‹ Autour d'un Racine ignoréChapitre 44 sur 71 · SANS LE SAVOIR · texte numérisé non relu

SANS LE SAVOIR

(Remarquez qu'on a dit exactement la même chose de Maupassant. Seulement, après avoir relevé cela, on a du moins conclu que Maupassant, artiste passionné, réaliste résolu, était amoral et pas chrétien. Racine, après avoir été qualifié d'aussi peu chrétien que possible, par Jules Lemaître, va nous reparaître, ô prodige ! — en très chrétien.)

11 nous dit aussi que ces histoires des tragédies de Racine sont vraies et nature comme des « faits divers. » (Parfaitement! Le « fait divers » pourrait être qualifié,je crois, un acte de revanche de l'instinct individuel contre l'organisation sociale et religieuse.)

« Racine montre l'homme naturel. »

« C'est parce que les femmes s'atfranchissent moins de l'instinct animal (sont plus serves de l'instinct) que le théâtre de Racine aura surtout des passions de femme (sera féminin), alors que celui de Corneille (où l'instinct animal est dompté) sera viril. » Il eût pu ajouter que, pourtant, c'est un théâtre très mâle, — mais oui, puisqu'il s'occupe tant de la femme 1

Mais M. Jules Lemaître, effaré de son audace, va bientôt ne plus rien garder de ces indications si vraies.

Il rejette son « Racine féroce ». Dommage, car il était superbe...

Eh bien, alors, nous, nous le reprenons !

Et nous essayons d'expliquer Racine féroce, c'està-dire, plus exactement, amoral.

D'où vient cette amoralité, d'autant plus navrante aux yeux du moraliste, que jamais vous ne verrez dans Racine ce que vous voyez dans Corneille : la protestation vaillante de l'idéal contre le train fâcheux du monde.

— Eh bien, après?... Racine était un réaliste !

— Pardon ! Un réaliste, c'est quelqu'un pour qui le fait prime le devoir. Les réalistes sont toujours de faible moralité, et éprouvent le besoin de donner à leurs personnages favoris les idées dirigeantes de leur âme. Dès lors, les principaux personnages de Racine, n'en doutons pas, c'est lui-même.

Oui, d'où lui vient-elle, cette amoralité?

De quatre sources principales, je crois . (Je me borne à énumérer, laissant au lecteur le soin de développer un peu plus le thème s'il ratifie l'idée.)

I. — Son atavisme Skonin. Le sang franc semble celui d'êtres que l'histoire nous montre sensuels, violents, car ils sont forts.

II. — La discipline automatique de sa ville natale, discipline qui leur tenait lieu de tout. — même de règle morale.

(On Ta remarqué, les très disciplinés sont peu moraux, car, pour eux l'ordre du chef de l'association

tient lieu de tous autres motifs déterminant leurs actes.

Au surplus, peut-être pourrait-on se contenter de cette raison, simple mais décisive : Racine était extraordinairement passionné ; un passionné se considère toujours comme le centre et le but de l'univers ; alors comment s'asservir aune morale ? Tout passionné (vraiment passionné) est amoral par cela même. « Vertueux, Racine n'eût pas écrit » (Sainte- Beuve).

III. — Sa passion d'art, ses préoccupations esthétiques qui entre le beau et le bien ne lui eussent pas permis d'hésiter.

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