JEAN, 1v
formulé une théorie du sacrement ecclésiastique. Tous les discours du quatrième Évangile sont, au point de vue chrétien, comme des paroles du Christ glorieux, anticipées dans sa carrière terrestre ; elles sont doncaussi, pour l'historien, une expression du sentiment chrétien, un témoignage de la foi chrétienne.
L'état de la question ne serait pas changé, si le doute qui a été émis récemment à propos des paroles de Matthieu : « les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », se trouvait fondé. On a observé ! que ce passage manquait dans toutes les citations d'Eusèbe de Césarée qui sont antérieures au concile de Nicée. Avant cette époque, Eusèbe aurait citéconstamment le texte sous cette forme : « Allez, instruisez toutes les nations en mon nom, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. » .
Je n'ai pas besoin de vous dire, Monsieur le Supérieur, que le discours se présente ainsi dans un meilleur équilibre. La présence de la formule trinitaireétonnaitles critiques, et beaucoup voyaient
1. CoxyBEare, Zeitschriftfür neut. Wissenschaft, 1901, 275-288.
là un motif de placer la rédaction définitive de Matthieu plusieurs années après le commencement du second siècle, une telle énumération des trois personnes divines, qui serait à peine concevable dans le quatrième Évangile, ne pouvant se trouver dans le premier que par influence de l’usage chrétien. Si le passage est une glose, ce serait, en effet. la liturgie baptismale qui l'aurait suggérée. La formule d'Eusèbe s’accorderait avec les textes de Paul et des Actes qui montrent le baptême conféré au nom de Jésus-Christ.
Faut-il vous rappeler que certains théologiens, de leur point de vue spéculatif, se sont demandé si le baptême conféré au seul nom de Jésus ne serait pas valide? C'est bien ainsi, semble-t-il, que les apôtres l'ont donné d’abord. Mais nous n'avons pas à discuter maintenant cette question de formule.
Il est aisé de comprendre comment l’on a pu agréger à la communauté les premiers convertis du judaïsme, en les baptisant « à Jésus- Christ », et comment on en vint bientôt à agréger les païens, qui avaient besoin d’adhérer au vrai Dieu, en les baptisant «au Père » Dieu, « au .
Fils » Christ et Sauveur, « et à l'Esprit » sanctificateur de l'Église. Toujours est-il que le rite baptismal nous apparaît comme une coutume :
née dans la communauté apostolique, d'après certains antécédents, comme le baptême des prosélytes juifs et celui de Jean, que Jésus luimême avait reçu. Ni Paul, ni l’auteur des Actes ne rattachent cette coutume à une volonté formelle du Christ ; mais ils ne la conçoivent pas autrement que voulue par l'Esprit qui gouverne l'Église, c'est-à-dire par le Christ qui donne l'Esprit.
D'ailleurs, quand le Christ ressuscité envoie, dans Luc, ses apôtres prècher la pénitence pour la rémission des péchés, et quand, dans l'Évangile johannique, il leur communique avec l'Esprit le pouvoir de remettre les péchés et de les retenir, les deux évangélistes pensent au baptême, tout comme Matthieu y pensait, s’il a écrit seulement : « Instruisez les Gentils en mon nom. » Que l'adoption du rite ait été suggérée par l'Esprit aux apôtres, ou dans une vision du Christ ressuscité, l'institution se rattache au Christ de la foi, non au Christ de l’histoire ; et l’historien est autorisé à dire que le premier des sacrements
chrétiens est né seulement avec la communauté chrétienne. C’est donc la communauté qui a réglé les conditions dans lesquelles il devrait être administré, qui l’a rendu nécessaire en l'adoptant comme tel, et qui y a impliqué en même temps toutes les obligations de la profession chrétienne. Pour la foi, ce qu'a réglé la communauté, le Christ immortel et l'Esprit l'ont voulu. Dieu est, dans le Christ, l’auteur de la justification et du sacrement, comme dit le Catéchisme du concile de Trente.
Le concile ! décrète que la confirmation est un vrai sacrement, dont le ministre ordinaire est l'évêque seul.
Il faut que l'Église ait autorité pour régler ces choses. L'historien n’en peut rien savoir. Pendant longtemps, la chrismation a été un complément du baptème ; elle l’est encore dans l'Église grecque, où la bénédiction du chrême est réservée à l’évéque, mais non l'onction sacramentelle. Bien que le rite soit fort ancien, rien ne prouve qu'il ait été pratiqué par les apôtres. Il signifie l'onction de l'Esprit, qui est donnée dans le baptême.