrétienne, non le Christ de l’histoire, et J'ai expliqué, dans L'Évangile el l'Église ?, pourquoi le passage de Matthieu et de

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