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l'historien est de s'en tenir au sens primitif; le droit de l'Église est de ne pas s’y enfermer. Ni pour l'un ni pour l'autre la distinction de l'absolu et du relatif en matière de vérité n'est un moyen d'exégèse, attendu que l'historien ne perçoit l'absolu dans l'Évangile, et que l'Église ne l'enseigne que sous des espèces relatives. Ce serait temps perdu de vouloir tracer dans l'Écriture, et je crois bien qu'on pourrait ajouter, dans la pensée même de Jésus, des compartiments pour l'absolu et d'autres pour le relatif; les deux sont dans l'Évangile aussi inséparables que dans le monde, l’un portant l’autre, et celui-ci manifestant imparfaitement celui-là. Pour le critique, interpréter les prévisions de Jésus d’après la connaissance que l’on a maintenant de l'histoire chrétienne serait les altérer gravement. Cependant nul ne peut reprocher à l'Église de n’enseigner point que la fin du monde devait arriver au terme de la génération apostolique, ou qu'elle arrivera au terme de la génération contemporaine.
L'Église a qualité pour dégager constamment du symbole ancien les applications que com-
porte une situation quine cesse pas de se renou-
veler. Elle a toujours eu autre chose à faire que de philosopher sur le rapport de ces applications avec la forme historique de l'Évangile £ mais le critique ne peut se faire illusion sur ce rapport, et sans doute on n'est point sacrilège pour le constater.
Des personnes qui font profession de montrer la parfaite harmonie de l'Évangile avec les nécessités de la vie présente, l'équité sociale, l’ordre politique et le progrès, ont pu se scandaliser en trouvant dans mon livre que Jésus n’a manifesté qu'indifférence à l'égard de tous ces objets temporels. C’est un fait. Si j'avais découvert dans l'Évangile un programme de civilisation, ou l'idéal de la démocratie chrétienne, je me serais empressé d'en avertir mes lecteurs. Comme cet idéal, dans la forme qu'il revêt maintenant, est de date récente, je n'avais été, pour ma part, aucunement surpris de ne le rencontrer point dans les textes. Mais en reproduisant ce qui
m'a paru être la physionomie historique de
l'Évangile, je n'ai pas prétendu que le chré-
tien d'aujourd'hui doive se désintéresser des
problèmes sociaux, des intérêts de son pays, de
la science et de la civilisation. Tout mon livre A. Lorsx. — Autour d'un pelil livre. 10
Te
tend, au contraire, à prouver que le principe évangélique, nonobstant les limitations inévitables de sa mamifestation initiale, est une source inépuisable de progrès humain, par sa puissance indéfinie d'adaptation aux conditions variables de l’humanité. Jésus n'a pas fait profession de science, et les apôtres étaient des gens peu cultivés ; le Nouveau Testament n’est pas un traité d'économie sociale, et l'Apocalypse n'a pas été écrite pour améliorer les conditions du prolétariat. Il n'en est pas moins vrai que, pour être en notre temps un chrétien selon l'Évangile, il faut avoir souci de toutes ces choses dont l'Évangile ne parle pas; car elles contribuent à l’avènement du règne de justice et de bonheur qui est désigné dans l'Évangile sous le nom de royaume des cieux. Que tous les apologistes de la rehigion et les démocrates chrétiens me pardonnent! Je crois, dans mon humble métier d’exégète, en rendant intelligible, selon mon pouvoir, un livre tel que la Bible, travailler comme eux au progrès de l'humanité par le christianisme. Pourtant la critique n'est point recommandée dans l'Évangile, et ce ne sont pas les écrivains du
Nouveau Testament qui me l’ont enseignée.