‹ Autour d'un Racine ignoréChapitre 48 sur 71 · II. — Le remords, ou plutôt les remords · texte numérisé non relu

II. — Le remords, ou plutôt les remords

Remords de quoi ? De l'empoisonnement (?) de la Du Parc?

Mais vous êtes sûr qu'il Tavait empoisonnée? Pas un médecin n'a reconnu, dans la maladie, même une apparence d'arsenic, le seul poison usité alors.

Et puis, il y avait dix ans de cela I..

Ici apparaît Brunetière : « Remords en plus des pièces immorales 1 » — Et aussi M. Lemaître : « Il fut épouvanté (sic) d'avoir créé Phèdre/ »

Mais un remords de ce genre, outre qu'il exigerait une certaine préparation, ne pourrait germer que dans des conditions extraordinaires, sur un terrain extraordinaire aussi.

Il faudrait d'abord, de toute nécessité, une âme très morale. Ensuite une âme qui, tout en étant prouvée très morale n'aurait yamms manifesté cette moralité jusque-là purement virtuelle. Or çà, avant les coupables tragédies, où donc chez le Racine des premières années, des odes amoureuses, où voyons-nous briller la moralité?

Alors la moralité de Racine, cette moralité en puis-

CHATEAU-FORT DE LA FERTE-MILON Sculptures Je la façade Sud

BouRGFONTAiNE. abbavc royale de Chartreux

(d'après une gravure du XVIII"!

sance de remords, serait... hypothétique et future ! A ce compte il doit y avoir dans les prisons un ceptain nombre d'âmes morales. Eh ! oui on peut dire qu'elles n'ont point encore atteint l'époque d'épanouissement de leur vertu. Soit ! Tàme de Racine était alors une âme morale à Vétat de chrysalide.

Allons!... qui ne voit que cette horreur de ses pièces chez Racine, est inconciliable avec Phaéton.

III. — La peur d'être arrêté et mis a la torture.— Reportez-vous à ce que nous avons dit sur les singulières libertés prises avec des dates historiques.

Et après ?

Après ? mais c'est fini. Oui, en 1910, la Sorbonne avec regret, l'Ecole normale, avec hésitation, l'entière Université de France, avec plus que de l'hésitation(« que de trous dans cette conversion ! » aurait dit un jour M. Faguet), sont encore obligés d'enseigner à leurs étudiants et élèves que c'est bien sous l'empire de ces causes puissantes [sic) que Racine se convertit.

Mais, dit M. Jules Lemaître, « il faut bien qu'il se soit passé quelque chose dans l'àme de Racine, puisqu'il y a, au moins, ce fait énorme qu'il voulut se faire trappiste. Trappiste — pensez donc ! »

— Pardon, cher maître, mais om est-ce rapporté que Racine voulut se faire trappiste ?

— Est-ce une allusion au passage où Louis dit que son père avait, un moment, songé k se faire chartreux?

Eh bien, mais entre chartreux, et trappiste, il y a un abîme. La Trappe n'a cessé d'être un ordre terrible — voyez Huysmans — ! Chartreux, à La Ferté- Milon, àBourgfontaine, dans l'opulente abbaye, enri-

chie parles Valois, mais c'était assez confortable. Oh! . .. le désert, le voisinage des grands bois, cela pouvait troubler une âme mystique et rêveuse. Mais personne, vous le savez, ne fut moins rêveur que Racine. Etre très réaliste (chacun le répète à Tenvi) il put, il dut, si en 1677 il se sentit à bout de forces, souhaiter trouver asile dans ce monastère confortable et riche, où la bibliothèque était réputée '.

Eh bien cette conversion qai n'eut aucun des gestes de la piété vraie, qui n'eut non plus aucun témoin, aucun confident, cette conversion sans motifs connus, n'a jamais existé^.

1. Que de fois j'ai entendu l'abbé Hazard plaisanter les velléités de Racine de se faire chartreux. Pour lui, cela détonnait, ce n'était pas vrai. Louis, avec son habitude défausser tout, devait avoir transporté en 1677 un fait datant de 1662 ou 63. Les Racine, très liés avec Bourgfontaine, ont dû chercher alors à caser là ce jeune homme qui devenait si inquiétant. L'abbé faisait ce raisonnement :« Les brillantes qualités de Jean tirent que les Sconin et les Racine se disputaient à qui le lancerait. Mais les deux familles ne connaissaient qu'une belle carrière, — les emplois religieux. Quand Jean revient les mains vides d'Uzès,je suis convaincu que les Racine font flèche de tout bois pour réussir là ou les Sconin ont échoué. Eh bien il y a là, sous la main, le riche couvent de Bourgfontaine. Que Jean y pénètre, et un jour il sera prieur! Gela est d'autant plus vraisemblable que l'on dit que Racine « refusa un poste religieux où il eut dû porter une robe blanche. Les Chartreux portent la robe blanche. »

Bourgfontaine devait être peu austère vers le temps de Racine, car le poëte envoya une de ses tragédies à ce monastère.

Il ne l'en eût pas envoyée à des Trappistes, lesquels, on le sait, vivent comme des bouviers et des laboureurs.

2. V. au Correspondant ,10 sept. 1910), plusieurs éruJits catholiques (le Secret de Port-Royal) dénonçant avec indignation, preuves en main, les audacieux procédés grâce auquel Port-Royal parvint à faire croire que Pascal était mort janséniste, alors qu'il a simplement prêté sa plume à des gens qui ne savaient guère écrire, et qu'il aimait, mais dont il ne partageait pas les idées.

Ah ! si Port-Royal perd aussi Pascal, que va-t-il lui rester ?

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