JEAN, xx
mêmes témoignages et de la même façon que la foi à la résurrection ; les deux sont nées ensemble et se sont affermies ensemble par les mêmes causes, la foi antécédente à Jésus Messie et les apparitions qui ont suivi la passion ; les fidèles de Jésus ont acquis en même temps la persuasion que leur Maître était toujours vivant, etqu'il était avec eux, à eux dans la fraction du pain ; et de même que la foi à Jésus Messie supportait la foi à Jésus immortel, le souvenir du dernier repas supportait et déterminait la foi à Jésus présent dans la fraction du pain. Jésus ressuscité était entré dans la gloire de son règne, et la cène eucharistique était l’accomplissement mystérieux, anticipé, du festin messianique où il avait convié ses disciples.
De bonne foi, Monsieur le Supérieur, ne trouvez-vous pas que, si la critique est inquiétante, l’hypercritique a du bon et qu'elle peut même être rassurante ? Que vous faut-il maintenant pour satisfaire aux exigences de la plus rigoureuse théologie ? Admettre ce que vous admettez et ce que nous croyons, à savoir, que, sous ce mouvement dont l'historien ne voit que l’extérieur, derrière ce travail de la conscience chré-
tienne dont l'analyse des textes finit bien par trahir les secrets, dans ces apparitions du Christ et cette foi des apôtres, il y avait réellement le . Christimmortel et l'action del’Esprit. Après cela, vous me permettrez bien de ne pas insister sur l’idée du sacrifice, qui s’est développée naturellement, en partant de l’oblation du pain et du vin qui se faisait dans la cène, et de la mort du Sauveur qui y était figurée et rappelée. J'aurai à revenir plus loin sur’ le sacerdoce.
Le concile ! décrète que la pénitence est un vrai sacrement, institué par le Christ pour la réconciliation des fidèles qui ont péché après le baptême ; que les paroles : « les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et retenus à ceux à qui vous les retiendrez ? », doivent s'entendre du sacrement de pénitence: que la matière du sacrement consiste dans les trois
actes du pénitent, la contrition, la confession et
4. Sess. xi1v, de poenitentia, cn. 1, 3-4, 6-9. 2. JEAN, xx, 23.
la satisfaction ; que la confession sacramentelle est nécessaire et d'institution divine, et que la confession secrète, au prêtre seul, n'est pas étrangère à l'institution du Christ ; que l’absolution est un acte judiciaire, une sentence qui opère la rémission des péchés, et que le pouvoir d'absoudre n'appartient qu'aux prêtres.
Ce sujet de la pénitence a été traité dernièrement par des savants autorisés, qui sont en même temps des personnes fort orthodoxes. On a démontré, par exemple, que la question se posait, vers le milieu du second siècle, dans la communauté romaine, dans l'Église mère et maîtresse, de savoir si un fidèle qui était tombé en un péché grave pouvait être admis à la pénitence ; et l’on a loué chaudement la sagesse du bon Hermas, qui concluait à ce que la pémitence fût accordée une fois, une seule, à de tels pécheurs. Si donc vous ne vous fiez pas à mes renseignements, Monsieur le Supérieur, et je vous engage moi-même à les contrôler sévèrement, vous pouvez demander à quelque docteur, bien sûr et immaculé, si l’idée du chrétien pécheur et absous par jugement ecclésiastique remonte à la prédication du Sauveur; si la pa-
role du Christ johannique sur la rémission des péchés vise directement le sacrement de pénitence ; si la théorie qui voit dans les trois actes du pénitent la matière, et dans l’absolution la
forme du sacrement, peut se prévaloir d'une
origine apostolique; si la confession des péchés commis après le baptême a été formellement prescrite par le Christ ; si le premier âge chrétien a connu la confession privée, au prêtre seul, et comme un sacrement ; si l’absolution ecclésiastique a été regardée d’abord comme une sentence judiciaire.
J'ai exposé, dans le dangereux petit livre, les traits généraux du développement de la discipline pénitentielle, Après ce que j'ai dit du baptême, il ne me paraît pas nécessaire de prouver longuement que Jésus n'avait pas réglé, pendant sa vie mortelle, les conditions de la rémission des péchés commis par les croyants baptisés. Les textes qui concernent la rémission des péchés sont ce que j'ai appelé déjà des paroles du Christ glorifié, soit qu’elles se trouvent dans des discours attribués à Jésus ressuscité, comme c’est le cas pour la parole de Jean que le concile a citée, soit qu'elles affectent le caractère d’addi-
tions rédactionnelles, comme c’est le cas pour celles qui concernent, dans Matthieu, la correction fraternelle et le pouvoir de lier et de délier !. Plusieurs de ces textes ne se rapportent pas à la pénitence ecclésiastique indépendamment du baptême. On peut admettre et il est vrai qu'ils supposent dans l'Église la conscience d'un pouvoir de rémission illimité en principe, et dont il appartient à l'Église de déterminer l'application. Mais, dans les documents évangéliques, c’est le baptême qui est visé principalement.
Comparez avec les tableaux parallèles de Matthieu et de Luc la scène du quatrième Évangile où Jésus donne aux apôtres l'Esprit- Saint et le pouvoir de remettre les péchés : vous verrez que « remettre les péchés », dans la perspective johannique, équivaut à « instruire les Gentils en les baptisant », dans la perspective du premier Évangile, et à « prêcher le repentir aux nations pour la rémission des péchés », dans celle du troisième. Il ne peut être question, dans Luc, de confesser les Gentils, ni