JEAN, ni
Le développement du culte catholique est un des points sur lesquels les théologiens protestants insistent le plus volontiers quand ils veulent prouver que le catholicisme est une religion fondée à côté de l'Évangile. Les orthodoxes ne connaissent que deux sacrements établis par le Christ, le baptême et l'eucharistie. M. Harnack n'en admet aucun, et il pense que Jésus n'avait pas institué d'autre culte que le culte en esprit, la religion du Père céleste, sans aucune forme d'organisation sociale ou rituelle.
Vous m'accorderez sans peine, Monsieur le Supérieur, que j'aurais perdu mon temps à citer au critique allemand les définitions de l'Église sur les sept sacrements en général et sur chacun d'eux en particulier. M. Harnack est trop bon protestant pour recevoir les canons de Trente. Mais vous savez déjà que mon abstention a un autre motif, et que je n'aurais pas songé à utiliser pour moi-même les décrets conciliaires comme un témoignage d'histoire.
Ainsi que je vous le disais dans notre conversation, le concile ne définit pas l’histoire, mais la façon dont il convient que la foi l'interprète. Si l’on y regarde de près, il est aisé de voir les opinions que se faisaient, touchant l’origine des sacrements, ceux qui ont formulé ses décrets. Ces opinions sont en rapport avec la connaissance qu'on avait, en .ce temps-là, des origines chrétiennes, c'est-à-dire quelles sont fort éloignées de celles que professent les historiens contemporains, même catholiques. Je vous citerais des noms, s'ils ne se présentaient d'eux-mêmes à votre esprit. Que les opinions des Pères de Trente aient déteint sur leurs canons dogmatiques, rien de plus naturel; mais ce n'est pas une raison pour que ces opinions s'imposent maintenant à nous, et les historiens dont je parle ne semblent pas avoir eu de scrupule à, s'en écarter.
Le concile ! décrète que les sacrements chrétiens sont au nombre de sept, ni plus ni moins, institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ,
nécessaires au salut, instruments de la grâce
4, Sess. vix, de sacramentis in genere.
divine et la donnant par le fait de leur collation.
Allez-vous inférer de là que le Sauveur, au cours de son existence terrestre, a, par sept fois différentes, attiré l'attention de ses disciples sur sept objets ou sept rites qui devaient être, dans l'avenir, les sept sacrements de l'Église, et qu'il leur a expliqué la doctrine de la grâce, du signe sanctifiant par lui-même, ex opere operato, comme nous disons dans notre latin scolastique? Cette conception peut être une vue de foi, vraie, à sa manière, pour la foi; mais si vous la prenez comme lettre d'histoire, ce sera une opinion absurde et insoutenable.
Vous n'ignorez pas que les théologiens ont déjà parlé, pour certains sacrements, d’institution médiate. Ce n'est pas ce que dit le concile ; mais je ne vois pas d'inconvénient à ce que l'interprétation théologique se mette d'accord avec l’histoire. Les Pères de Trente songeaient à une institution formelle des sacrements chrétiens, comme ils admettaient une institution formelle de l’Église chrétienne, en tant que société religieuse distincte de la Synagogue. A cette société distincte il fallait un culte distinct.
Cependant, il est de toute évidence que
les fidèles du Christ ne se sont détachés que peu à peu du judaïsme, et que leur culte particulier s'est organisé de même. Jésus ne l’a pas livré tout fait aux apôtres. S'il en était autrement, l'Église aurait-elle pu, pendant des siècles, n'être pas fixée sur le nombre de ses sacrements ? Et la définition de Trente ne suppose-t-elle pas derrière elle, non seulement tout le développement du culte chrétien, mais tout le développement théologique sur la doctrine de la grâce et sur la notion du sacrement ?
Si vous mettez tout cela dans l'Évangile, vous supprimez l’histoire, et l'histoire ne se laisse pas supprimer ; vous violentez les textes, et les textes rendent témoignage contre ceux qui les torturent. Vous allez plus loin que n'allaient -les Pères de Trente, qui, n'ayant pas une idée précise de la question historique, ne songeaient pas à la trancher absolument. Le (Catéchisme dit du concile de Trente ! déclare que Dieu a institué les sacrements par le Christ. Une telle façon de parler
AMP RSEL Al.
A. Loisx. — Autour d'un pelit livre. 15
exprime bien la pensée de la tradition ; mais elle montre aussi fort clairement que cette pensée n'est point une donnée d'histoire.
Le concile ! décrète que trois sacrements, le baptême, la confirmation et l’ordre, impriment dans l’âme un caractère ineffaçable ; que tous les chrétiens n’ont pas pouvoir d’administrer tous les sacrements; que les ministres des sacrements doivent avoir l'intention de faire ce que fait l'Église.
Ces déclarations n’ont leur signification que dans l'Église catholiquement organisée, non dans la société évangélique avant la passion du Sauveur. On conçoit que l'initiation chrétienne ne se renouvelle pas, et qu'il en soit de même pour l'investiture sacerdotale. Mais pour qu'il y ait initiation aux mystères, il faut que les mystères existent, et pour qu'il y ait sacerdoce, 1l faut qu'il y ait culte. L'intention de faire ce que fait l'Église suppose que l'Église est constituée et qu'elle se regarde comme interprète des volontés de son fondateur,
Je n'insiste pas sur ce que le concile, sans
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