CE QUE GAGNAIT RACINE A NE PLUS PAIRE DE THÉÂTRE
Racine gagnait tout.
Il avait pu se marier richement. Il devenait un «honnête homme », — et Saint-Simon oppose V « honnête homme » qu'est devenu Racine à !'« homme de théâtre » qu'il fut.
Il allait vivre à côté du roi. Op rien n'existe en France que le roi. 11 est la source de tout profit, tout honneur, toute sécurité. Le roi prime la religion, le roi est Dieu.
Comment est-on grand en ce temps ? D^une seule manière (Sur l'Ambition) iFesez bien tous les mots! « On est grand par la prédilection du prince et la faveur où l'on se trouve auprès de lui; on est grand par les privilèges du poste qu'on occupe et qu'on ne remplit pas : c'est-à-dire qu'on est grand par tout ce qui ne vient pas de nous et qui est hors de nous. »
Toutes les grandes fortunes sont dues à la bienveillance du monarque. Voyez un simple fauconnier comme Luynes sous Louis XIII. Bientôt duc et pair 1
Nous avons quelques chiffres de ses bénéfices dans la carrière de Cour (environ deux cent mille francs d'aujourd'hui — par lustre).
Et, jusque-là sa carrière de théâtre ?
Au théâtre Racine, en moyenne, n'avait eu que des demi-succès, fait que des profits dérisoires ^
1. n ne gagnait pas de quoi vivre. (V. l'article déjà cité de M. R. de Gourmont.) Il était à bout d'argent. ^V. aux Annexes),
Les auteurs alors joués furent, dans l'ordre de leurs succès : Thomas Corneille, Pierre Corneille, Molière, Boursault, Dancourt, Hauteroche, Campistron,Montfleuri, Pradon.
Racine n'eut que deux vrais succès, Alexandre et Andromaque ; ses autres pièces réussirent peu, notamment Phèdre, sur qui on nous trompe en racontant, — en dépit de Boileau (qui dit le contraire *) qu'elle triompha de celle de Pradon.
Racine a donc renoncé à peu de chose. Il a lâché l'ombre ! En revanche il a trouvé la proie...
Et il était trop intelligent pour ne pas voir que le théâtre ne le menait à rien, même si ses tiroirs regorgeaient alors d'œuvres commencées.
Racine a-t-il sacrifié des pièces prêtes ?
Ici nous passons vite, car M. Mesnard, depuis un demi-siècle, a prouvé péremptoirement que Racine n'avait rien dans ses tiroirs^ rien même en projet,
— Et Alceste ? On sait que vers 1685 on aurait vu une Alceste de lui. Il l'aurait lue.
— Eh bien ! D^abord Alceste était une imitation grecque, mi-tragédie, mi-charge-comique. Le sujet ne peut osciller qu'entre l'odieux et le bouffon : un mari à qui sa femme sauve la vie en se suicidant. Et le mari accepte ! On a écrit bien des Alceste. Jamais elles n'ont réussi. Racine eût-il décidé un public français à commencer par pleurer d'attendrissement, pour finir par pleurer... de rire? En tous cas, ce travail est bien postérieur à 1677. 11 ne cadre en