‹ Autour d'un petit livreChapitre 54 sur 111 · ETES · texte numérisé non relu

ETES

De ce que Jésus est entré dans l’histoire, il ne suit nullement qu'il ne la domine pas; de ce qu'il a vécu et parlé en homme, il ne suit pas qu'il n'ait point été Dieu. Mais c'est comme homme qu'il a vécu notre vie et parlé notre langage. Le dogme de l'union hypostatique, de l'association des deux natures, la divine et l'humaine, dans la personne du Verbe Fils de Dieu, ne change pas les conditions du témoignage historique concernant l'existence, les œuvres, l’enseignement de Jésus. L'historien, faut-il le répéter encore, connaît ce dogme comme une définition théorique, élaborée au cours des premiers siècles chrétiens, non comme une réalité vérifiable et directement attestée par les documents de l’histoire. Comme je l'ai dit plus haut, les éléments essentiels de la notion du Messie ont été ainsi expliqués en doctrine métaphysique. L'exégète critique n'a donc pas à violenter le sens des textes synoptiques pour les accorder avec ceux de Jean etles définitions des pre-

miers conciles. Ce qu’il constate est que la théorie

christologique est une explication transcendante du fait historique. Le critique catholique admet la vérité de celte interprétation, comme celle de tout autre dogme; il en accepte la formule comme l'expression autorisée de la foi qui, née de la parole du Christ et du fait évangélique, est allée se précisant dans la conscience chrétienne.

N'est-il pas vrai, Monseigneur, que la conciliation de la théorie avec l'histoire n'irait pas sans difficulté, si l'on voulait que la théorie fût l'exacte expression de l'histoire? Quand Jésus répond à un homme qui l’appelait « bon maître » : « Pourquoi m'appelles-tu bon? Il n'y à que Dieu qui soit bon ! »; quand il fait cet acte de résignation : « Père, que ta volonté se fasse, non la mienne * », le sens naturel de ses paroles n'est pas en rapport avec la théorie, et le quatrième Évangile ne lui préterait pas de semblables discours. Le critique ne suspectera pas pour cela l'authenticité de ces déclarations, qui, en

toute hypothèse, correspondraient à une autre

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