Et celle de trésorier de France cent quatre-vingt mille
si l'on ne remarquait ce témoignage de la grande bonté de Racine : les chevaux du carrosse sont hors d'âge ! Est-ce qu'on ne trouve pas que ce hors d'âge met ici une noie d'humilité et de bonhomie ?
Il y a une batterie de cuisine superbe, des tapisseries innombrables de Bruges, de Perse, des Indes, de Bergame, de Hongrie. Une chaise à porteur pourpre, avec glaces. Sa chambre, celle même où il avait aimé l'actrice (à qui il fera une si brutale oraison funèbre \ la chambre a toujours de belles étoffes d'or. (En quoi donc étaient les étoffes au temps de la courtisane ?)
Il y a des tableaux, des glaces de Venise.
M. et M"' Racine font pénitence, dans des robes de chambre pourpres chamarrées d'or. Oui, quand Racine en son oratoire rime un cantique, verse un pleur sur une « vèture » prochaine ou sur la misère du peuple, il porte une toque de satin garnie d'or et une robe de chambre velours et or. Tout cela de couleur pourpre, la pourpre romaine, les couleurs même de l'orgueilleuse Ferté.
Quelle humilité!... « Mon père était alors tout en Dieu », nous affirmera Louis.
C'est ce détachement qui va lui inspirer de devenir seigneur de La Ferté-Milon. Il s'efforce, en effet (nous le voyons dans sa correspondance), d'acquérir le très beau château de Silly, toujours possédé par de grands personnages.
Mais une conséquence de cet achat atteindrait sa
1. M. Jules Lemaître fait observer qu'une maîtresse qu'on a oubliée depuis dix-sept ans... Mais, cher maître, voyons, comment pouvait-il l'oublier? il habitait chez elle .'
femme, — et le projet échoue. Un fief, au décès du titulaire, devient, par le droit féodal, majorât du fils aîné. Or Racine est malade... Madame prévoit... Voilà ce qui empêchera Racine de s'affubler d'une superbe seigneurie...
N'est-ce pas l'instant de nous remémorer cette pensée notée par lui à vingt-deux ans? « Le monde, une grande bête!... On étudie ses inclinations; on appelle bon ce qui lui plaît, mauvais ce qui lui déplaît. »
Oh oui, une grande bête ! Et comme il est sûr de cette immense bêtise, celui qui va nous fabriquer le faux procès Boileau!
Car il y a, de la main de Racine, un faux procès Boileau, autre comédie des Plaideurs, comédie qui Jamais ne vit les chandelles de Melpomène, mais celles de Thémis.
Le 1°' octobre 1684, Boileau faisait remontrer aux maîtres des requêtes ordinaires de THôtel du Roy, juridiction spéciale instituée pour juger les différends qui s'élevaient dans le personnel de la maison du Roi, que le 13 janvier de l'année précédente il avait prêté à Racine une somme de 3.000 livres et n'avait pu, malgré ses réclamations, être remboursé, ce pourquoi il demandait contrainte contre icelui.
Le 16 octobre la Cour condamnait Racine. Pour Fexécution de la sentence, Boileau, après avoir constitué domicile en la maison de maître Prieur, employa le ministère de Lisouard, huissier rue Bour-de- Brie. Le 18 octobre, l'huissier faisait commandement de par le Roy nostre Sire au dit sieur Racine de
bailler lors présentement au dit sieur Boileau ladite somme de 3.000 livres ^
Racine se déclara de payer refusant. Alors Lisouard déclara que sa « partie » se pourvoirait à l'encontre de lui par saisie de ses immeubles ainsi qu'elle verrait être à faire par raison, cela en présence de deux recors .
Aussi à la requête dudit sieur Boileau, dès le 19 octobre, Thuissier Lisouard se transporta exprès en et au dedans d'une maison sise rue de la Grande- Friperie et rue de la Petite-Ghausseterie, portant pour enseigne le Chat et occupée par la veuve Rondelle. Alors, armé de la sentence, il saisit actuellement et de fait met en la main du Roy nostre dit seigneur, et de justice, le fonds et tréfonds de ladite maison. Puis la saisie est affichée et annonce est faite de la vente ultérieure au plus offrant et dernier enchérisseur.
Racine s'obstinant à ne pas payer, l'huissier se transporta quatre fois de quatorzaine en quatorzaine à la porte de Saint-Eustache, et là, à haute et intelligible voix et cri public, il déclara que ceux qui auraient des droits sur icelle maison devraient le déclarer incontinent, faute de quoi ils seraient déchus. Quatre sergents à verge du Ghâtelet assistaient à la criée et arrêtaient les plus notables paroissiens requis comme témoins, tels que le duc de Gharost, Louis Bouret, avocat au Gonseil, Jacques Favier, échevin.
Mais alors Racine intervint, argua les opérations d'irrégularités et s'opposa à la vente. Le prévôt de