SUR L'INSTITUTION DES SACREMENTS
Cuer ET VÉNÉRÉ MONSIEUR LE SUPÉRIEUR,
Dans une visite que je vous fis peu de temps après la publication de L'Évangile et l'Église, j'osai vous demander-ce que vous pensiez de ce fâcheux opuscule. Après un mot aimable et spirituel sur le mérite d'un livre qui possédait, selon vous, toutes les qualités requises pour n'être pas compris du public ecclésiastique, vous me fites une objection, une série d’objections tirées du concile de Trente, qui a formulé beaucoup de définitions touchant les sacrements ; et vous déclariez que ces définitions faisaient loi pour l'historien comme pour le théologien. Je vous répondis fort allègrement que les conciles n’ont pas accoutumé de définir l’histoire, mais les dogmes, et que les décrets de Trente déterminent le sens que l'Église attache à l'institution sacra-
mentelle, non la forme historique de cette institution.
L'histoire se fait, disais-je, avec les témoignages historiques, ce que ne sont pas les décrets du concile, si ce n’est en ce qui regarde la pensée de ceux qui les ont rédigés. Je ne réussis pas à vous convaincre. Vous me citiez un décret qui définit le sens historique de ce texte du quatrième Évangile! : « Si quelqu'un ne renaît de l'eau et de l'esprit ». Le concile veut que l’on entende au sens propre le mot « eau ». Je vous répliquai que le concile avait parfaitement raison, mais que le vrai sens du texte ne résultait pas de la définition, et que le concile défendait qu’on tournât la parole en métaphore, pour éluder la nécessité du baptême réel; il ne visait directement ni l'authenticité du passage en tant que parole du Seigneur, ni la forme particulière de sa signification dans l'esprit de l’évangéliste. La distinction vous parut subtile, et je présume que vous la jugiez d’un emploi dangereux. Si vous le voulez bien, nous reprendrons aujourd'hui l’exa-
men de cette grave question.