‹ Autour d'un Racine ignoréChapitre 32 sur 71 · Article au Correspondant, 1887 (Henriet · texte numérisé non relu

Article au Correspondant, 1887 (Henriet

giques, livre de classe, ayant appartenu à Racine, qui, de sa belle écriture claire et si reconnaissable,y a mis son nom et beaucoup de notes dans les marges*. Du reste les gloses sont déjà de la façon, et dans le goût un peu pédant de celles qu'il tracera plus tard en marge de ses livres de grec à Port-Royal. D'où viennent ces Géor giques ? Que ce soit du collège de Reauvais ou de celui de La Ferté, elles ont, au point de vue de la psychologie de l'enfant, la même signification ; cependant, il serait plus probant, au point de vue de sa précocité (réputée, mais dont les preuves directes n'abondent pas)^ que ce livre datât de La Ferté. Or, il est probable — oh, pas plus 1 — qu'il vient de La Ferté. En effet, il fut découvert à Glermont. Pourquoi vouloir que ce classique, dont évidemment Racine s'est défait, afin, lui si pauvre, d'en tirer quelque menue monnaie, ait été transporté de Reauvais à Glermont ? Il est tellement plus simple de supposer que, apporté là, il n'a jamais quitté Glermont! Et voici, en ce cas, l'explication que je propose. Racine savait qu'il n'aurait pas besoin des Géor giques à Reauvais, mais n'avait pas osé, (ou pas pu), les vendre à La Ferté. Il s'arrêtait à Glermont, y passait un ou deux jours'; pendant ce petit séjour, il « réalise» sans risque ce livre inutile. G'est à Reauvais qu'il eut la tempe gauche défoncée ^

1. 11 ne paraît pas que l'on se soit encore donné la peine de rechercher l'âge des diverses écritures de Racine, ce Racine dont l'écriture s'esrt encore plus modifiée, dit M™» de Sternberg, que celle de Goethe.

2. Probablement au couvent des dames de Fontevrault, qui avaient une filiale à La Ferté. G'est à ce même couvent de Glermont que, plus tard, Racine donnera une de ses filles.

3. Qu'il ait survécu à une telle blessure prouve, paraît-il,qu'il avait

Quant à Port-Royal, nous avons, sur le séjour qu'il y fit, une anecdote qui, au point de vue du caractère, montre chez Racine, quand il demeure chez des gens dont il est Tobligé, des allures provocantes.

Rappelons l'anecdote d'abord, comme la conte Louis Racine. L'étudiant s'est emparé en cachette d'un roman grec trouvé dans la bibliothèque d'un de ces messieurs, Théagène et Chariclée. Lancelot, le sacristain, le surprend, confisque et brûle le livre; Racine en fait acheter un autre, lequel subit le même autodafé. Il s'obstine, se procure un nouvel exemplaire, l'apprend tout entier, et, alors, se venge orgueilleusement en allant dire à son maître: « Tenez, vous pouvez encore brûler celui-ci : je le sais par cœur ! »

Or Théagène est un très gros livre grec — six-centvingt pages — On ne pouvait s'en procurer que très difficilement un nouvel exemplaire, puisqu'il eût fallu, pour l'acheter, dépêcher un exprès à Paris. Enfin, impossible de l'apprendre par cœur ; sans compter que c'eût été vraiment un procédé bien étrange que celui de détruire ainsi un livre de valeur. Est-ce que, vraiment, vous voyez ce sous-ordre, ce sacristain, jetant ce livre grec aux flammes? Le détruire! et pourquoi donc? Il n'avait donc pas sa valeur d'art.

une ossature bien vigoureuse. Encore un détail qui le relie plutôt aux Sconin qu'aux Racine.

Dans son discours à la Ferté-Milon (2 oct, 1910) M. Jules Lemaître, qui avait annoncé (dans son Fe?ie7o?i) posséder d'abondants documents sur l'enfance de Racine, en a été réduit, pour pouvoir seulement en citer nn, de transposer de Beauvais à la Ferté l'épisode de la rixe durant la Fronde et de la blessure .

ce livre ? Il déshonorait donc la bibliothèque où Racine V avait dérobé ?... Et puis qui l'aurait brûlé ? Pas le propriétaire du livre ? Pas quelqu'un à qui il n'appartenait point, car alors, c'eût été fort indélicat ? Les religieuses ? Elles ne comprenaient pas le grec !... Et d'ailleurs, à Port-Royal, les sexes étaient soigneusement séparés... Alors qui ?

L'histoire est, d'un bout à l'autre, d'une invraisemblance criante. Où le jeune homme, d'ailleurs, eût-il trouvé l'exprès qui, à franc-étrier, de l'or en poche, fût allé deux fois à Paris acheter — et sur quel marché? — cette rare denrée.

Cependant quelqu'un, en Sorbonne, continue à enseigner cette puérilité. Pourquoi?... C'est facile à deviner.

Racine, unique ^ élève de ces Messieurs, traité en benjamin, peut librement pénétrer dans leur bibliothèque, feuilleter leurs livres, qui tous sont des classiques, mais classiques aussi médiocrement moraux que peuvent l'être des ouvrages écrits par ces tranquilles impudiques que furent les Grecs.

Racine a donc, un jour, emporté ce roman, et, — comme il n'est pas un enfant — encore une invention que Racine enfant quand il est à Port-Royal — , comme ce qu'on appelle alors « roman » veut dire tout simplement (nous l'avons vu) « récit à la belle manière antique » personne n'en fait reproche à un étudiant qui cherche très légitimement à perfectionner son savoir de fin helléniste ^

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