‹ Autour d'un Racine ignoréChapitre 61 sur 71 · Giraudeau : les Vertus d'autrefois · texte numérisé non relu

Giraudeau : les Vertus d'autrefois

que je viens de citer vous répondra: «M. de Penautier, ayant une grosse charge de finance, avait été gravement compromis dans le procès Brinvilliers. Quoique sa réputation eût fort souffert de son affaire, il demeura dans le monde comme s'il n'en avait pas eu, conservant des emplois et ses amis... Le duc de Fornaro, qui n'osait retourner chez lui pour avoir empoisonné sa femme, ne devait pas le regretter, étant fort bien traité des courtisans et du roi lui-même, dont il recevait une pension. D'Effiat avait empoisonné la première femme de « Monsieur ». Le roi le lui fît avouer ; malgré cet aveu il lui laissait sa charge. Même « Monsieur » lui fit donner les « Ordres » (Saint-Simon).

Si l'empoisonneur avéré, officiel d'une princesse du sang pouvait garder la considération générale, quel risque courait un Racine faisant disparaître une « créature » méprisée, funeste, comme une comédienne. En la tuant, il tuait selon les idées du temps moins que rien... 11 écrasait son péché !

L'a-t-il fait? Peu importe ici !

Encore une fois la conclusion c'est Taine qui la donnera: « Quand on considère le passé, comme on est tenté de trouver le présent beau et honnête ! » Racine fut féroce, soit ! mais il vécut dans un siècle plus féroce que lui.

UN PEU DE NOUVEAU SUR LA CABALE DE Phèdre.

Nous avons dû supprimer dans ce livre tout un long chapitre intitulé : La prétendue cabale contre Phèdre. Nous y reviendrons ailleurs. Qu'on veuille bien retenir ceci que, pour les Raciniens à documents — il y en eut jadis — et notamment pour Sainte-Beuve, il reste fort douteux que l'agression soit venue des amis de Pradon.

Il se serait passé ceci. Des lettrés, des gens de théâtre, parmi lesquels la duchesse de Bouillon, (de qui Racine naguère avait été l'obligé), lassés d'attendre la Phèdre de Racine annoncée souvent mais qui n'apparaissait jamais — nous connaissons ce genre d'agacement — engagèrent Pradon, mauvais poète mais bon dramatuge, à brosser rapidement une Phèdre. Racine se hâta pour arriver le premier, y parvint,

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