‹ Autour d'un Racine ignoréChapitre 41 sur 71 · THÉRAMÈNE A HIPPOLYTE · texte numérisé non relu

THÉRAMÈNE A HIPPOLYTE

Dites-moi, seriez-vous du nombre des vivants, Auriez-vous de lauriers la tête couronnée, Si la belle Antiope...

Et cependant Racine va dire :

Vous-même où seriez-vous...

Si toujours Antiope...

D'une publique ardeur n'eût brûlé pour Thésée *.

Et maintenant quelques mots de VUippolyte de Bidar, lequel paraît avoir été un compatriote de Racine.

1. Avant nous, M. Remy de Gourmont avait bien marqué sa surprise de ces emprunts à Gilbert.

Ici nous avons un truchement : le bibliophile Jacob, à défaut de M. Mesnard (qui, sans doute, n'a pas pu se résigner à encombrer ses bas de pages de ce que Racine devait à ce Bidar, auteur joué, par la troupe « de M. le Prince », le 25 janvier 1675, la même qui jouait à la cour de Villers-Cotterets).

Il est resté confondu des pillages auxquels Racine s'est livré :

« La tragédie de Bidard est remarquable par la conduite de quelques scènes et par l'intrigue, mais de style inégal et incorrect. Ici Phèdre est moins choquante. Elle n'a pas encore épousé Thésée, donc poinl d'inceste. Lorsque Phèdre accuse Hippolyte, celui-ci répond avec noblesse aux malédictions de son père qui le presse d'avouer :

Je vous ai dit seigneur, que je suis innocent!

«Racine s'est souvenu, /)/us d'une fois, de cette tragédie, en composant la sienne. Il a eu le bon goût de ne pas imiter certains vers dans le récit de Théramène:

Mais dans ce temps, la mer fait un nouveau fracas :

D'un bruit affreux, perçant, on se sent l'âme émue ;

On voit des rochers d'eau s'élever à la nue,

Et dedans ce chaos un monstre furieux

Chasse la nuit des feux qui sortent de ses yeux..

Le monstre en fureur de se voir attaqué,

Ouvre l'affreux cercueil du bras qui l'a manqué : Une gueule béante, écumeuse et Uvide.

« Du moins, le mouvement de ce morceau, quelques expressions, et, surtout la fin du discours d'Hippolyte, sont reproduits {sic) dans la tragédie de Racine. »

En effet ! D'abord Phèdre était venue demander la grâce d'Hippolyte, dans cet Hippolyte avant Racine...

(Dire que les commentateurs avaient, à l'unanimité, trouvé ce mouvement très racinien...)

Puis ceci de Bidar :

Ce prince avec effort ouvre enfin la paupière Et tournant dessus moi la mourante lumière Qui reste dans ses yeux...

De Racine

11 ouvre un œil mourant qu'il referme soudain

Dans l'une et l'autre pièce Hippolyte expire en pensant à son Aricie, et suspend la phrase au même point.

Si, dans Sénèque, Phèdre se tue d'un coup d'épée, dans Bidar elle s'empoisonne... comme chez Racine.

Evidemment, Racine est fatigué, très fatigué '...

Voici qui ne dément pas cette supposition.

On a remarqué bien des fois — Voltaire entre autres — que Racine a commis à la fin de Phèdre, une énorme faute. On a même dit que, si Phèdre apparais-

1. Je crois que le plus racinien de nos critiques (j'entends le plus amoureux de Racine i, M. Anatole France, n'est pas trop désolé que le récit de Theramène soit peu de Racine. Peut-être en est-il même assez satisfait. Je me souviens qu'un jour il m'interrompit : « Il y a quand même un vers dans ce récit qui ne peut être que de Racine : « Elle voit Hippolyte et le demande encore... » En effet, Racine, du moins, n'a point emprunté ce beau vers.

sait aujourd'hui à la rampe pour la première fois, toute la critique, la lui reprocherait. — «Quoi ! le pauvre Hippolyte n'a plus, dites-vous, d'asile?., mais si ! car vous venez de lui en préparer un, très renommé et très sûr : « Aux portes de Trézène est un temple sacré...

Ce temple est bien mieux qu'un asile ; il est Tendroit où rimposture est confondue, où la vérité éclate. C'est à cela — à cela seulement — qu'il sert.

(Je sais, pour avoir plusieurs fois causé de Racine avec le si merveilleux homme de théâtre que fut Sardou*, qu'ici la faute de Racine le confondait.)

Quoi 1

Aux portes de Trézène...

Est un temple sacré formidable aux parjures:

C'est là que les mortels n'osent jurer en vain.

Le perfide y reçoit un châtiment soudain ;

Et craignant d'y trouver la mort inévitable,

Le mensonge n'a point de frein plus redoutable.

Alors Hippolyte vaproposer à Thésée d'y confondre Phèdre. Pas du tout 1 Ce terrible ennemi des menteurs dont Racine nous ménage, nous machine dans la coulisse la brusque et souveraine intervention ; qui, logiquement, doit nous amener la confusion du parjure, de la perfide, car elle mourrait au moment même où elle mentirait devant le dieu, — et une telle mort serait fort scénique — sert à quoi ?... à rien! Hippolyte propose à Aricie d'aller s'y fiancer, afin que plus tard, (Comment plus tard ? mais il se

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