‹ Autour d'un Racine ignoréChapitre 38 sur 71 · Revue de Paris · texte numérisé non relu

Revue de Paris

Paris déclara cependant les criées bonnes et valables, parfaites suivant les us, style et coutume de Paris.

Il y eut appel de Racine devant la Cour des requêtes. Il fut débouté.

Enfin, le 29 janvier 1685, il fut ordonné que Tadjudication aurait lieu le 22 février 1685. Ce jour-là, la maison fut adjugée à Boileau sur une enchère de 4.000 livres ; mais l'adjudication ne pouvait être définitive que si, dans le délai de quarante jours, aucune enchère ne se produisait. A cet effet les curés de Saint-Barthélémy et Saint-Eustache lurent en chaire l'annonce de ladite vente à 4.000 livres (Le drôle de prône !).

Des surenchères furent portées. Alors la vente définitive fut fixée au 5 juillet. Ce jour-là, les enchères s'élevèrent à 18.400 livres (environ 100.000 fr. d'aujourd'hui) et l'adjudication fut prononcée au profit de maître Prieur qui se réserve seulement de faire connaître pour qui il était adjudicataire. Et à l'instant ledit Prieur s'étant transporté au greffe, déclara que l'acheteur était... le sieur Jean Racine!

Un coup de théâtre, car Prieur est l'homme de Boileau. Mais Prieur déclare que Boileau viendrait le lendemain expliquer la chose. Et en effet Boileau déclara qu'il avait été payé de sa créance intégralement. Alors la Cour ratifia Tadjudicalion à Racine, à charge par lui d'acquitter tous les frais et dépens du procès. (Celui-ci avait duré dix mois.)

Dénouement excellent !

Gomment s'expliquait-il?Voici, Racine avait acheté bon marché en 1681 la maison de la rue de la Grande- Friperie, — bon marché, CM que V origine de propriété

en était discutable. Mais, fin chicanier, il s'était ingénié à réparer les irrégularités. Or il avait fini par trouver que le seul bon moyen était de tenir sa maison, non d'un particulier, mais de la Cour de Paris. Comme cela, sa jouissance ne serait pas troublée. 11 y avait quelques centaines de livres à dépenser, une procédure longue, coûteuse et compliquée, à entamer mais peu importait, puisque Racine n'avait pas payé cher sa maison en 1681.

L'opération fut habilement menée et tout le monde, juges et bons bourgeois, y furent pris, à preuve les nombreuses enchères des assistants à l'adjudicalion. La comédie avait été très bien jouée par les deux plaideurs de marque... et de masque.

Racine avait-il été l'inventeur d'une procédure si ingénieuse?... On ne le peut croire. Il créait peu. Il utilisait... Toujours est-il que bientôt son amie, M"" de Maintenon, ayant fait, à son tour, une riche acquisition de maison de rapport, et redoutant des irrégularités, demanda à son homme d'affaires d'imiter la petite comédie Boileau-Racine. Seulement, elle, la veuve Scarron, n'avait pas autant à redouter que la Cour ne découvrît le pot-aux-roses...

En tous cas, pour ce qui nous touche ici, on remarquera combien M. Antoine Lemaître avait vu juste quand il appréciait que Racine était bien plutôt né pour les intrigues de la procédure que pour l'état ecclésiastique.

Racine, en effet, est très habile, non seulement au théâtre, non seulement à la Cour, mais aussi et plus encore dans ses affaires d'argent. Ce qui frappe, c'est combien il est soigneux, minutieux, attentif aux précautions, ce poète ! Et, dans sa préface des Plaideurs

il prendra un air détaché, rêveur, insouciant, à l'égard du procès qu'il vient de perdre quant à son prieuré d'Épinay* I

Mais si Racine témoigne d'une si rare dextérité pour la défense de ses intérêts privés, s'il est si âpre, si retors, si madré, est-ce Peffet de sa soi-disant conversion? Ce serait pour se punir? Singulière pénitence! Non! Tout cela c'est de l'intrigue. Partout, sur la scène, à Versailles, à la ville, au Palais, dans sa famille, il joue au plus fin...

Pour être complet il faut parler un peu des rapports de Racine avec ses amis.

1. Oh oui, Racine se connaît en hommes. La lettre 84 le prouve. Sa sœur, pour faire une petite économie de port (les lettres coûtaient cher à envoyer) lui a adressé une missive par un jeune homme que Racine ne connaît pas. Cette lettre apprend à Racine qu'il doit dix louis à sa sœur. Gela l'humilie. (« J'étais fâché de vous voir avancer de l'argent pour moi. ») Le jeune porteur, retourne à La Ferté. C'est une occasion et une occasion économique... Mais de ce qu'il est bon pour une lettre ordinaire, est-il bon pour porter dix louis? C'est à voir... Alors Racine, bon apôtre, offre un verre de vin, entre en conversation. Il apprend ainsi que ce jeune homme a été chargé par M"" Rivière d'apporter à Paris de l'argenterie pour en faire des fonds et qu'il repart avec l'argent — une forte somme. Cela devrait suffire à lui inspirer confiance. A vous, cher lecteur, cela suffirait n'est-ce pas? Oui mais Racine ne s'en contente pas. Il fait jaser longuement son homme ; il l'observe, l'étudié, le juge à « sa mine », à ses « manières ». Finalement il se décide à lui confier ses dix louis. Tout de même, dès l'arrivée, sa sœur « devra lui écrire si elle les a bien reçus... »

Non! Il n'est pas bohème, notre poète. Il est très ferré sur le Code. Il aime les choses de droit. Dès lors les Plaideurs doivent beaucoup servir à deviner le vrai Racine. Racine doit être dans cette pièce...

En tous cas, ceux qui, cherchant Racine, négligent de questionner les Plaideurs risquent de se tromper.

Ses amis!... Disons ses belles relations, car Racine n'eut pas d'amis, nous l'avons vu; Boileau est un mentor et non un ami *.

Ouvrons donc la correspondance générale (vol. VI et VII de l'Édition des Grands Écrivains.)

Ici M. Mesnard va mettre de bien curieuses notes au bas des pages. Il s'exaspère contre l'obséquiosité de Racine. A chaque instant il semble dire: « Quoi! C'était cela^ Racine ! »

Prenons, par exemple, la lettre où Racine félicite le maréchal de Luxembourg(son ami, — un bon client de la Voisin, celui-là), de la bataille de Nerwinde.

A Marly, le 4 d'août 1693.

Voici un billet que M'"^ de Maintenon..., etc.. Et je sais qu'aujourd'hui à Saint-Germain, elle a parlé de votre victoire comme de la plus (grande action qui se soit faite de tout le règne du roi...

(Ici M. Mesnard ne peut s'empêcher de protester : il est bien invraisemblable que la prudente et circonspecte Maintenon ait dit une chose qui ravalait autant les précédentes victoires du règne. Remarquons que cela ravale Turenne, ravale Gondé — Gondé à qui Racine doit tant ! Mais Gondé et Turenne sont morts...)

(Suivent quatre pages sur << les transports et les ravissements » de tout le monde devant les détails

1. Si! dans la seconde partie de sa vie, Racine a un ami, un gendarme, Cavoie !

merveilleux de cette prodigieuse action. Il supprime absolument tout le mérite des officiers et des soldats — or, selon les critiques militaires d'aujourd'hui, cette action fut fort ordinaire et Luxembourg, d'après Napoléon, était un pauvre général.)

On voit bien qu'après Dieu, comme on dit, vous ne devez votre gloire qu'à vous seul.

(Ici M. Mesnard se demande quel chrétien est donc Racine : après Dieu, comme on dit!)

Le maréchal a précédemment écrit une lettre sur sa victoire : Racine Ta lue à des amis :

Que de nouveaux sujets nous avons trouvés de vous admirer! Nous étions forcés de nous écrier à chaque ligne : quel homme, quel courage, quelle grandeur d'âme, et en même temps quelle tendresse pour ses... (soldats?) (non!) ... amis/(dont moi, Racine). J'avais à tout moment les larmes aux yeux, je pleurais de joie, d'amitié et de reconnaissance.

(Et maintenant ce mot, qui va frapper de stupeur le biographe, si peu d'illusions qu'il ait encore sur rhumilité de Racine :)

Votre lettre (si bien écrite), je ne crois pas que, de ma vie j'aie rien vu qui m'ait tant humilié J

(Quand quelqu'un écrit très bien, cela humilie Racine. Ici M. Mesnard gourmande sévèrement Racine.)

— Mais enfin, tout de même, il est dévot et c'est, dit-on, une vertu que la dévotion.

D'abord il n'y entrera que petit à petit, dans la dévotion. Son ami Valincour dit : « Dans les dernières années de sa vie la piété dont il faisait profession l'avait porté à se modérer (sur les méchancetés). » Et puis, avoue M. Mesnard, il ne remporta du moins sur lui-même qu'une victoire très imparfaite, et Ton était en droit d'attendre plus. Racine a porté la peine de ces manquements assez étranges pour un converti. Ce serait alors une conversion à échelons, et le premier échelon n'engageait pas à grand'chose '.

Du reste la sincère dévotion, c'est-à-dire la piété, n'est morale que si elle s'alimente d'indulgence, de dévouement aux êtres qui souffrent. Donner tousses soins, le plus clair de son bien et tout son cœur aux autres, oui c'est méritoire.

Mais, auprès d'une Cour où la dévotion est le sûr moyen d'assurer sa faveur, faire des génuflexions, s'agenouiller, marmotter des patenôtres, puis rester d'âme mauvaise, magnifiquement assouvir son orgueil, se charrier dans la pourpre, tout cela ne suppose aucune vertu.

Qu'a donc fait Racine ?

1. En voici la preuve bien nette. Racine en 1687 écrit à Boileau et raille quelqu'un qui est dans la dévotion. Il n'y est donc lui-même (du moins au regard de Boileau) que peu engagé réellement. Dio; ans a/jrès la soi-disant conversion, il n'est encore qu'un petit dévot.

« M. Rose m'avait dit de vous mander de sa part qu'après Dieu le Roi était le plus grand médecin du monde, et je fus même fort édifié que M. Rose voulût bien mettre Dieu devant le Roi : Je commence à soupçonner qu'il pourrait bien être en effet dans la dévotion. » Il s'agit de la dévotion proclamée, « de la dévotion à directeurs. »

La grande dévotion, dit Louis Racine, obligé parfois de se démentir, n'arriva qu'après Athalie.

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Inquiet, tremblant pour son sort dans l'autre monde, Racine s'y assure, par la dévotion, par « un sacrifice d'Abraham » (il met ses filles en religion) une existence confortable et capitonnée. Mais, icibas, il n'a pas fait acte de chrétien^ ne s'étant pas sacrifié. ■« Le royaume deDieun^estpas de ce monde » répète le chrétien. Est-ce cela, Racine ?

En résumé il ne semble pas s'être vraiment converti — à aucun moment. Il a bien plutôt pris le parti que lui conseillait son intérêt, le parti qu'imposaient à ce traditionnaliste, les immuables traditions de sa race '.

1. M. Jules Sageret a écrit une remarquable étude sur les grands convertis parmi lesquels il ne range pas Racine, traitant plutôt des convertis contemporains. Mais son livre est à lire pour qui veut se rendre compte de quoi est faite une vraie conversion.

Je note cette remarque que tous les convertis vont naturellement à la religion vers la cinquantaine, et l'évolution se fait en eux fatalement parce que traditionnalistes. Or Jules Lemaître a dit que Racine était avant tout traditionnaliste. M. Sageret montre aussi que tout monarchiste est un dévot virtuel, de conviction ou de politique, car tout est devenu monarchique dans l'Eglise, — si tout est antimo. narchique dans l'Evangile.

Et cette obligation de conversion — sincère ou pas sincère — sera d'autant plus étroite dans un État et à une époque où se pratique la religion d'État.

(D'ailleurs, à ceux qui soutiennent que Racine aurait pn s'épargner déjouer les gestes de la dévotion, nous demanderons de nous indiquer un seul des familiers du roi qui ne fût pas du « clan des dévots.»)

Notons ce mot que l'historien des vraies conversions applique aux êtres sincères qui se sont convertis sans trouver profit à ce changement. « Celui qui rentre ainsi au giron de l'Église ne le fait pas sans de longues disputes intérieures. »

Or personne, pas même M. Gazier, n'a encore pensé à nous faire assister aux longues disputes intérieures qui, au début de 1677, en un clin d'oeil, amenèrent Racine à épouser Catherine de Romanet.

Enfin rien de plus mélancolique, n'est-il pas vrai, qu'un renoncement. Je voudrais bien qu'on nous montrât la mélancolie du renoncement de Racine ?...

Enfin Racine ne peut pas avoir été un vrai dévot, puisqu'il vivait

Notez que ses enfants feront exactement, de leur côté, ce qu'eût fait tout bon Milonais à leur place. Trois filles, et cela devenait rare à Paris, se sont faites religieuses ; Louis entrera dans une charge, après avoir réussi le mariage richissime. Très Milonais, tout cela !

Pour ceux qui croient que ce sont souvent les petits faits intimes qui nous livrent le mieux les hommes, parlons aussi de cette vanité d'armoiries qui va saisir Racine au moment où il est, soi disant, tout eu religion. Ces armoiries vont lui coûter fort cher ' — car

à la Cour parmi les dévots. Or quelqu'un qui connaissait à fond la Cour et mieux encore l'âme humaine jusque dans ses profondeurs, ce grand seigneur sceptique aux yeux clairs, La Rochefoucauld nous a dit que le plus sûr moyen de cesser d'être un dévot sincère est de fréquenter les dévots. « Le dévot dégoûte de la dévotion ». Racine vivait parmi les dévots: il ne pouvait donc être dévot que d'apparence.

1. Les armoiries de Racine ont beaucoup servi à prouver sa bonté. Voici le cliché : « 11 était si doux qu'il tint à retirer de l'écu de ses armes le rat à cause de la méchanceté de cet animal, et il ne laissa que le cygne, doux et gracieux emblème de son âme. » Le cygne un animal doux!... Enfin, soit, Racine a eu cette illusion zoologique...

Mais est-ce bien pour la méchanceté du rat qu'il a retiré cet animal? N'a-t-il vraiment gardé comme armoiries qu'un doux cygne ? Demandons-le-lui. Ouvrons sa lettre à sa sœur du 16 janvier 169" (deux ans avant sa mort ; il est donc en pleine humilité chrétienne). Un édit vient d'obliger ceux qui veulent avoir des armoiries sur leur vaisselle, leur carrosse, leur sceau, à payer une taxe de vingt-cinq francs (environ cent francs de nos jours). Racine n'hésite pas à payer cette somme, car il a ses armes parlantes.il explique à sa sœur qu'il va lui falloir reproduire ces armes avec exactitude; or, lui, il les a modifiées. Quelles étaient au juste les armes du grand-père ? 11 y avait un rat, oui. Lui, Racine, l'a enlevé, car sa laideur choquait. Oh! s'il avait été un sanglier, bête noble ! Si même ce n'eut été qu'une tête de sanglier, hure et boutoirs « en place de ce vilain rat » ! 11 demande donc à sa sœur de faire des recherches.

En attendant c'est bien, depuis 1680, c'est-à-dire, postérieurement à son entrée en douceur et humilité, depuis qu'il est tout à Dieu, qu'il

il y avait impôt sur les armoiries et ces armoiries comme il gémissait qu'elles ne continssent qu'un cygne et non une « bête fauve » (sic) il les surmonta de deux vautours. Voilà du moins par quoi il se symbolisait...

Il y a une histoire, (une seule) sur laquelle on s'attendrit de la façon la plus touchante. Racine âgé, ayant passé huit jours à Versailles, rentrant chez lui, harassé et malade du foie, reçoit à l'improviste la visite d'un grand seigneur qui voudrait l'avoir à sa table. Racine va à la cuisine, en rapporte une grosse carpe et dit : « Monseigneur, mes enfants se faisaient une telle joie de la manger avec moi. »

Là-dessus, tous ceux qui jamais ne se décideraient à manger de la vieille carpe, aliment insipide, versent une larme sur l'excellent cœur de Racine!...

— Mais, dira-t-on, voyons, est-ce que vous ne chargez pas un peu le tableau ? Cette carpe qui... — Je ne charge point. Cette carpe est tout ce qui prouve la tendresse de cœur de Racine. En voici la preuve: le pauvre M. Mesnard arrive à la fin de sa biographie ; il a été chercher la tendreté de Racine dans sa vie et dans ses tragédies. Il est revenu les mains vides...

Heureusement la carpe est là : (Pesez bien tous les mots !)

Dans la jeunesse de Racine nous avons été embarrassés (sic) pour reconnaître la trace de la sensibilité que supposent (5ic) ses écrits. Ici elle est visible et l'âme du poète

s'est composé des armoiries selon son rêve : un petit cygne soutenu par deux gros « oiseaux de proie »... dit M. Mesnard!

se révèle : le tendre Racine est tout entier dans son amour paternel... Tout le monde sait l'histoire de la belle carpe mangée en famille...

Une tendre âme de poète qui se «révèle» dans une vieille carpe !

Encore un trait de flagornerie ',non plus de Racine — cette fois — mais de la critique envers Racine.

Supposez un artiste très couru.

Un jour il réunit ses enfants et, pour les mûrir, leur donne une leçon pratique : « Vous voyez, mes enfants, comme on se dispute ma personne. Vous croyez peut-être que si l'on me goûte autant c'est parce que je fais de magnifiques statues. Erreur, erreur profonde! Je réussis à plaire par... ma dextérité. Partout où je suis reçu, j'accable les gens de compliments, j'ai Tair de les admirer. Voilà mon secret. Ce n'est pas mon génie qu'ils goûtent, c'est ma flatterie... »

Que penserez-vous de cet homme !

Eh bien Racine disant exactement la même chose à ses enfants, on s'extasie : « Oh 1 quelle tendre modestie 1 Quelle humble délicatesse ! »

Oui, on a appelé cela délicatesse...

On a encore l'habitude de reproduire ce passage de l'abbé Prévost, qui, plus que personne, a fait de Racine une sorte de fondant, de sorbet à la Berquin.

« La tendresse qui règne dans les tragédies de

1. Celle de Racine envers le roi indigne Sainte-Beuve. M. Jules Lemaître a une expression exquise pour la qualifier : « C'est du loyalisme amoureux ! »

Racine doit être attribuée à ce que le poète ne manquait jamais, avant d'écrire quelque chose de tendre et de touchant, de monter s'inspirer auprès de sa tendre femme en la caressant. »

Si toute la tendresse de Racine se réduit à ce que lui inspira pour 5ri^a;i/iicMS la femme qu'il n'épousera que DIX ANS PLUS TARD, qu'cst-cc qui en reste?

M. Faguet s'est d'ailleurs chargé d'exécuter — comme il sait le faire — les critiques qui parlent encore aujourd'hui de la tendresse de Racine : « On a sottement dit que Racine était, comme génie dramatique, un tendre : c'est un terrible ! »

Nous ne parlons point de la disgrâce ou demi-disgrâce de Racine vers 1698. Ce qu'on en sait — bien peu de chose 1 — ne montre chez lui qu'humble servilité envers la veuve Scarron. Gela ne nous apporte aucun trait nouveau de caractère. Et puis, il faudrait d'abord être sûr que le coup ne partait pas de M"" de Maintcnon elle-même ^.. Eh! Eh 1 quand elle aurait voulu se venger de la fameuse épigramme : « Il eut peur de l'enfer, le lâche, et je fus reine 1 »

Si l'on avait le loisir de tout envisager, de tout approfondir en Racine, comme on se dirait qu'il y a peut-être ici un problème psychologique à démêler. Racine s'est adressé à M"" de Maintenon, comme négociatrice ; l'a-t-il choisie par ruse? Examinons cela!

1. Le Jules Lemaître de Racine ne le pensait pas, mais le Jules Lemaître de Fénelon le dit formellement. « M"' de Maintenon lâcha, Fénelon comme elle avait lâché Racine ».

Il voudrait bien, à ce moment, ressaisir un roi infidèle, qui lui échappe; mais il redoute, comme imprudente, une démarche engagée par un tiers, démarche que M"" de Maintenon n'apprécierait pas, dont peutêtre elle prendrait ombrage. Il se résigne donc à user de celle qu'il croit, qu'il veut croire encore, une amie.

Sommes-nous bien sûrs que M°" de Maintenon ne garde pas rancune à Racine de la faveur unique, faveur inouïe dont il jouissait en 96 et 97, alors qu'il passait souvent sa nuit dans la chambre royale, occupant une place qu'il n'eût pas dû occuper. Alors vindicative — qu'on se souvienne de quelle haineuse race elle sort! — très adroite, très femme, elle laisse peut-être croire à Racine, qu^'il a encouru une disgrâce entière, alors qu'il n'y a qu'un froid, — mais un froid dont elle est l'auteur.

Pourquoi pas ! Louis XIV a paru très sincèrement désolé de la mort de Racine; on en peut, ce semble, conclure que Racine s'est trompé, en pensant que le roi Tavait disgracié.

Racine a dû être « encouragé » à se tromper...

Oui, il peut bien y avoir là un drame intime, poignant, que la postérité, devant qui Racine ne va cesser de grandir, souhaitera d'écrire quelque jour...

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