Réfutation du système du P. Malebranche, e. xxvr
“ALT 27e, OR
pas. L'historien n’a pas à résoudre des difficultés et des contradictions qui naissent uniquement sur le terrain de la théologie scolastique, lorsque celle-ci, ayantréglé, par des syllogismes abstraits et des raisons de convenance, l’amplitude de la science du Christ, rencontre des textes qui ne s'accordent pas avec son idée. Il ne songera pas à torturer les documents évangéliques et sa propre intelligence pour trouver que Jésus, en parlant du prochain avènement du royaume céleste, réservait des siècles infinis avant la consommation du monde; et tout en faisant la part de ce que la tradition primitive a pu ajouter sur ce point aux déclarations du Maitre, il se gardera bien d'affirmer que les apôtres ont créé de toutes pièces la perspective prochaine de l'avènement messianique. Il sait que, dans ce cas, la presque totalité des discours du Sauveur seraient à regarder comme apocryphes, en sorte que, pour avoir voulu relever la science du Christ, on aboutirait à ne plus rien connaître de ce qu'il a enseigné, on prêterait aux disciples une foi différente de celle quil avait prèchée, et l'on fonderait l'Église sur un énorme contresens. Se jettera qui voudra dans cette voie de néant. Je me con-
tente de penser que Jésus, autant quil est permis d’en juger par les documents les plus certains de sa prédication, a conçu et présenté le mystère de Dieu et du salut sous la forme la plus pure et la plus accessible, eu égard aux conditions où 1l exerça son ministère. Ni la pensée humaine nile langage humain ne sont faits pour contenir la révélation totale de Dieu, pour exprimer en même temps tous les aspects de l'éternelle vérité.
On peut dire de l’enseignement de Jésus ce qui est vrai de la révélation biblique en général, à savoir, que cet enseignement n'est pas donné indépendamment des conceptions antiques sur le système du monde, ni comme si celui qui apportait la vérité salutaire avait été en dehors de l'humanilé. La notion du Dieu créateur ne se présente pas autrement dans l'Évangile que ne le permet la connaissance du monde créé; la notion du Dieu providence ne se présente pas autrement que ne le permet la connaissance de l’histoire; la notion du Christ sauveur ne se présente pas autrement que ne le permet lespérance messianique d'Israël. Le caractère essentiellement religieux et moral de ces notions fait qu’elles sont. uni-
verselles d'esprit et de principe. Elles n’en sont pas moins déterminées très particulièrement et relativement au milieu et au temps où l'historien les voit se manifester. Les conditions de la connaissance religieuse, même dans l’ordre de la révélalion, qui ne change pas la qualité de l'esprit humain ni les formes de son activité, ne permettent pas que la représentation des vérités les plus essentielles soit autre chose que relative et imparfaite, enfermée qu'elle est dans des sym boles qui ne figurent ces vérités que par analogie, sans les exprimer adéquatement. Saint Paul n'emploie-t-il pas à ce propos les mots de mirage et d'énigme ! ?
Il n'y a, pour l'interprète de l'Évangile, que deux attitudes conformes à la saine raison celle de l'historien qui prend l'Évangile tel qu'il est et qui s'efforce d'analyser le caractère et la signification originelle des textes; et celle de l'Église, qui, sans avoir autrement égard aux limitations du sens primitif, tire de l'Évangile l’enseignement qui convient aux
besoins des temps nouveaux. Le devoir de