‹ Autour d'un petit livreChapitre 65 sur 111 · CHENE · texte numérisé non relu

CHENE

pour la foi, et accomplissant par elle ce que l'historien voit réalisé.

Telle est, cher ami, la base solide sur laquelle repose l'Église catholique. Ne trouvezvous pas quelle y est plus fermement assise que sur deux ou trois textes perdus dans la prédication de Jésus, et dont les théologiens des diverses communions chrétiennes discuteront le sens indéfiniment, jusqu à ce que les critiques viennent mettre tout le monde d'accord en les attribuant à la tradition rédactionnelle de l'Évangile ? Ce n’est pas que ces textes perdent leur valeur ; aucune parcelle des Évangiles n'est insignifiante pour qui sait l'entendre. Mais ce n’est plus sur le sens de tel ou tel texte que doit porter le débat entre protestants et catholiques; c’est sur l’ensemble du fait évangélique et du fait chrétien. Le Christ a-t-1il voulu fonder une religion individualiste ? Le Christ a-t-il voulu fonder la société des justes et le service universel du salut? Toute la question est là, et il me semble qu'elle n'est point trop difficile à résoudre.

De savoir si le Christ a voulu là primauté

du Pape, c’est un point qui n'est pas à dis-

cuter sur le terrain de l’histoire évangélique. Les volontés du Christ sur l'Église ne se déterminent que par l'Église et pour ceux qui ont reconnu le Christ dans l'Église. Il ne peut être, d'ailleurs, indifférent au croyant n1 à l'historien, de constater, dans le premier Évangile, que la conscience chrétienne a été préoccupée de discipline ecclésiastique et du rôle de Pierre dans l'Église organisée. Des critiques non catholiques ont pensé que le : « Tu es Pierre » avait été écrit en vue de la situation prépondérante que l'Église romaine occupait déjà, dans le monde chrétien, vers la fin du premier siècle. On a fait la même hypothèse à propos du : « Pais mes agneaux, pais mes brebis ! »,de Jean. La critique, par un chemin quelque peu détourné, irait donc à Rome et rencontrerait ainsi la tradition. Pour la foi, le Christ immortel, qui veut l'Église, veut tout ce qui sert à la conservation de l'Église et de l'Évangile dans l'Église ; il veut que Simon soit la pierre fondamentale de l'édifice chrétien ; il veut que Simon-Pierre paisse perpétuellement les agneaux et les brebis.

À. JEAN, xxr, 46-17.

Mais, direz-vous, nos théologiens raisonnent d'ordinaire comme si le Sauveur avait dès l’abord réglé expressément la constitution de l'Eglise, et surtout désigné la nature, l’objet, les dépositaires de l'autorité dans l'Eglise ; avec la conception historique des origines, on ne pourra plus rien prouver par l'Ecriture ; la primauté du Pape ne sera pas garantie par le Christ, dans la

O ) parole ! : « Tues Pierre, je te donnerai les clefs du royaume des cieux; tout ce que tu lieras sur

“ , la terre sera lié dans les cieux, tous ce que tu ; [ délieras sera délié », n1 l'infallibilité, par la Mie de SAN e parole ? : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défalle point », quoique le concile du Vatican se soit appuyé sur l’une et sur l’autre dans ses définitions. Si la première vise la situation de l'Eglise romaine à l'égard des autres communautés vers la fin du premier siècle, et si la seconde I :

concerne le rôle de Pierre amenant les autres

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