‹ Autour d'un Racine ignoréChapitre 23 sur 71 · TABLEAU CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

Racine ne serait-il pas exposé à perdre de sa perfection esthétique, s'il apparaissait sous d'autres traits ? — Les plus merveilleuses créations du génie humain ont été d'une amoralité absolue. —L'iconographie de Racine. Le Mignard brûlé. Le prétendu Racine de Rigaud. Un faux de Louis Racine. Le portrait de Racine par Santerre. Le buste. — Le de Troy de Langres. — Son authenticité. — Son mérite artistique. — Son histoire. — L'âge de Racine sur ce portrait. — Psychologie selon nombre d'appréciateurs. — Qu'est-ce que la passion ? — Extraordinaires manifestations de haine chez les grands amoureux des tragédies de Racine. — Racine ne ressemble-t-il pas un peu aux êtres qu'il crée ?

— Dites tout ce que vous voudrez de Racine, racontez-nous, de lui, les actes les plus inattendus, mais, de grâce, ne portez pas atteinte à sa merveilleuse beauté d'art. Il n'y a pas plus séduisant que Racine. Au fond, en ce temps de dilettantisme, il est le dieu de ceux qui n'en ont aucun.

Nous soupçonnons infiniment de mensonges dans sa vie ; enlevez-en, si vous croyez la chose indispensable, mais seulement les mensonges laids.

— Loin d'en enlever, des mensonges, je vais en

rajouter, mais des beaux, — de ceux dont nous rafollons. Nous adorons en effet le mensonge arrogant, celui qui s'épanouit triomphal, éclatant. Un franc mensonge, mais c'est beau comme une belle panthère, comme une belle tempête, une belle bataille, un beau crime.

Manon n'est vraiment ravissante qu'au moment où elle répond aux cris de rage de des Grieux par son joli mensonge : « Je te jure, mon cher chevalier, que je ne pense qu'à la fortune de nos amours ! » C'est le suprême de Tart ; aussi n'y a-t-il pas de femme plus exquise, plus adorée que Manon. Nous l'aimons tous '. Qui sait? Peut-être un jour, de tout le xvii° siècle ne subsistera-t-il, que Racine, — de tout le xviii', que Manon. Et savez-vous leurs rapports: le père et la fille !.. Mais oui, c'est Brunetière qui nous Ta dit, Brunetière se livrant, une fois de plus, à une recherche de paternité littéraire, et avouant : « La fille de Racine... c'est Manon I »

Aussi, rassurez- vous. La dernière chose à quoi je songe c'est à faire avouer Racine?.. Je sais trop qu'il n'y a de vraiment laid que le mensonge qui s'humilie. Témoin une célèbre affaire où, sur cent quatre, un seul avoua. Que celui-là fit piteuse figure, alors que ses complices rebondissaient — très haut ! Ils n'avaient pas avoué.

Ce à quoi je m'efforce, c'est à faire entrevoir quel délicieux artiste en ruses infinies, veloutées, fut Racine, ce Racine de qui tant de fois Sarcey, Faguet, Sardou ont dit l'étonnante « malice ».

Racine est l'homme le plus malin qui ait jamais

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