‹ Autour d'un petit livreChapitre 73 sur 111 · NT · texte numérisé non relu

NT

et ce qui se présente de plus en plus comme la vérité de la science ; elle est née sur le terrain philosophique par l'insuffisance du dogmatisme ancien devant la connaissance actuelle de l’univers; elle est née sur le terrain de l’histoire religieuse par l'obstination du dogmatisme présent à méconnaître l'évidence des faits et la légitimité de la méthode critique.

Je me suis jusqu’à ce jour interdit d’instruire publiquement le procès de cette lamentable apologétique de la Bible, qui après avoir fait, pendant tout le xix° siècle, l’étalage de son impuissance, a donné finalement, devant l'éveil de la critique, le spectacle de son intolérance. Mais n'est-ce pas cette exégèse prétendue traditionnelle qui, en professant une infinité d’erreurs pour sauver ce qu’elle appelle la vérité de l'Écriture, est un danger permanent pour la foi de quiconque réfléchit un peu sur ce qu'on lui enseigne au nom de Dieu, auteur de la Bible, et de l'Église, son interprète infaillible ! ? |

Il serait temps d'arrêter le scandale des intel-

4. Voir A. Hounn, La question biblique chez les catholiques de France au XIXe siècle,

ligences. On le pourra dès qu'on le voudra sérieusement, puisqu'il suflira de prendre pour ce qu'ils sont les Livres saints, le dogme, la théologie. et la science.

Tout ce que je viens de vous dire, cher ami, ne vous paraîtra pas bien nouveau. Il y a dix ans, ces réflexions servaient d'intermède à nos exercices d'orientalistes, entre l'explication d'un texte cunéiforme et celle d’une page d’hébreu. Dès ce tempslà, vous pensiez que l'exégèse biblique n’est pas une science de tout repos, à moins qu'on ne la fasse consister en explica- Uüons grammaticales, lexicographiques et archéologiques. Mes efforts pour concilier l'orthodoxie catholique avec l'étude sincèrement critique de la Bible, vous les compariez, non sans une légère ironie, aux exploits d'un équilibriste qui marche sur une corde tendue en l'air. Tout en les suivantavec le plus bienveillant intérêt, vous n'étiez pas sans crainte de les voir interrompus un jour par quelque funeste accident. Ne vous inquiétez pas, Je commence à trouver que la paix est un bien appréciable, et j'ai besoin de tranquilité pour mes derniers jours. Je n'ai pas la

fatuité de penser que mes essais apologétiques

= Mg —

soient un secours dont l'Église trouverait inconvénient à être privée.

Après tout, l'accord de la foi et de la science est toujours à réaliser; il ne se fait point par décrets de l'autorité, mais il s'’accomplit et se perfectionne peu à peu par la bonne volonté des croyants qui étudient, des savants qui croient. Chacun l'opère pour soi, et du travail commun résulte un état général de l'esprit catholique dont on peut dire qu'il est l'attitude de l'Église même à l'égard de la science. Espérons que cette attitude se fera de plus en plus franche et loyale, non hostile ni décourageante. La vraie vérité n’a qu'un intérêt, qui est la vérité même.

Pardonnez cet ennuyeux discours à ma vieille

amitié : bavarde elle est, mais fidèle.

Page 1